Ouai, c'est ça que je trouve génial chez les défenseurs du shell et de certains autres choix (et directions) de gnome 3.x (genre maximisation par défaut) : c'est de la Science (tu as oublié la majuscule). Nous, misérables cloportes, qui n'aimons pas ces choix, nous ne sommes que de vulgaires adorateurs de la pseudo-science, des habitués du café du commerce, des populistes de l'informatique. Mais heureusement, vous êtes la pour nous faire entrevoir les vérités en nous montrant où regarder sur le mur de la caverne. Ouai, y'a pas à dire, c'est beau…
Sauf que non, en fait. Parce que vois-tu, en tant que statisticien professionnel (cf ma page web) et très familier des techniques utilisées pour valider les IHM et les méthodes de visualisation (regarde ici, le deuxième organisateur, c'est moi), je peux te dire qu'on est bien loin de ce que tu racontes pour plusieurs raisons.
D'abord, au niveau statistique, c'est l'enfer. L'actualité sondagière illustre bien la difficulté d'extrapoler d'une population faible à une grande population. Et pourtant, les instituts utilisent des échantillons en général 10 fois plus grands que ceux utilisés par les scientifiques en IHM (1000 contre 100). Mais ce n'est même pas suffisant. J'ai travaillé longuement pour un paneliste qui analyse la consommation des ménages français. On travaillait sur 15 000 foyers (qui représentaient environ 25 millions de foyers français). Les nombres qu'on obtenait étaient régulièrement très faux, c'est-à-dire loin de la réalité au delà des marges prédites par les modèles (on avait un moyen de faire des vérifications à partir de chiffres exacts dans certaines situations).
Ensuite au niveau théorique sur la perception et la cognition, on est très loin d'avoir des modèles satisfaisants et consensuels. Je n'ai pas la place d'en faire une tartine sur le sujet, je renvoie donc tout le monde au bouquin de Colin Ware, Information Visualization qui faisait en 2004 un point sur le sujet. Juste un exemple : on ne sait toujours pas bien expliquer certaines illusions d'optique classiques.
Enfin, le gros gros problème de tout de thème de recherche est la notion d'éducation, déjà évoquée au dessus : en général, on fait un test, puis on lâche l'affaire. Or, les utilisateurs ne sont pas des débiles profonds, ils apprennent. Par exemple, Mme Michu sait bien que le gros E bleu, c'est l'Internet. Elle ne sait pas ce qu'est un traitement de texte, mais elle connaît Word. Pour prendre un exemple bien documenté, on peut citer les camemberts (pas ceux qui puent) : tout le monde en visualisation de l'information (je dis bien tout le monde) déteste les camemberts. On a démontré au delà de tout doute possible que c'est un des plus mauvais moyens de représenter de l'information. Et pourtant, tout le monde les utilise et les gens les adorent. Et pire encore, certains tests récents semblent montrer qu'en fait, les gens les vrais, savent beaucoup mieux lire les camemberts que les diagrammes à bâton, pour des raisons d'exposition quotidienne aux calendos en question.
[^] # Re: Noms des applications
Posté par boubou . En réponse à la dépêche GNOME 3.4 : l'émergence des applications. Évalué à 10.
Ouai, c'est ça que je trouve génial chez les défenseurs du shell et de certains autres choix (et directions) de gnome 3.x (genre maximisation par défaut) : c'est de la Science (tu as oublié la majuscule). Nous, misérables cloportes, qui n'aimons pas ces choix, nous ne sommes que de vulgaires adorateurs de la pseudo-science, des habitués du café du commerce, des populistes de l'informatique. Mais heureusement, vous êtes la pour nous faire entrevoir les vérités en nous montrant où regarder sur le mur de la caverne. Ouai, y'a pas à dire, c'est beau…
Sauf que non, en fait. Parce que vois-tu, en tant que statisticien professionnel (cf ma page web) et très familier des techniques utilisées pour valider les IHM et les méthodes de visualisation (regarde ici, le deuxième organisateur, c'est moi), je peux te dire qu'on est bien loin de ce que tu racontes pour plusieurs raisons.
D'abord, au niveau statistique, c'est l'enfer. L'actualité sondagière illustre bien la difficulté d'extrapoler d'une population faible à une grande population. Et pourtant, les instituts utilisent des échantillons en général 10 fois plus grands que ceux utilisés par les scientifiques en IHM (1000 contre 100). Mais ce n'est même pas suffisant. J'ai travaillé longuement pour un paneliste qui analyse la consommation des ménages français. On travaillait sur 15 000 foyers (qui représentaient environ 25 millions de foyers français). Les nombres qu'on obtenait étaient régulièrement très faux, c'est-à-dire loin de la réalité au delà des marges prédites par les modèles (on avait un moyen de faire des vérifications à partir de chiffres exacts dans certaines situations).
Ensuite au niveau théorique sur la perception et la cognition, on est très loin d'avoir des modèles satisfaisants et consensuels. Je n'ai pas la place d'en faire une tartine sur le sujet, je renvoie donc tout le monde au bouquin de Colin Ware, Information Visualization qui faisait en 2004 un point sur le sujet. Juste un exemple : on ne sait toujours pas bien expliquer certaines illusions d'optique classiques.
Enfin, le gros gros problème de tout de thème de recherche est la notion d'éducation, déjà évoquée au dessus : en général, on fait un test, puis on lâche l'affaire. Or, les utilisateurs ne sont pas des débiles profonds, ils apprennent. Par exemple, Mme Michu sait bien que le gros E bleu, c'est l'Internet. Elle ne sait pas ce qu'est un traitement de texte, mais elle connaît Word. Pour prendre un exemple bien documenté, on peut citer les camemberts (pas ceux qui puent) : tout le monde en visualisation de l'information (je dis bien tout le monde) déteste les camemberts. On a démontré au delà de tout doute possible que c'est un des plus mauvais moyens de représenter de l'information. Et pourtant, tout le monde les utilise et les gens les adorent. Et pire encore, certains tests récents semblent montrer qu'en fait, les gens les vrais, savent beaucoup mieux lire les camemberts que les diagrammes à bâton, pour des raisons d'exposition quotidienne aux calendos en question.
Bref, non, ce n'est pas une science.