• [^] # Re: Je n'aime pas la forme du mail de Mr Jérôme Nicolle

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal WikiLeaks - Mass Mirroring Project - On a besoin de vous !. Évalué à 2.

    s/C'est eux qui ont éventé/Ce sont eux qui ont éventé/
    s/et et ses ambassades. Et a commencé/et ses ambassades et a commencé/
    s/a commencé à les diffuser, avec le concours de cinq
    quotidiens nationaux reconnus, qui analysent/a commencé à les diffuser avec le concours de cinq
    quotidiens nationaux reconnus qui analysent/
    [etc.]

    Certes, qui suis-je pour jeter la pierre ? Moi aussi je sais aussi écrire des phrases tordues ! Cependant, derrière ces formulations maladroites se cachent une drôle de conception.

    WikiLeaks a obtenu d'une source anonyme des messages diplomatiques échangés entre le secrétariat d'état américain et et ses ambassades. Et a commencé à les diffuser, avec le concours de cinq quotidiens nationaux reconnus, qui analysent et filtrent les informations pour garantir que leur diffusion ne mettra pas de vies humaines en danger.

    Dans un français correct on ne commence pas une phrase par un Et, qui est une conjonction de coordination. De fait, la proposition "Et a commencé à les diffuser" ne contient pas de sujet. Il aurait fallu écrire "Wikileaks a commencé à les diffuser" mais cela n'est pas élégant, cela fait une répétition. Il suffiraient d'utiliser un pronom personnel et écrire "Il a commencé à les diffuser".

    C'est là que le bât blesse, qui est Wikileaks lorsqu'on dit "Il a commencé" ? La tournure tarabiscotée trahit une incapacité à personnifier, ou la volonté d'éviter cette personnification. On n'a même pas le droit à un "Ils ont commencés", formulation passe-partout qui permet d'attribuer les faits à un groupe de personnes aussi inconnues que précises : "Eux".

    Dans la bouche de l'auteur de ce mail, Wikileaks est un espèce de truc indescriptible que la raison humaine ne peut vraiment saisir ni exprimer (qui se conçoit bien s'énonce clairement, dit-on), un être impersonnel qui agit. Wikileaks pourrait être considéré comme une oeuvre, mais puisque Wikileaks agit, c'est un acteur aussi.

    En fait Wikileaks est ici considéré comme un agir impersonnel doué de raison, acte et acteur de lui-même, un être qui existe par lui-même. Wikileaks ne doit pas ne pas être, ne peut pas ne pas être. A la différence de chacun des êtres humains sur cette terre, dans ce système de pensée Wikileaks ne peut pas être contingent. C'est à l'homme de sacrifier une part du fruit de son travail à la construction de sa représentation car il faut que Wikileaks soit accessible à l'homme : Wikileaks est aussi cet être qui révèle.
    Wikileaks ne peut être personnifié, la formulation maladroite de l'auteur témoigne sa crainte de l'associationnisme, le pire sacrilège qui soit dans tout systèmes religieux voué au culte d'une idole.

    On retrouve un peu plus loin le même schéma conceptuel appliqué à une autre entité : l'internet.
    Face à ces tentatives de censure, l'Internet se rebiffe et use d'un moyen simple pour préserver notre liberté d'expression : faire des miroirs.
    L'internet, cet être doué de raison et de volonté propre qui nous protège, pauvres hommes mortels.

    Wikileaks : "mais délivrez-nous du mal !"

    ce commentaire est sous licence cc by 4 et précédentes