• # ☑ pour le libre (et il n'y a pas que Linux de libre que j'aime)

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au sondage Pourquoi avez-vous installé Linux, la première fois ?. Évalué à 7.

    Sommaire

    ☑ pour le libre (et il n'y a pas que Linux de libre que j'aime)

    mais aussi pour ☑ le hack et ☑ essayer ☑ la différence,
    et puis c'est plus facile de bidouiller quand c'est ☑ gratuit
    et que ☑ c'est plus approprié pour un usage dont j'ai besoin.

    L'exemple familial

    L'informatique a toujours été présente dans le foyer familial, quand j'étais petit je voyais mon père travailler devant son écran ambre dans la petite pièce qui servait de salon, de bureau, de salle à manger, et de chambre. Ce spectacle était normal pour moi, mais cependant mon vrai contact avec la machine se fit bien plus tard.

    Mon père avait commencé avec les cartes perforées et n'a pas arrêté depuis. Pour raison professionnelle ma famille a toujours été équipée et les technos arrivaient dans le foyer dès qu'elles étaient suffisamment portables. Nous avons aussi été connecté à Internet très tôt, mais j'étais soit trop petit, soit je n'étais tout simplement pas là. Avec de longues années en pension, je ne voyais la machine que de loin. Quand on n'a pas 10 ans et qu'on rentre au foyer familial deux jours par mois, on a autre chose à faire que de toucher un clavier.

    Le premier contact

    Bref, mon premier contact fut une calculatrice TI-83+, pendant les vacances d'été, et j'ai écrit mon premier programme avec mon père : un programme pour calculer pi. Le but ? faire un bench. Ce devait être en 1999. Mon premier programme fut donc un programme écrit à quatre main.

    Puis j'ai sorti un vieux compatible-PC du grenier, un Amstrad PC2086s (un peu comme celui là ou celui-là ), équipé d'un 8086 à 8MHz, d'une filecard en ISA (je ne sais pas la capacité) et d'un lecteur de disquette 1.5" de 740Kb, qui bootait sur MS dos 3 (avec un Windows 2.07). Sur ce Dos j'ai appris le C, avec la syntaxe K&R. Nous avions passé le bug de l'an 2000, linux existait déjà, mais moi je découvrais le 8086, ce fut ma deuxième machine. Pour l'annecdote, quand au lycée je disais que dans mes loisirs je faisais du C, on me demandait « Ah, avec Visual Studio ? » et moi je répondais « ben nan, je fais du C », et quand j'avais compris que c'était un environnement de compilation, je répondais naïvement « non, le mien s'appelle _cc_ ». Mon premier programme en C fut aussi un programme de calcul de Pi, écrit avec mon père, pour comparer avec la calculette (toujours le bench :).

    L'éditeur modal

    Mon premier éditeur de texte sur PC s'appelait TED, il s'affichait en vert sur noir sur mon écran VGA, tout l'écran était disponible pour les caractères, pas de menu, sauf la dernière ligne qui servait à y écrire les commandes de contrôle. C'est avec cela que j'ai écrit mes premières lignes de C, je crois même que pour changer de page il fallait écrire une commande, car au lieu de la séquence d'échappement, on pouvait tout simplement déplacer son curseur sur la dernière ligne pour y tapper les commandes, donc il ne devait pas y avoir de scroll. Dans mon souvenir, mon premier microsoft word était modal aussi, avec un menu en bas accessible par une touche d'échappement. Ainsi, plus tard, quand on m'a montré vi, j'étais comme un poisson dans l'eau (par contre, emacs, j'ai du éteindre ma machine pour quitter, il y a des choses qui sont instinctives et d'autres qui ne le sont pas).

    Le partage

    J'avais été touché par les README de quelques jeux sur mon compatible-PC où je lisais des développeurs qui encourageaient à copier et distribuer leurs travail. Ce n'était pas ce qu'on appelle du libre aujourd'hui, mais je l'ai compris comme cela, et pour moi, s'il je n'avais pas le source, c'est uniquement parce que la disquette était trop petite pour mettre le source en plus du jeu. Ainsi, j'accompagnais toujours mes petits programmes de petits fichiers LISEZMOI.TXT où j'encourageais à partager mes programmes, et je fournissais systématiquement les sources en prévenant seulement que ce n'étaient pas des exemples à suivre. :)

    La bidouille

    Puis j'ai possédé un 386 (avec une carte radio FM en ISA !), et une calculatrice Voyage 200. Pour la Voyage 200, j'ai squatté le PC de mon père (Windows XP) pour établir mon premier contact avec Internet et découvrir les joies du C avec TI-GCC (un fork de gcc pour ce type de calculatrices) ainsi qu'à l'assembleur du 68K (avec a68k) puis le z80 de ma TI-83+ qui m'accompagnait toujours. Sur Internet j'ai trouvé une ambiance de camaraderie, de partage de programmes et de sources, et puis cette ambiance de bidouille, de hack et demo si particulière. Je zonais beaucoup sur le forum Yaronet qui était à l'époque une référence dans le monde de la TI 68k J'y ai trouvé des gens qui codaient comme des dieux en assembleur mais qui n'avaient jamais touché au C, et des gens qui développaient pour de vieilles consoles et qui parlaient de systèmes d'exploitation comme AmigaOS ou BeOS. J'y ai aussi entendu parler de libre et de linux (c'est par un lien de ce site que je suis arrivé sur DLFP la première fois). L'amd64 venait de sortir et moi je faisais un TPE d'intelligence artificielle avec des démos en C sur ma Voyage 200.

    Le libre

    Puis j'ai eu mon premier compatible-PC neuf, avec un P4 et WinXP. J'avais déjà entendu parler du Linux au lycée et sur le net. Aussi dans un livre que j'avais acheté en brocante pour me mettre à jour il y avait un exemple de programme de chat en gtk sous Linux. J'avais entendu de la bouche de mon père qu'il y avait un truc qui s'appelait Unix, un truc qui avait remplacé Multics, et j'avais une intuition qui me disait que Linux devait pas être si éloigné de cet Unix mystérieux. Donc je connaissais le nom, et dans ma tête c'était le système d'exploitation à essayer parce que c'était autre chose. Mais quand j'allais sur kernel.org je ne savais pas quoi faire avec le tar.gz à part le décompresser.

    Vinrent les années étudiantes, où je fut sensibilisé au libre par certains professeurs, j'étais en école d'ingé info (ESIEA), et c'est finalement pour le libre que j'ai sauté le pas. Je savais que MySQL, PHP, Gimp, GCC, Firebird devenu Firefox et d'autres programmes que j'utilisais étaient libre, et j'en voulais plus.

    Et puis c'était légal, ce n'était pas tant qu'ils étaient gratuits, mais qu'ils étaient gratuits légalement.
    L'avantage du gratuit, c'est qu'on peut essayer la version complète, et qu'on peut bidouiller la solution même si on ne la conservera pas. Et puisqu'il y a tant de logiciels libres, autant ne pas s'en priver, et ne pas faire d'union contre nature à essayer de bidouiller des logiciels libres sur un système incontrolable.

    Le grand saut

    Je m'étais beaucoup documenté et je voulais commencer par une Gentoo parce que je ne voulais aussi bidouiller. Finalement un ami (qui zone aussi sur DLFP, coucou) m'a filé un lot de CD de Mandrake et un livre en me disant que c'était bien pour commencer. Ça marchait pas trop mal, sauf le bouton eject de mon lecteur CD. Mais je ne savais pas comment parler à la machine, ça marchait, mais elle était opaque parceque je ne connaissais pas son langage. J'ai vite tiqué aussi : quand je voulais compiler mes programmes et que j'avais des problèmes je lui posais des questions qui lui semblaient bien étrange, et j'avais compris que mes questions n'avaient pas de sens parce que je n'avais pas certaines bases et que je ne connaissais pas comment fonctionnait le système. Alors très vite j'ai gravé un liveCD Gentoo et avec la doc en ligne, je l'ai installée très facilement, depuis le stage 1 car à l'époque le manuel de Gentoo permettait de commencer par là.

    La Slackware

    Puis je me suis rendu compte que certaines question semblaient étranges à mes nouveaux camarades, et j'ai deviné que je posais des questions comme si toutes les distributions faisaient comme Gentoo, ce qui était faux. Alors j'ai lu que « lorsqu'on utilise Red Hat, on connait Red Hat, mais quand on utilise Slackware, on connait GNU/Linux ». j'ai donc installé Slackware, puis quand Patrick Volkerding a abandonné Gnome (il n'a pas attendu Gnome3, lui, quel visionnaire !) je me suis mit à compiler E17 depuis le cvs parce que je n'ai jamais vraiment pu supporter KDE et que Gnome était trop compliqué à compiler, et que Dropline Gnome était trop opaque et je perdais trop le contrôle de mon système.

    L'alternative, la récup, et le détournement

    Dans cette école j'ai retrouvé une ambiance de démo et de hack. Un professeur qui poussait beaucoup Linux et la bidouille, et un petit noyau d'entousiastes. Dans le genre d'experience passionnante, quand Quake3 fut libéré par idSoftware, l'un d'eux le porta sur Irix et amena son Octane2 comme serveur de jeu en lan party, cette même Octane2 servait un tremulous avec un générateur de map aléatoire. Certains partageaient aussi un certain goût pour la crypto. C'est là aussi que j'ai découvert LaTeX et que j'ai reçu comme cadeau d'anniversaire un aide-mémoire sur vi de chez O'Reilly France (✝RIP).

    J'ai aussi découvert avec eux les joies d'OpenBSD sur un vieux PC récupéré dans la rue (proco Cyrix et ram en EDO), et qui fut mon premier serveur Internet, il m'a permit aussi de remplacer avantageusement certains services défectueux de mon FAI, comme le DNS.
    Alors que je conseillais à mes amis d'acheter des amd64 parce que c'était l'avenir sous Linux, moi je me suis acheté d'occasion un Thinkpad 740 avec un pentium 2 et 256mo de ram et j'y ai collé un FreeBSD. Pour situer dans le temps, Doom3 venait de sortir.

    Puis j'ai acheté un autre Thinkpad d'occasion qui me dépanne encore de temps en temps (ou qui dépanne des amis), un X22 avec un P3 800mHz et 640Mo de ram, Tremulous tournait tout juste dessus (mais le DRI ne fonctionnait qu'avec une profondeurs de couleur de 16bit en 1024x768, question de mémoire graphique). Une date ? Apple venait d'abandonner le PowerPC, et moi je récupérais mon Commodore 64 dans la rue. :) Puis j'ai tout de même monté une bécane avec un amd64 avec du matos acheté dans le bric-à-brac de surcouf et à Montgallet, j'y ai collé une slamd64.

    Pas parce que mon école me demandait de l'utiliser

    J'ai quitté l'école d'ingé (ESIEA) et commencé une formation en alternance au CNAM). non, vraiment, ni à l'ESIEA ni au CNAM, ce ne fut pas grâce aux machines installées que j'ai aimé Linux et le logiciel libre, ce fut toujours des administrateurs catastrophiques et les installations étaient des contre-exemple. J'ai eu au CNAM un formateur qui nous faisaient faire du telnet et ne connaissait pas le -X de ssh. Je me souviens aussi d'une fois au CNAM où j'ai permis à la classe de valider un module de BDD sur Oracle malgré que l'administrateur n'ai pas fait convenablement son boulot et qu'il nous manquait un droit. J'avais donné à la classe un gros hack sale au tableau pour débloquer la sitation et permettre de travailler. Pour l'annecdote, j'ai raté cet examen, je n'avais tout simplement pas écouté en cours et ne savais pas répondre aux questions de l'exam. Pour éviter le 0, il m'aurait suffit de ne pas débloquer la situation et de laisser l'exam être reporté, ça c'est pour le coté honneur et chevaleresque.

    Aujourd'hui

    Aujourd'hui je suis sur une Ubuntu parce que je n'ai pas Internet à la maison et que je ne veux pas trop bidouiller chez-moi. J'ai essayé Arch parce qu'un ami m'a dit que c'était comme Gentoo mais sans la compilation, mais c'était encore trop de soins. Je hack plus le coté social de la vie (non, pas le socialz, le social avec toute la panoplie de gens passionnants qui vivent sur cette terre, de la vierge consacrée au criminel qui meurt anonymement en fuyant son pays et sa honte, ou le fils qui cherche son père.

    C'est plus approprié pour mon métier

    Pour le métier j'utilise Debian comme distribution et je fais des trucs très rigolo (et parfois des choses très sales aussi :D). J'ai rejoint un gars qui fait du ksh (pdksh ) en mode vi sans les flèches du clavier, j'ai réussi à le faire passer à bash mais moi j'ai du apprendre à faire du shell en mode vi sans le flèches du clavier (choses que même avec TED sur un PC de 1989, j'avais, mais c'est vrai que je n'avais non-plus pas de ligne de secours en RTC). La première chose que l'on ma demandé fut de migrer le parc de Mandriva vers Debian (un peu providentiellement, avant les histoires russes et Mageïa). Je fais principalement de l'admin système très classique (Xen, Samba, GLPI, OCS, Cups, OpenVPN, Sendmail) pour l'Église catholique (Spip est très utilisé sur le web, et par chez nous on utilise Koha pour la bibliothèque) et de la radio FM (là c'est moins rose parce que le libre est peu développé et je commet des abominations à base de Wine pour faire survivre des technos obsolètes mais qu'on ne peut pas couper sans couper l'antenne). Mais dans mon profond moi intérieur, je rêve plutôt de finir mes jours en montagne avec des chèvres et des abeilles...

    Confession

    Comme je ne suis toujours pas ermite, je bidouille encore. La dernière grossiereté que j'ai commise fut d'écrire pour des séminaristes un tuto d'installation d'un soft win32 de documentation catholique sur MacOSX avec wine, et j'ai honte. Ce fut mon premier contact avec MacOSX et j'espère le dernier, malheureusement, le win32 je sais que je n'ai pas fini d'en bouffer.

    Alors pour ma pénitence, et comme je suis toujours décalé dans le temps, le dernier système d'exploitation que j'ai installé sur mon PC (Thinkpad X61T avec Core2duo 1.6Ghz et 3go de ram) c'est FreeDOS avec OpenGEM.

    PARCE QUE C'EST LIBRE !

    Et puisque c'est le libre que j'aime, je n'aime pas que Linux, j'aime donc beaucoup Vim, MyPaint, Gimp, Stardict, Verbiste, Xournal, Gstreamer, Hugin, Gnome shell (il correspond à mes mochups d'il y a 6 ans !), Aeolus, Mediainfo... Je trie mes photos avec Geeqie agrémenté de scripts persos accrochés à des raccourcis claviers, je me satisfais de d'OpenSSH, Screen, Netcat, Scribus, Shotwell, Simple Scan, Audacity, SMplayer, Jackd, Rosegarden et Kdenlive (KDE j'aime bien le concept mais je n'accroche pas, c'est affectif et irrationnel; mais pour la vidéo c'est Kdenlive le plus avancé si on retire Cinelerra qu'est trop moche). Pour la musique (MPD m'a beaucoup emballé un temps) et la navigation web je n'ai pas trouvé chaussure à mon pied.

    Et puis surtout j'aime beaucoup le shell, j'ai des scripts dans tout les sens qui tirent des scripts dans tout les sens. Ce que j'aime, c'est pouvoir parler à ma machine, et qu'elle me réponde. J'aime pouvoir la contrôller, et qu'elle fase ce que je lui demande, et que je sache comment lui demander ce que je désire.

    Ce avec quoi j'ai du mal dans le libre ? Ce qui se rapporte à Lennart Poettering, mais ce n'est pas personnel, c'est juste qu'à chaque fois que c'est incontrôlable et que je ne sais pas causer à un outil, quelqu'un a mit son nom dessus.


    Écrit hors-ligne avec vim 7.3 sous Ubuntu 11.10 GNU/Linux 3.0

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