• [^] # Re: Explications : la crainte des brevets dormants par les grosses boite

    Posté par . En réponse au journal Nokia refuse la standardisation d'OGG au sein du W3c. Évalué à 6.

    > Seconde question : Pourquoi Nokia ou n'importe quelle grosse firme bardé d'avocats utiliserait Linux ?

    Je n'ai aucune certitude sur ce point, seulement des hypothèses :

    1) Parce que d'autres très grosses et très riches sociétés (comme IBM, NEC, Oracle, Cisco/Linksys) ont distribué Linux avant eux, sans être attaquées. C'était facile pour elles, car elles ont commencé à distribuer Linux avant la furie des dépôts de - et procès pour - brevets logiciels. Il me semble (de mémoire) avoir lu des mails de devs Apple, sur la mailing-list du WHATWG, qui disaient au sujet de Ogg, en substance : « trouvez une grande société prête à prendre le risque de distribuer en premier ces codecs et containeurs, et nous suivrons peut-être - s'ils ne sont pas attaqués - mais nous ne voulons pas essuyer les plâtres. ». En somme, ils pensent vraisemblablement que la pratique à montré que le risque avec Linux est raisonnable, et que ça reste à faire pour le Ogg.

    2) Parce que les technologies utilisées dans le noyau (et les quelques composants inclus par exemple dans un N800) sont peut-être moins stratégiques, donc moins susceptibles de brevets. Ou sont mieux connues depuis longtemps (c'est ce que répond Linus Torvalds au sujet du FUD Microsoft sur les brevets du noyau Linux : il estime que les techniques utilisées dans le noyau sont très connues et vieilles, donc soient expirées, soient prédatent la période de fureur de dépôts de brevets logiciels (la fin des 90's), et Linus juge improbable le risque que Linux enfreigne un brevet). Ou sont l'objet du status quo de la « paix nucléaire » entre grandes firmes susceptibles d'avoir des brevets (qui ne sont que rarement les patent trolls, dans ce cas). À l'inverse certains domaines comme les codecs multimédias (ou encore, m'a-t-on dit, la cryptographie elliptique) sont de véritables champs de mines, où les découvertes brevetables sont récentes, où l'on dépose du brevet à tours de bras, souvent rachetés par les petites sociétés « patent troll », et où l'on défend ses brevets devant les tribunaux.

    Remarquez que cette « menace latente de brevets dormants » n'est évidement pas un jugement basé sur un calcul certain, absolu, et mathématique (comme nous, informaticiens, les aimons, mais comme les avocats de la propriété intellectuelle n'en rencontrent jamais dans la nature), mais plus vraisemblablement le résultat d'une évaluation des risques pondérée. Les sociétés distribuant du Linux violent les brevets de Microsoft sur le double click ou sur les bureaux virtuels, mais personne ne s'en inquiète (et pour cause). Dans le cas du noyau Linux, certaines distributions ont jugé important le risque que Microsoft détienne ET défende un brevet dormant (il faut les deux pour qu'il y ai risque), et ont accepté le racket de MS, d'autres en ont jugé autrement.

    Pour étayer, je rappelle que Nokia distribue justement du Linux avec ses N700, N800 et N810. L'OS pré-installé sur ces appareils inclus aussi le support mp3, le real audio, le flash et d'autres, mais pas le support Ogg. Pourtant ça leur est reproché publiquement dans nombre des articles que la presse informatique consacre à ces appareils, et ils sont probablement informés de ce souhait par les développeurs tiers et utilisateurs de Maemo. Pourtant ça ne leur coûterait rien en développement. Pourtant ça ne changerai pas la donne du marché, ça ne suffirait pas à imposer ou rendre le Ogg très populaire (pour ceux qui voient la main dans l'ombre de Microsoft partout). Et c'est sans rapport avec l'établissement d'une norme HTML (pour ceux qui pensent que c'est du à un lobbying contre le libre dans le WHATWG ou le W3C). En fait, ça montre assez bien la probable crainte d'un risque légal, puisque l'enjeu stratégique et les contraintes techniques sont nulles (et les enjeux commerciaux contraires à leur décision).

    En réponse à ton autre question :
    > est-ce qu'une société détenant un brevet n'est pas tenue de le défendre lors d'une violation ?

    J'ai entendu dire qu'on doit le défendre, en France, si on a connaissance de la contrefaçon. Mais la France n'est pas concernée par ces brevets logiciels de toutes façons. Pour le reste, je ne sais pas. Mais un constat : la contrefaçon de brevets sur le mp3 dans les logiciels lame, mad, etc. n'a pas conduit Fraunhofer, Thomson, ou Alcatel à poursuivre les petites organisations qui les distribuent (comme Debian/SPI, sourceforge et Canonical). Ce qui ne les empêche pas de se faire payer des royalties par ailleurs, et n'a pas empêché Alcatel de gagner en février 2007 un procès contre Microsoft pour violation de leur brevet concernant le mp3 (avec à la clef, un amende de 1.5 milliard de dollars requise contre MS ! de quoi rendre les grosses boites prudentes).