• [^] # Re: 1984

    Posté par . En réponse au journal Faut-il arrêter l'Euro ?. Évalué à 3.

    Quiconque tente de se soustraire à ces lois universelles s'expose à s'en prendre plein la gueule. C'est ce qui va nous arriver.

    Lol. J’ai oublié de répondre à ça. Mais c’est suffisamment énorme pour ne pas passer à côté.

    Alors déjà les lois universelles (si encore il pouvait y’en avoir, car le propre des sociétés humaines c’est de pouvoir être différentes), il faudrait les confronter à la réalité. Car la science fonctionne ainsi, elle se donne pour but d’expliquer la réalité.

    Vu la constance qu’ont ces beaux messieurs à planter toutes les économies européennes les unes après les autres, je n’ai besoin d’aucune qualification pour dire que ce sont au mieux des imbéciles qui se sont totalement trompé sur les comportements économiques, au pire des imposteurs.

    Oh ! J’en connais des lois économiques universelles, et rudement efficaces pour s’expliquer ce qui se passe en Grèce et ailleurs. Je m’amuse à discuter inflation et chômage, création monétaire et dette, au-dessus, mais fondamentalement tout ceci n’est que fadaises. Ce qui se tient derrière ce sont des concepts comme : création de la valeur, concentration de capital, lutte pour la conquête de nouveaux marchés, corruption, combat “pré-impérialiste” pour le contrôle des ressources naturelles, guerre des salaires, accumulation du capital, financiarisation de l’économie.

    Avec cela, on explique bien mieux ce qui se passe économiquement depuis la crise (ça existait avant, mais ça remonte mieux dans les médias&co depuis). Mais faut pas en parler. C’est tabou : ça nous vient de Marx&co. Personnellement, je m’en tape d’avoir lu Lénine pour comprendre ce qui se passe : tout ce qui m’intéresse c’est la confrontation à la réalité et le degré de pertinence avec cette réalité.

    Le truc qu’il faut savoir, c’est que les économistes, qui se prétendent scientifiques, oublient de mentionner le fait qu’ils vivent dans le monde qu’ils analysent : les financements des sciences économiques se feront préférentiellement vers ce qui satisfait le plus celui qui finance (je ne fais qu’appliquer leur sacro-sainte loi de l’offre et la demande), leurs idées seront récupérées pour être appliquées politiquement, ceci avec le même biais, enfin, leurs propres recherches ont une influence sur l’économie, c’est-à-dire leur objet d’étude (comment introduire ce facteur dans leur modèles ?). Ceci est très visible lorsqu’on en vient à parler économie politique avec des gens qui croient durs comme fer que la science économique est une science… une peu comme une science naturelle. Il finissent par dire que c’est toujours la faute de l’autre : si la réalité ne correspond pas à leur modèle, c’est que la réalité est pas bonne. On tombe dans l’idée que le politicien est un incompétent qui applique pas correctement les résultats économiques, et autres fadaises.

    Le complète ignorance des économistes sur les questions épistémologiques que pose leur discipline a très bien été pointée par F. Lordon (il y a eu une excellente émission avec Judith là-dessus, dans @si, peut-être est-elle disponible gratuitement). Donc bon “les lois universelles de l’économie”, merci bien.

    L'économie c'est comme la vie, tu sèmes ce que tu récoltes, tu payes ce que tu prends. Quiconque tente de se soustraire à ces lois universelles s'expose à s'en prendre plein la gueule. C'est ce qui va nous arriver.

    Si on fait rien, ça va être du joli. Les Grecs se sont laissé faire. Ils ont eu confiance. Il faut voir l’état de leur pays. La vie c’est pas bisounours land. T’as juste des mecs au sommet du pouvoir ou de leur montagne d’or qui essaient d’en avoir plus. Tout le discours sur l’économie c’est un vague truc qu’ils ont appris sans trop rien y comprendre. Quand t’as le fric, et en l’état des inégalités sociale tu l’as, y’a moyen de faire en sorte d’avoir des économistes qui te produisent un truc sur mesure. Et c’est pas bien compliqué pour s’en rendre compte : tous parlent de performance économique (comme si être premier à un quelconque classement international me faisait bander ! Par contre je sais qui le veut : le capital) mais jamais de stabilité (ce que demande les gens, dans la réalité de la vraie vie pas capitaliste si on était en démocratie, d’ailleurs à chaque réforme on nous fait le coup : « les Français sont trop conservateurs, faut s’adapter au monde moderne, et patati et patata », et après trois décennies il se trouve encore des gens pour transmettre les mêmes conneries sans rougir de honte1).

    Autre exemple : dans la théorie économique moderne les gens sont interchangeables. Merde alors ! Quelle coïncidence… c’est précisément le rêve de tout capitaliste qui se respecte.

    Ce qui me fait venir au dernier point.

    Un truc tout con auxquels les économistes mainstream sont totalement passés à côté : notre économie est très structurée. En effet, tout repose sur un travail d’équipe qui peut engager parfois jusqu’à des milliers de personnes pour la conception, la production, la vente d’un produit ou d’un service. Or pour arriver à une telle économie sur la base d’un joyeux bordel (des individus se rencontrant et échangeant au hasard de leurs relations) je suppute qu’il faut des décennies : il faut passer d’individus ayant des compétences, pas toujours adaptées, et sans relation, à des équipes formées et engagées sur un projet cohérent et en relation entre elles (allez… je parle à des informaticiens, combien ici travaillent absolument seuls, et combien sont en relation avec d’autres entreprises ou travaillent en équipes ?). Pour faire simple tu vas pas demander à une secrétaire de faire un boulot d’ingénieur, et vice-versa, par contre il te faut les deux dans une entreprise et possiblement avec des spécialités très précises et formés spécifiquement pour l’entreprise (parce qu’on est dans une économie avancée qui demande des compétences extrêmement pointues d’autant plus que le poste est qualifié). Cela est vrai pour énormément de secteurs économiques. Je ne serai pas étonné qu’il soit impossible, à partir d’une certaine proportion de chômage, de rétablir une économie moderne viable, car personne n’est capable de retrouver ou réinventer ses structures économiques (du moins pas en quelques années).

    À côté de ça, la dette c’est du pipi de chat. Au pire tu nationalises les banques qui tombent, tu gardes les gens à leurs postes et ils continuent de faire leur boulot. Et basta !

    1 Remarquez que la réforme des retraites repasse une seconde fois avec exactement le même prétexte. Il n’y a personne pour se dire, simple question de bon sens, de curiosité minimale : « ben ? Sarkozy n’avait pas réglé cette histoire-là ? Pourquoi on la remet sur le tapis ? ». Non ! Tout est gobé une seconde fois tel quel. Les Français sont des veaux. Alors que fondamentalement la retraite c’est pas une question d’équilibre des comptes (ça c’est juste de la bidouille de technicien), mais de partage de la richesse produite. Je préfère travailler moins pour gagner moins (genre comme si on allait mourir de faim…), ma vie est trop précieuse. Réfléchissez-bien… qui ici ne s’est jamais dit : j’aimerai faire ça mais il me manque du temps ? Est-ce que vraiment vous manquez d’argent ? Ou est-ce plutôt que vous le dépensez dans des choses totalement inutiles et frivoles (un PC plus puissant pour reprendre l’exemple) ? Mais faut croire qu’il y a des gens qui aiment bien être exploités.