• # Morceaux

    Posté par . En réponse au journal Cinema - Skyfall. Évalué à 2.

    Sommaire

    J'ai passé un bon moment en voyant ce James Bond (sans m'attendre non plus à un grand film, ce n'est pas mon genre de toute façon). J'ai surtout apprécié les images que j'ai trouvé très belles (en particulier le passage à Shanghai) et le changement d'idée permis par une scène de poursuite. Il y a quelques bonnes trouvailles et quelques choses improbables ou incohérentes, mais j'ai surtout été interpellé par certains aspects du film.

    Les personnages féminins sont décevants

    Le personnage est macho et couche avec tout ce qui bouge, c'est une évidence sur laquelle il n'y a à mon avis pas grand chose à dire : certains trouvent ça normal et faisant partie du personnage, moi je ne suis pas fan mais en effet c'est attendu quand on va voir un James Bond.

    Par contre indépendamment des coucheries, j'ai été frappé par le fait que tous les personnages féminins sont décevants ou au moins ambivalents :

    • M pourrait être la "femme forte" de l'épisode, mais à partir du milieu du film est prend le statut au contraire de personnage vulnérable à protéger; ça fait partie du scénario, mais je ne comprends pas pourquoi sa vulnérabilité est accentuée ("je n'ai jamais su tirer", ça serait à mon avis autant plus marrant qu'elle sache vraiment tirer)

    • l'agent qui aide James Bond au début de l'épisode se débrouille délicieusement bien sur le terrain, mais finit secrétaire. Cette partie du scénario est vraiment ambiguë à mon avis, oscillant entre "promotion vers un poste à responsabilités" (la façon dont j'avais envie de comprendre) et "t'es une ratée qui sait pas tirer, donc tu t'auto-censures en choisissant la vie de bureau". Dans les deux cas c'est décevant et personnellement je me serais bien passé du côté "référence arrière finale" pour une vraie agent de terrain qui s'éclate dans son rôle et qui retourne au boulot.

    • le non-personnage à qui James Bond fait l'amour une demi-seconde avant d'aller se bourrer la gueule dans un bar sur une plage turque. Est-ce la personne qui a sauvé James Bond d'une mort attendue ? Comment s'appelle-t-elle ?

    • la copine du méchant, qui commence dans un rôle actif et égal à James Bond (on ne la voit rien faire vraiment, mais dans le début de leur dialogue commun il et elle sont sur un pied d'égalité en démasquant les armes de l'autre) mais bascule rapidement dans un rôle de femme terrifiée que James Bond manipule pour son but propre et est vaguement déçu de voir tuer rapidement (même s'il pouvait difficilement avoir prévu autre chose)

    Le personnage de James Bond est remis en question dans cet épisode, son statut de surhomme mis à mal par la vieillesse ou la fatigue. Si on se permet cette (agréable) remise en question du personnage, je pense qu'il est aussi temps de penser à des personnages féminins qui pètent, qu'ils soient gentils ou méchants, meurent à la fin ou non. Pourquoi pas une complice qui s'en sort mieux que lui pour une fois, ou une grande méchante, pour le prochain film ?

    Le MI6 est son propre ennemi

    Il y a un pseudo-discours politique dans le film, oscillant entre "maintenant les ennemis sont les terroristes et on est désemparés" et "le gouvernement nous casse vraiment les pieds", auquel à mon avis il ne faut pas attacher trop d'importance car je ne pense pas que ce soit le but du film. Un point intéressant qui n'est en fait pas du tout traité dans le film est que la menace dont il est question ici a été entièrement créée par le MI6: c'est un ex-agent qui attaque la maison mère. Donc autant le film montre le MI6 comme ayant un rôle véritable et utile à jouer dans l'ombre de la vie publique, autant la cause même de la violence et de l'insécurité dans ce film est provoquée par cette mécanique même, ce qui la remet en question au moins aussi sérieusement à mon avis que la demande de transparence et démocratie évoquée dans le film.

    La vision de l'informatique est intéressante

    Les gens des milieux techniques qui commentent James Bond ont fait des remarques en passant sur le traitement grotesque de l'informatique, et en particulier la sécurité, dans le film. Il y a une remarque effectivement qui m'a fait bien rire du style (je paraphrase) "le mail est protégé par un algorithme asymétrique… donc il se duplique en copies actives sur plein de serveurs dans le monde", et la scène où ils déchiffrent des données protégées est évidemment irréaliste. Ceci dit il y a plusieurs points qui m'ont semblé intéressants dans le traitement de l'informatique dans le film :

    • Le pirate attaque le MI6 en ayant prévu qu'ils brancheraient son ordinateur à leur réseau pour l'analyser; c'est stupide vous me direz, quand on a une machine à priori hostile, de la brancher à un réseau sensible. Mais dans la vraie vie ce genre de problèmes (machines sensible branchée au réseau) arrive régulièrement, et cette stupidité peut vite être commise par des gens qui devraient savoir les problèmes que ça pose ("mais ça arrive aux autres, pas à moi").

    • Le beurre du grand méchant est l'attaque de systèmes informatiques vulnérables. Tous les méfaits qu'il cite ont été accomplis avec l'informatique. On oscille entre du FUD sur la cyber-guerre et le terrorisme informatique et une mention réaliste d'un monde sur-connecté qui présente de nouvelles vulnérabilités. "Changer le résultat d'un vote électronique en Ouganda, en faveur du plus offrant ? Facile.". À méditer.

    • Dans un contexte moins technique "ouech gros pro de la crypto", internet est bien présent dans ce film. C'est là que le pirate formule son attaque personnelle contre M. Quand il commence à divulger les noms de la liste d'agents infiltrés, ce n'est pas en les envoyant aux grands journaux, mais en postant des vidéos Youtube. L'informatique telle qu'elle est perçue par le grand public est bien présente dans ce film, et même un point clé du scénario, et ça je trouve que c'est très intéressant.