• [^] # Re: Volontaires!!

    Posté par . En réponse au journal Livres audios libres. Évalué à 4.

    Bonjour.

    - attention post très long -

    Juste une petite précision quant à l'utilisation de la licence Creative Commons pour alimenter le débat.

    Il y a une certaine discordance à souhaiter proposer un ouvrage sous licence libre et à en interdire l'utilisation commerciale.

    En effet, le principal intérêt de ces licences est de permettre une "libre" circulation de l'ouvrage (et si possible toucher le plus large public). Par conséquence, si un site "commercial" revend vos ouvrages, il doit également le faire *en fonction* de la licence sous laquelle il a obtenu et donc garantir à son client la possibilité de pouvoir le redistribuer *sous les mêmes conditions de cette licence*.

    De fait, ce distributeur, même s'il "se fait du pognon sur notre dos" au passage, il participe activement à la *diffusion* et contribue donc au rayonnement de votre ouvrage.

    On en déduit le corollaire suivant : interdire la diffusion commerciale de son ouvrage, c'est donc se *priver soi-même* de celle-ci et du public qui aurait potentiellement pu être atteint. D'autant plus qu'il faut aussi prendre en compte le fait qu'un site spécialisé dans la diffusion de contenu touchera peut être un public plus large et/ou complètement différent qu'une simple diffusion "avec les moyens du bord"

    Il est important d'avoir une vision des licences vraiment libres sur le *long-terme*. Evidemment dans un premier temps, cela peut paraître injuste de voir des gens gagner quelque sous sur votre labeur sans vous y intéresser financièrement le moins du monde, mais sur le long terme, il faut voir que toute diffusion est profitable à l'auteur, ne serait-ce qu'en termes de *reconnaissance* du travail effectué par un plus large public, et certaines interactions avec ce dernier vous seront peut être plus profitables financièrement que d'avoir touché un risible pourcentage sur les ventes : je m'explique :

    Prenons pour cela un exemple dont nous allons pousser l'injustice à l'extrême. Soit un chevelu rockstar wannabe qui bricole sa musique dans son garage. Appelons le Mathias Gally. Mathias souhaite diffuser sa musique et s'est déjà fait refouler par plusieurs maisons de disques qui estiment qu'ils correspond pas à la tendance du moment (saitropinzuste!). Il monte donc son petit site ouebe et y colle un album sous licence Attribution-Commercial-ShareAlike ou licence Artlibre. Il le dissémine également sur quelque p2p.

    Or il se trouve que ça plait. Ça plait même tant que les webradios associatives commencent à le diffuser souvent, on se l'arrache sur les p2pouets. Et là, c'est le drame, un greedy pig encravaté d'une Major quelconque découvre que l'ami Gally est très "bankable". Profitant de l'aubaine de la licence, il édite un cd directement avec les sons de Mathias sans même le consulter (En effet, les gens du marketing sont bien contents de ne pas avoir l'avis de l'artiste qui entrave leur créativité hors du commun).

    Pour se conformer à la licence et minimiser son "manque à gagner", il écrit la licence en tout petits caractères au fin fond du livret de l'album plié en 10, puis il organise un vrai matraquage radio pour pouvoir récolter un maximum sur le court-terme et profiter du fait que le grand public ne sait pas que l'album est sous licence libre pour le vendre un maximum (et à 21 € pièce s'entend).

    Comme la musique de l'ami Mathias est géniale, les gens accrochent, et se ruent sur le cd dont le greedy pig aura pris soin d'inonder tous les supermarchés. Même les gens qui ont découvert l'album sur les webradios ou les p2pouet achètent le cd pensant rémunérer l'artiste. Le greedy pig s'en met plein les fouilles, à un point que c'en est honteux. Il a zéro frais de production, il touche même la part risible de l'auteur sur la vente du CD. Il peut partir en vacances au frais de Gally.

    En voilà une situation catastrophique pour l'ami Mathias. Que lui reste-t-il donc à faire ? Rentrer dans sa coquille et faire son Calimero ? Non, aller à la rencontre de son public ! Et faire des concerts. Imaginez le nombre d'entrées qu'il va faire avec sa diffusion nationale. Imaginez le nombre d'entrées qu'il aurait fait s'il s'était contenté d'une diffusion non commerciale... 10 personnes dont 8 de la famille proche, et 2 qui ont apprécié son travail parmi les 15 péquins qui sont tombés sur son site ouebe. Et en plus, il aura même pas à partager les bénefs avec une maison de disque. Et il y vendra des tas d'exemplaire de son 2e album - petite série, avec la licence art libre écrite en grand dessus cette fois-ci, parce que bon, flûte pouet hein.

    De plus, entretemps, quelques gens auront eu envie de lancer un défi à leurs yeux en déchiffrant les petits caractères sur le livret et se seront aperçus de l'énormité de la chose. A l'heure où tous les cds sont de plus en plus contraignants par leur dispositifs anti-copie, là ils ont légalement le droit de faire des copies de la musique de l'ami Gally. La nouvelle se répand sur les forums, les échanges de copies s'intensifient, [la honte pour ceux qui ont téléchargé l'album en "ouareze" en mp3 de chie alors qu'il était dispo en qualité tiptop depuis toujours] la musique de Gally bénéficie cette fois-ci d'une deuxième vague de "promo", plus lente certes, mais ô combien plus pérenne et profitable puisqu'elle y inclue un véritable bénéfice pour l'image de Mathias.

    De fait, même les snobinards - qui n'écoutent pas de musique dès que celle-ci est commerciale et faite par un artiste pourri à la solde des majors - trouvent enfin une raison valide moralement pour écouter du "mainstream". On peut même imaginer que libération, l'huma etc, toujours soucieux de défendre la veuve et l'orphelin face au vilain corporatisme, sortent une série d'articles sur la terrible injustice qu'a subit Mathias, qui achèveront de sublimer l'image de l'ami Gally dans l'imaginaire de la jeunesse éprise de liberté. Et on ne les y prendra plus à rémunérer ces cochons des Majors. Et le prochain album de Gally, ils verront pas la couleur de nos sous. On préférera rémunérer Gally parce qu'il le mérite.

    Au final, l'ami Gally a disposé d'une couverture médiatique inespérée. Il a accédé à une radio fm commerciale à une heure de grande écoute et a touché un public super large et Thom Yorke l'a même appelé sur son portable tout à l'heure pour travailler avec lui :]

    Revenons sur terre un instant. Il me semble que le véritable intérêt pour une oeuvre de l'esprit, c'est avant tout d'être diffusé. Il me semble donc tout naturel que celle-ci soit diffusée au public le plus large possible, qu'importe le moyen de diffusion. D'autant plus que la licence art libre s'appuie sur la *propriété intellectuelle* pour te garantir que tu ne seras pas *dépossedé* de ton oeuvre, à la différence du circuit traditionnel ou l'artiste délègue ses droits sur son ouvrage à une maison d'édition pour en assurer la diffusion. En plus, imagine que la maison d'édition ait été rachetée - par exemple - par un grand fabricant d'armes et que l'ouvrage en question indispose ce dernier. Il peut, comme il lui chante, faire cesser sa diffusion et *interdire* donc toute autre diffusion légale de cet ouvrage (puisqu'il possède les droits dessus).

    Résumons-nous. Une licence vraiment libre garantit à l'artiste sa propriété intellectuelle tout en encourageant sa diffusion sans limites. Dès lors, imposer une restriction sur les manières dont peuvent se faire cette diffusion, c'est en contradiction avec le but de cette licence qui est celui de toucher le public le plus large possible. Sur le court terme, on peut avoir l'impression de se faire flouer par une distribution commerciale parallèle. Sur le long terme, toute diffusion est profitable, et à l'auteur, et au public, surtout quand la licence garantit la "viralité" des conditions de diffusion.

    - c'était long hein ? -