• [^] # Re: Don de moelle

    Posté par . En réponse au journal On cherche mes remplaçants.... Évalué à 10.

    Ça n'est même pas forcément une phobie, ça peut aussi être une évaluation différente du rapport coût-bénéfice. Il y a des gens qui se portent très bien sans pour autant avoir besoin de prouver (à quelqu'un, au monde, ou à eux-mêmes) leur altruisme, et qui ne voient simplement aucune récompense derrière l'acte d'aller donner leur sang. D'autres personnes vivent et se définissent à travers leur altruisme, et la gratification qu'ils trouvent derrière un acte altruiste est en elle-même infiniment supérieure aux souffrances physiques réelles ou supposées.

    Personnellement, je vois ça comme, par exemple, l'idée d'être bénévole dans une association caritative. Je reconnais que c'est bien, que plus de gens devraient le faire, et que le monde est meilleur parce que certaines personnes le font. Mais tout ça ne m'incite pas à le faire, parce que l'idée de glander le week-end par exemple est plus attractive que de distribuer de la soupe à des SDF. Peut-être que si mon parcours avait été différent, que j'avais été moi-même dans la situation de pouvoir bénéficier de ce genre de services, ou que quelqu'un m'avait incité à le faire et à découvrir la gratification morale que je pourrais en tirer, alors je ne penserais pas comme ça. Mais en tout état de cause, chacun fait ce qu'il veut de sa vie, et chacun est en droit de le faire sans s'attirer des réflexion méprisantes du style «ça me dépasse un peu». Jusqu'à preuve du contraire, l'altruisme n'implique pas l'exclusion sociale des égoïstes, autrement ça n'est plus du tout de l'altruisme.

    Sur le fond, je trouve ça moralement beau mais pragmatiquement inefficace de conditionner le don de sang à un acte purement altruiste. Si on a besoin de sang, si ça sauve des vies, alors le bénéfice pour la société est tel qu'il me semble légitime de récompenser les donneurs, soit financièrement, soit par tout un tas d'avantages réels (donc exit le porte-clefs au bout de 10 dons). Quand la gratification est seulement «morale», il y a toute une partie de la population qui n'y trouve pas son compte (et au fond c'est presque une démarche rationnelle de ne pas y trouver son compte).