Je suis un peu perplexe sur le fait qu'indiquer qu'on a affaire à du contenu généré/modifié par IA doit être signalé dès maintenant, tandis que le "contenu sexuellement explicite et intime non consensuel ou du matériel d'abus sexuel sur enfants", c'est toléré jusqu'en décembre, avec l'excuse "Leur entrée en vigueur a été récemment retardée pour laisser le temps aux entreprises de s'y préparer." Heu ? On sait que la lutte contre la pédophilie est juste un argument utilisé pour noyer divers poissons et pas une réelle préoccupation politique, mais là c'est un peu trop visible non ? Je crois que c'est définitivement la partie qui me fait le plus tiquer. Bloquer l'accès à certaines entreprises pédophiles me semblerait pourtant "à faire là, de suite ; et on triera plus tard si on débloque". C'est pas un peu plus critique que le slop-website qui vante les mérites de (insérer un produit lambda) ?
Même si la formulation de l'ensemble du document pique sur pas mal de point. Genre "Ce règlement européen interdit notamment certaines pratiques, comme l'utilisation de l'intelligence artificielle pour vous tromper ou vous manipuler, ou pour exploiter les vulnérabilités liées à l'âge ou aux situations de handicap." => Ho ben, ça va alors, ces pratiques sont autorisées si c'est fait sans IA ? (heureusement, non...).
J'espère que les textes officiels sont mieux rédigés ; je n'ai pas encore la foi d'aller les lire, mais ce résumé est assez effrayant.
Regulation (EU) 2026/1744 of the European Parliament and of the Council of 8 July 2026 amending Regulations (EU) 2024/1689, (EU) 2018/1139 and (EU) 2023/1230 as regards the simplification of the implementation of harmonised rules on artificial intelligence (Digital Omnibus on AI) (8 juillet 2026) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=OJ:L_202601744
-> au "(10)" est expliqué le besoin d'ajouter le point 9
Le délai correspond donc à un changement postérieur au texte initial.
Mais indiquer que le contenu est généré par IA est aussi plus facile à faire que de filtrer le contenu produit sur des critères qui sont quand même flous. Google a sa technologie SynthID, mais c'est plus facile de mettre un filigrane dans les images que dans le texte ou c'est encore un domaine de recherche actif qui a commencé il n'y a pas si longtemps que ça. Le papier que tout le monde semble citer sur le sujet, A Watermark for Large Language Models, date de mai 2024, le papier de SynthID a été publié un peu plus tard en octobre 2024.
Et sur la question du filtrage, c'est aussi un souci complexe. Pour donner un exemple, comment tu gères si un modèle doit analyser les thèmes de Lolita, ou qu'on demande à traduire le roman en luxembourgeois ? Et des cas de filtrage automatique pourri, il y a eu des exemples connus (par exemple celui du père qui a été banni de Google pour avoir envoyer des photos à la demande de son docteur en 2022).
De plus, même sans les obligations de l'AI Act, il y a déjà eu des réactions et des obligations comme on l'a vu avec Grok en début d'année une fois que ç'est devenu viral (parce que oui, les premiers articles sur Grok qui déshabille les femmes, c'était 6 mois avant). Alors bien sur, visiblement, xAI ne fait pas suffisamment d'effort vu qu'on continue à trouver des deepfakes, mais les utilisateurs cherchent aussi à activement contourner les protections, il y a des sous reddit entiers dédiés.
Et sur la question du filtrage, c'est aussi un souci complexe. Pour donner un exemple, comment tu gères si un modèle doit analyser les thèmes de Lolita, ou qu'on demande à traduire le roman en luxembourgeois ? Et des cas de filtrage automatique pourri, il y a eu des exemples connus (par exemple celui du père qui a été banni de Google pour avoir envoyer des photos à la demande de son docteur en 2022).
Il y a une différence entre ce qu'il y a dans les machines et ce que les utilisateurs peuvent amener. Les entreprises qui ont fait le choix d'inclure dans des données d'entrainement des textes/images érotiques,pornographiques voir pédoporn ont une responsabilité. Je ne crois pas que Lolita soit obligatoire à inclure dans le corpus pour qu'un LLM apprenne à faire des phrases qui sont syntaxiquement correcte. Certes, ça aurait demandé de ne pas inclure toute la littérature de "romance" mais il y aurait encore eu assez de données pour apprendre à parler aux LLM. Ça aurait aussi demandé d'inclure bien moins d'images de filles légèrement vêtus et ça aurait sans doute été un mieux pour la variation dans les générations d'images par la suite. Ensuite, dans le cadre d'analyse/traductions d'œuvres litigieuses (comme Lolita), je doute que ça aurait eu beaucoup d'impact. À l'origine, Deepl avait été entrainé uniquement avec des textes traduits de façon certifiée (un corpus plutôt limité !), et ça ne l'empêchait d'arriver à traduire des textes avec des fautes, sur les sujets les plus variés.
Les base de données des LLM ont été créés dans un cadre puritain (américains et chinois principalement ; les deux cultures ne sont pas des plus à l'aise avec la sexualité, qu'elle soit positive ou non). Il y a dans ces cultures tout un discours moral plutôt tranché (auquel on adhère ou non, mais il est là), où l'épouvantail du pedoporn est régulièrement brandi pour des prétextes variés, servant généralement à faire reculer des droits fondamentaux et à opprimer, plus qu'à réellement protéger les victimes. J'aurais attendu un peu plus de cohérence côté politique. Et il y a quand même une différence sans appel entre la façon dont certaines grosses entreprises ont mis très vite tous les gardes-fous qu'elles pouvaient et celles qui se sont vautrés dans le stupre sans remord. Faire générer une phrase vaguement sexuelle à ChatGPT a toujours tenu du jailbreak ; éviter du porn grossier et non consensuel avec Character.ai tenait du jailbreak dans le même temps. Le second ciblant très clairement les ados dans son marketting, et ayant des modèles visiblement entrainé sur des chat porn, à quel moment on arrête de donner des excuses ?
Je précise bien que ce qui m'horripile est l'hypocrisie politique plus que tout le reste. Ouais, bon, je trouve très moche que des gamins soient exposés à des choses crasses, mais ça c'est une opinion un peu facile (qui va défendre le contraire ?). Mais là on a des politiques, des gens qui ont le pouvoir d'agir, qui disent "écoutez, ça fait rentrer des sous, alors on ne va pas arrêter tout de suite ces gens ; on va plutôt commencer par frapper là où il n'y a pas d'impact économique. Mais oui, oulala, c'est grave hein ! Un jour, un jour, vous verrez, on va taper des poings sur la table et dire qu'on est pas content ! Par contre, déportez moi ces immigrés en camp de concentration, ils ne rapportent pas de sous."
Je ne suis pas surprise, mais ça m'agace mortellement. Et je ferais mieux de faire un peu de méditation, parce que ça n'a rien de nouveau que les politiques soient des tartuffes qui nous prennent pour des crétins et que ça ne va pas s'arrêter parce que je partage mon humeur ici ;)
Je te rejoins par ailleurs sur le souci de la modération automatique, cette fois sur le contenu amené par les utilisateurs. Là on a forcément des dérives et soucis, largement documentés, ce qui est encore un autre problème à mes yeux. Or, on voit se monter un arsenal qui va frapper plus fort sur les gens comme ce père de famille, tout en laissant les vrais nuisibles (comme Grok) continuer sans grosses conséquences. Mais pour le coup, je ne suis pas certaine que cet AI Act vise cela ? Cela semble plutôt se concentrer sur ce que les entreprises laissent générer/exploitent comme données.
Les entreprises qui ont fait le choix d'inclure dans des données d'entrainement des textes/images érotiques,pornographiques voir pédoporn ont une responsabilité. Je ne crois pas que Lolita soit obligatoire à inclure dans le corpus pour qu'un LLM apprenne à faire des phrases qui sont syntaxiquement correcte
Ben ça dépend. Si tu utilises le LLM pour justement faire du filtrage, voir de générer des données synthétiques pour faire un benchmark d'un système de filtrage, tu as besoin de ça. Ensuite, on va pas se cacher, le texte est sans doute pas le plus problématique, mais c'est pareil sur les images. Le fonctionnement des générateurs d'images (genre Stable Diffusion), c'est de prendre un tas de pixels aléatoires et de faire de la reconnaissance d'objet dessus avec un score de confidence par rapport à ton prompt, puis de modifier un peu l'image pour améliorer les scores par rapport au prompt, et de recommencer jusqu'à avoir ce que tu voulais.
Fondamentalement, l'algo qui détecte une image de chaton est le même qui détecte un autre type de minou pour du porno, c'est juste des images différentes taguées de façon différente, cad un paramètre dans les données d’entraînement. Et ensuite, la différence entre la détection et la génération, c'est d'avoir une boucle qui optimise dans un cas, et un simple appel dans l'autre.
Mais dans tout les cas, dans ton jeu de données, il me semble normal d'avoir ce que tu ne veux pas générer si tu veux entraîner le système à ne pas le faire.
Or, on voit se monter un arsenal qui va frapper plus fort sur les gens comme ce père de famille, tout en laissant les vrais nuisibles (comme Grok) continuer sans grosses conséquences.
Certes, mais c'est pas vraiment comparable. Le père de famille a perdu son compte Google. C'est relou, j'en conviens, mais il est pas en tôle ni rien. Le probléme est également pas tant le fait que Google filtre que le fait que Google n'est pas de support et qu'il n'y a pas de recours sur la fermeture (aux états unis, parce qu'en Europe, je pense que tu peux faire jouer le RGPD pour récupérer tes données).
Pour Grok, il y a 11 régulateurs (au moins) qui tombent sur la boite d'une part, et il faut pas oublier non plus que les utilisateurs de Grok ont une responsabilité d'autre part. Loin de moi l'idée de défendre Musk qui a quand même également fait du bruit pour son mode "spicy" et qui a traîné les pieds pour raison idéologique, mais la plateforme n'agit pas de façon autonome, quelqu'un demande à dénuder des femmes. La société a fait le choix de tomber sur les plateformes et pas les utilisateurs pour des questions d'efficacité de la justice (et c'est important aussi), mais d'un point de vue purement intellectuel, c'est quand même pas terrible. Si quelqu'un fait de la merde avec un outil, ça me semblerais quand même logique que la personne soit condamné et pas uniquement le fabricant de l'outil. L’intentionnalité de l'utilisateur final ne devrait pas passer aussi facilement sous le tapis parce que la justice n'a pas de moyen.
Mais pour le coup, je ne suis pas certaine que cet AI Act vise cela ?
Non, ça tombe plus sous le coup du DSA de ce que j'ai compris. Le DSA vise les plateformes, l'AI Act vise les personnes qui mettent à dispo des systèmes d'IA, et dans les 2 cas, c'est avant tout des lois de régulation du marché. Le RGPD, c'est avant une unification des lois existantes, et c'est beaucoup liés aux droits fondamentaux (en l'occurence la vie privée).
Je ne crois pas que Lolita soit obligatoire à inclure dans le corpus pour qu'un LLM apprenne à faire des phrases qui sont syntaxiquement correcte.
Si tu crois que Lolita est un problème, tu es très loin d'être au bout de tes surprise ;)
Je ne suis pas certain que ce soit possible de supprimer des données d’entraînement les textes qui ne vont pas.
Certes, on peut supprimer «à la main» le texte intégral de Lolita, Juliette ou Justine (et aussi quelques autres moins connu).
Mais tu ne va pas enlever tous les textes qui en parlent, qui citent des extraits, ou font des hommages etc.
Ça me semble être à la limite de l'impossible d'éviter que le LLM ait une montagne d'exemples de textes «qui ne vont pas».
Si filtrage il faut, il me semple plus efficace de le mettre à deux endroits :
En sortie de LLM. Quand j'ai écrit ma nouvelle hommage à Sade avec chatGPT, il m'est arrivé qu'il écrive des trucs, puis une fois le texte terminé, qu'il disparaisse. Manifestement il y a un mécanisme qui relit la sortie du LLM et qui la supprime si ça ne va pas.
Mettre la responsabilité du contenu publié à la personne qui publie. Si quelqu'un crée avec un LLM un texte «qui ne va pas», et qu'il le publie, c'est sa responsabilité, pas celle du fournisseur de LLM.
# notation sociale interdite ?
Posté par devnewton 🍺 (site web personnel) . Évalué à 4 (+2/-1).
Du coup les banques, les assurances, les cantines, le fisc... vont devoir faire des tarifs / taux uniques?
Ce post est offensant ? Prévenez moi sur https://linuxfr.org/board
[^] # Re: notation sociale interdite ?
Posté par ted (site web personnel) . Évalué à 2 (+0/-0).
Seulement si c'est fait par IA, mais je ne suis pas sûr qu'ils aient défini sans ambiguïté ce que c'est.
Un LUG en Lorraine : https://enunclic-cappel.fr
[^] # Re: notation sociale interdite ?
Posté par arnaudus . Évalué à 3 (+0/-0).
Tu n'as pas le droit d'utiliser l'IA, mais ça ne change rien pour le reste.
# Le sens des priorités
Posté par Zatalyz (site web personnel) . Évalué à 10 (+8/-0).
Je suis un peu perplexe sur le fait qu'indiquer qu'on a affaire à du contenu généré/modifié par IA doit être signalé dès maintenant, tandis que le "contenu sexuellement explicite et intime non consensuel ou du matériel d'abus sexuel sur enfants", c'est toléré jusqu'en décembre, avec l'excuse "Leur entrée en vigueur a été récemment retardée pour laisser le temps aux entreprises de s'y préparer." Heu ? On sait que la lutte contre la pédophilie est juste un argument utilisé pour noyer divers poissons et pas une réelle préoccupation politique, mais là c'est un peu trop visible non ? Je crois que c'est définitivement la partie qui me fait le plus tiquer. Bloquer l'accès à certaines entreprises pédophiles me semblerait pourtant "à faire là, de suite ; et on triera plus tard si on débloque". C'est pas un peu plus critique que le slop-website qui vante les mérites de (insérer un produit lambda) ?
Même si la formulation de l'ensemble du document pique sur pas mal de point. Genre "Ce règlement européen interdit notamment certaines pratiques, comme l'utilisation de l'intelligence artificielle pour vous tromper ou vous manipuler, ou pour exploiter les vulnérabilités liées à l'âge ou aux situations de handicap." => Ho ben, ça va alors, ces pratiques sont autorisées si c'est fait sans IA ? (heureusement, non...).
J'espère que les textes officiels sont mieux rédigés ; je n'ai pas encore la foi d'aller les lire, mais ce résumé est assez effrayant.
[^] # Re: Le sens des priorités
Posté par Benoît Sibaud (site web personnel) . Évalué à 5 (+2/-0).
cf https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/regulatory-framework-ai
chapitre 3 article 5 de 2024 qui définit les 8 premières interdictions
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=OJ:L_202401689
Regulation (EU) 2026/1744 of the European Parliament and of the Council of 8 July 2026 amending Regulations (EU) 2024/1689, (EU) 2018/1139 and (EU) 2023/1230 as regards the simplification of the implementation of harmonised rules on artificial intelligence (Digital Omnibus on AI) (8 juillet 2026)
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=OJ:L_202601744
-> au "(10)" est expliqué le besoin d'ajouter le point 9
Le délai correspond donc à un changement postérieur au texte initial.
[^] # Re: Le sens des priorités
Posté par Misc (site web personnel) . Évalué à 3 (+0/-0).
Mais indiquer que le contenu est généré par IA est aussi plus facile à faire que de filtrer le contenu produit sur des critères qui sont quand même flous. Google a sa technologie SynthID, mais c'est plus facile de mettre un filigrane dans les images que dans le texte ou c'est encore un domaine de recherche actif qui a commencé il n'y a pas si longtemps que ça. Le papier que tout le monde semble citer sur le sujet, A Watermark for Large Language Models, date de mai 2024, le papier de SynthID a été publié un peu plus tard en octobre 2024.
Et sur la question du filtrage, c'est aussi un souci complexe. Pour donner un exemple, comment tu gères si un modèle doit analyser les thèmes de Lolita, ou qu'on demande à traduire le roman en luxembourgeois ? Et des cas de filtrage automatique pourri, il y a eu des exemples connus (par exemple celui du père qui a été banni de Google pour avoir envoyer des photos à la demande de son docteur en 2022).
De plus, même sans les obligations de l'AI Act, il y a déjà eu des réactions et des obligations comme on l'a vu avec Grok en début d'année une fois que ç'est devenu viral (parce que oui, les premiers articles sur Grok qui déshabille les femmes, c'était 6 mois avant). Alors bien sur, visiblement, xAI ne fait pas suffisamment d'effort vu qu'on continue à trouver des deepfakes, mais les utilisateurs cherchent aussi à activement contourner les protections, il y a des sous reddit entiers dédiés.
[^] # Re: Le sens des priorités
Posté par Zatalyz (site web personnel) . Évalué à 6 (+4/-0).
Il y a une différence entre ce qu'il y a dans les machines et ce que les utilisateurs peuvent amener. Les entreprises qui ont fait le choix d'inclure dans des données d'entrainement des textes/images érotiques,pornographiques voir pédoporn ont une responsabilité. Je ne crois pas que Lolita soit obligatoire à inclure dans le corpus pour qu'un LLM apprenne à faire des phrases qui sont syntaxiquement correcte. Certes, ça aurait demandé de ne pas inclure toute la littérature de "romance" mais il y aurait encore eu assez de données pour apprendre à parler aux LLM. Ça aurait aussi demandé d'inclure bien moins d'images de filles légèrement vêtus et ça aurait sans doute été un mieux pour la variation dans les générations d'images par la suite. Ensuite, dans le cadre d'analyse/traductions d'œuvres litigieuses (comme Lolita), je doute que ça aurait eu beaucoup d'impact. À l'origine, Deepl avait été entrainé uniquement avec des textes traduits de façon certifiée (un corpus plutôt limité !), et ça ne l'empêchait d'arriver à traduire des textes avec des fautes, sur les sujets les plus variés.
Les base de données des LLM ont été créés dans un cadre puritain (américains et chinois principalement ; les deux cultures ne sont pas des plus à l'aise avec la sexualité, qu'elle soit positive ou non). Il y a dans ces cultures tout un discours moral plutôt tranché (auquel on adhère ou non, mais il est là), où l'épouvantail du pedoporn est régulièrement brandi pour des prétextes variés, servant généralement à faire reculer des droits fondamentaux et à opprimer, plus qu'à réellement protéger les victimes. J'aurais attendu un peu plus de cohérence côté politique. Et il y a quand même une différence sans appel entre la façon dont certaines grosses entreprises ont mis très vite tous les gardes-fous qu'elles pouvaient et celles qui se sont vautrés dans le stupre sans remord. Faire générer une phrase vaguement sexuelle à ChatGPT a toujours tenu du jailbreak ; éviter du porn grossier et non consensuel avec Character.ai tenait du jailbreak dans le même temps. Le second ciblant très clairement les ados dans son marketting, et ayant des modèles visiblement entrainé sur des chat porn, à quel moment on arrête de donner des excuses ?
Je précise bien que ce qui m'horripile est l'hypocrisie politique plus que tout le reste. Ouais, bon, je trouve très moche que des gamins soient exposés à des choses crasses, mais ça c'est une opinion un peu facile (qui va défendre le contraire ?). Mais là on a des politiques, des gens qui ont le pouvoir d'agir, qui disent "écoutez, ça fait rentrer des sous, alors on ne va pas arrêter tout de suite ces gens ; on va plutôt commencer par frapper là où il n'y a pas d'impact économique. Mais oui, oulala, c'est grave hein ! Un jour, un jour, vous verrez, on va taper des poings sur la table et dire qu'on est pas content ! Par contre, déportez moi ces immigrés en camp de concentration, ils ne rapportent pas de sous."
Je ne suis pas surprise, mais ça m'agace mortellement. Et je ferais mieux de faire un peu de méditation, parce que ça n'a rien de nouveau que les politiques soient des tartuffes qui nous prennent pour des crétins et que ça ne va pas s'arrêter parce que je partage mon humeur ici ;)
Je te rejoins par ailleurs sur le souci de la modération automatique, cette fois sur le contenu amené par les utilisateurs. Là on a forcément des dérives et soucis, largement documentés, ce qui est encore un autre problème à mes yeux. Or, on voit se monter un arsenal qui va frapper plus fort sur les gens comme ce père de famille, tout en laissant les vrais nuisibles (comme Grok) continuer sans grosses conséquences. Mais pour le coup, je ne suis pas certaine que cet AI Act vise cela ? Cela semble plutôt se concentrer sur ce que les entreprises laissent générer/exploitent comme données.
[^] # Re: Le sens des priorités
Posté par Misc (site web personnel) . Évalué à 4 (+1/-0).
Ben ça dépend. Si tu utilises le LLM pour justement faire du filtrage, voir de générer des données synthétiques pour faire un benchmark d'un système de filtrage, tu as besoin de ça. Ensuite, on va pas se cacher, le texte est sans doute pas le plus problématique, mais c'est pareil sur les images. Le fonctionnement des générateurs d'images (genre Stable Diffusion), c'est de prendre un tas de pixels aléatoires et de faire de la reconnaissance d'objet dessus avec un score de confidence par rapport à ton prompt, puis de modifier un peu l'image pour améliorer les scores par rapport au prompt, et de recommencer jusqu'à avoir ce que tu voulais.
Fondamentalement, l'algo qui détecte une image de chaton est le même qui détecte un autre type de minou pour du porno, c'est juste des images différentes taguées de façon différente, cad un paramètre dans les données d’entraînement. Et ensuite, la différence entre la détection et la génération, c'est d'avoir une boucle qui optimise dans un cas, et un simple appel dans l'autre.
Mais dans tout les cas, dans ton jeu de données, il me semble normal d'avoir ce que tu ne veux pas générer si tu veux entraîner le système à ne pas le faire.
Certes, mais c'est pas vraiment comparable. Le père de famille a perdu son compte Google. C'est relou, j'en conviens, mais il est pas en tôle ni rien. Le probléme est également pas tant le fait que Google filtre que le fait que Google n'est pas de support et qu'il n'y a pas de recours sur la fermeture (aux états unis, parce qu'en Europe, je pense que tu peux faire jouer le RGPD pour récupérer tes données).
Pour Grok, il y a 11 régulateurs (au moins) qui tombent sur la boite d'une part, et il faut pas oublier non plus que les utilisateurs de Grok ont une responsabilité d'autre part. Loin de moi l'idée de défendre Musk qui a quand même également fait du bruit pour son mode "spicy" et qui a traîné les pieds pour raison idéologique, mais la plateforme n'agit pas de façon autonome, quelqu'un demande à dénuder des femmes. La société a fait le choix de tomber sur les plateformes et pas les utilisateurs pour des questions d'efficacité de la justice (et c'est important aussi), mais d'un point de vue purement intellectuel, c'est quand même pas terrible. Si quelqu'un fait de la merde avec un outil, ça me semblerais quand même logique que la personne soit condamné et pas uniquement le fabricant de l'outil. L’intentionnalité de l'utilisateur final ne devrait pas passer aussi facilement sous le tapis parce que la justice n'a pas de moyen.
Non, ça tombe plus sous le coup du DSA de ce que j'ai compris. Le DSA vise les plateformes, l'AI Act vise les personnes qui mettent à dispo des systèmes d'IA, et dans les 2 cas, c'est avant tout des lois de régulation du marché. Le RGPD, c'est avant une unification des lois existantes, et c'est beaucoup liés aux droits fondamentaux (en l'occurence la vie privée).
[^] # Re: Le sens des priorités
Posté par LaurentClaessens (site web personnel) . Évalué à 1 (+0/-1).
Si tu crois que Lolita est un problème, tu es très loin d'être au bout de tes surprise ;)
Je ne suis pas certain que ce soit possible de supprimer des données d’entraînement les textes qui ne vont pas.
Certes, on peut supprimer «à la main» le texte intégral de Lolita, Juliette ou Justine (et aussi quelques autres moins connu).
Mais tu ne va pas enlever tous les textes qui en parlent, qui citent des extraits, ou font des hommages etc.
Ça me semble être à la limite de l'impossible d'éviter que le LLM ait une montagne d'exemples de textes «qui ne vont pas».
Si filtrage il faut, il me semple plus efficace de le mettre à deux endroits :
En sortie de LLM. Quand j'ai écrit ma nouvelle hommage à Sade avec chatGPT, il m'est arrivé qu'il écrive des trucs, puis une fois le texte terminé, qu'il disparaisse. Manifestement il y a un mécanisme qui relit la sortie du LLM et qui la supprime si ça ne va pas.
Mettre la responsabilité du contenu publié à la personne qui publie. Si quelqu'un crée avec un LLM un texte «qui ne va pas», et qu'il le publie, c'est sa responsabilité, pas celle du fournisseur de LLM.
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