Bravo au rédacteur de cette nouvelle de bonne qualité.
Quelques infos en plus sur des thèmes qui ne sont pas abordés par ce questionnaire mais qui le sont dans le rapport coordonné par Michel Rocard, dont on a assez pu discuté sur le fond la dernière fois. Dommage, car c'est un document très lisible, qui porte clairement une vision cohérente et très différente de ce qui a été fait ces 5 dernières années, enfin c'est un document qui permet souvent de nourrir sa réflexion.
Voilà donc une lecture subjective, un peu long mais que je n'espère pas trop rébarbatif :
== Libération des données publiques ==
Un passage qui recommande de rendre les données publiques accessibles à tous y compris à des fins commerciales. En tant que Wikipédien, j'ai si souvent pesté de voir utiliser les données de la C.I.A. sur des sujets franco-français, que j'ai bu du petit lait à la lecture de ce passage que je livre in-extenso.
Les administrations collectent et détiennent des données sur tous les aspects de la vie sociale, économique, culturelle et des territoires. Ces données constituent un bien public. Ce sont des ressources pour l’ensemble des secteurs économiques. Elles permettent de développer des activités et même des marchés, comme celui, par exemple, des données géo-localisées.
Le débat sur la valorisation de ce patrimoine est récurrent. Faut-il privilégier une rentabilisation monétaire, par la vente de ces informations (comme nous y invite le rapport récent sur l’économie de l’immatériel) ou valoriser ces gisements de données en permettant à tous (particuliers, associations, entreprises) d’en tirer parti, et de les exploiter, commercialement ou non ? Le gouvernement Jospin, en 1997, a tranché partiellement ce débat en prescrivant la mise en ligne gratuite des « données publiques essentielles », donnant un coup d’arrêt à la commercialisation des données publiques. Il clarifiait ainsi des situations confuses, comme la concession à un diffuseur privé des banques de données juridiques. Depuis 1997, les administrations ont pris l’habitude de diffuser des volumes considérables de textes, de données statistiques et de rapports, réalisant au passage de considérables économies sur les budgets de publication imprimée.
Cette doctrine laissait cependant de côté les grands établissements publics qui gèrent de coûteuses infrastructures, comme l’Institut Géographique National (IGN) ou Météo France. La transposition de la directive sur la réutilisation des informations du secteur public25 aggrave cette situation. Soumis à l’obligation de dégager des ressources propres, (parfois jusqu'à 50% de leur budget), ces établissements pratiquent des tarifs souvent élevés, vis à vis des utilisateurs comme des diffuseurs.
Cette logique conduit à des situations aberrantes. Ainsi, récemment, l’IGN (dont la compétence n'est pas ici en cause), soucieux de contrecarrer les services GoogleMaps et GoogleEarth de Google, a ouvert un portail (Géoportail) de cartographie numérique et d’images satellitaires de la France. Contraint de générer des ressources propres, il en a verrouillé les fonctionnalités et a déformé volontairement certaines images pour empêcher de copier les cartes, de les réutiliser ou de les rediffuser.
Ces pratiques tarifaires et malthusiennes brident le développement de nouveaux services par des tiers et l’émergence de nouveaux acteurs. Elles ouvrent un avantage concurrentiel aux projets étrangers (privés ou publics) tels que GoogleMaps. Elles brident aussi la recherche. Faute de disponibilité simple des données de l'INSEE et du Ministère de l'emploi, les chercheurs en économie français travaillent sur les données américaines (le Census Bureau diffuse tout sur Internet) et... en savent plus sur les mécanismes économiques américains que sur ce qui se passe en France !
L’expérience récente et l’observation de ce qui se passe à l’étranger plaident pour une approche
« ouverte » des données publiques, qui laisse l'innovation s'exprimer à partir de ces données mises en accès libre.
== Protection des données personelles, vote électronique, identification, CNIL ==
Sur le thème du fichage, un des grands dangers de l'informatique, il y a (P.49) une dénonciation très juste de la dérive qu'ont engendrées les différentes lois Sarkozy. D'où la proposition d' « Instaurer un contrôle strict à priori et à posteriori des fichiers de police et de sécurité ».
Toujours pour protéger les libertés, il demande à raison « d'interrompre et de remettre à plat le projet de carte d'identité biométrique »
Un passage qui m'a laissé plus dubitatif :
Mettre en place un service public de l’identité numérique. Les approches actuelles de l’identification, répressives et matérielles, sont archaïques. La logique de la « carte d’identité », électronique ou non, doit céder devant celle d’un service public de l’identité, en ligne et hors ligne, qui permette à chacun dans une situation donnée de prouver son identité de manière efficace et non-intrusive.
C'est possible ça ? Comment on fait ?
En revanche, j'accord un satisfecit pour ce passage sur la CNIL
Les missions de la CNIL prennent donc une nouvelle dimension. La réforme de la loi du 6 janvier 1978, adoptée en 2004, a en réalité fait régresser la protection de la vie privée. D’abord, elle a affaibli les pouvoirs de la CNIL pour les fichiers intéressant la sécurité publique, la défense et la sûreté de l'Etat. Ensuite, elle a autorisé certains représentants de détenteurs de droits d’auteur à constituer des « fichiers d'infraction » au prétexte de lutter contre le « piratage. »
Augmenter le budget de la CNIL et lui permettre de faire face à ses nouvelles missions.
L’autorité allemande de protection des données emploie 400 personnes avec un budget de 40 millions d’Euros tandis que la CNIL fonctionne avec seulement 100 personnes et un budget de 10 millions d’Euros.
Assurer l’indépendance de la CNIL (mode de désignation, composition, régime d’incompatibilité qui évite les conflits d’intérêt parmi ses membres).
Pour comparaison, je me rappelle que quand Arnaud Montebourg avait soulevé à l'Assemblée Nationale ce problème de dévalorisation et de sous-financement de la CNIL, il s'était attiré une réponse extrêmement violente de Nicolas Sarkozy qui via un effet de manche suggérant que son contradicteur prenait la défense du violeur Guy Georges avait surtout évité de répondre sur le fond. Ça m'avait franchement fait froid dans le dos : http://guerby.org/blog/index.php/2006/12/04/131-fichiers
== Vote et informatique ==
Sur les machines à voter, un passage très juste P.42-43 qui rappelle que « L'utilité et la fiabilité du vote électronique restent à démontrer », recommande clairement un moratoire sur leur utilisation. Pas de diabolisation du Progrès néanmoins (vous savez cette tendance à stigmatiser comme partisans de l'éclairage à la bougie tous ceux qui pensent que la vache folle ou Tchernobyl ne sont pas forcément des bienfaits). Il préconise le recours à l'informatique là où elle apporte un plus : « améliorer la participation électorale » en « simplifiant [grâce à l'informatique] l'inscription sur les listes électorales » et en « permettant à des citoyens en déplacement professionnel ou en vacances de voter dans [un autre] bureau de vote ».
== Misc ===
Parmi les autres pépites que j'ai relevé de ça de là :
* mettre en oeuvre les recommandations du W3C en faveur des handicapés (P. 39)
* un passage très intéressant sur le « nouvel écosystème de la culture » (P.17) que je suis bien incapable de résumer en une phrase
* « Toute production administrative, toute délibération de nature publique doit automatiquement et rapidement être mise en ligne et facilement accessible. L’obligation de diffusion gratuite des données publiques essentielles devrait être inscrite dans la loi. Elle pourrait être étendue aux collectivités territoriales. » (P. 43-44)
* Plus globalement, un regard non pas fasciné par la technique, mais lucide sur les nouvelles technologies. Sur le thème « Internet n'est ni bon ni mauvais en soir, il sera ce qu'on en fera ».
Bon voilà, ce n'est pas du tout exhaustif (il y a toute une réflexion sur l'éducation par exemple), donc à vous d'aller voir pour le reste.
# Compléments
Posté par Asterios . En réponse à la dépêche Réponse de Ségolène Royal au questionnaire de Candidats.fr. Évalué à 10.
Quelques infos en plus sur des thèmes qui ne sont pas abordés par ce questionnaire mais qui le sont dans le rapport coordonné par Michel Rocard, dont on a assez pu discuté sur le fond la dernière fois. Dommage, car c'est un document très lisible, qui porte clairement une vision cohérente et très différente de ce qui a été fait ces 5 dernières années, enfin c'est un document qui permet souvent de nourrir sa réflexion.
Voilà donc une lecture subjective, un peu long mais que je n'espère pas trop rébarbatif :
== Libération des données publiques ==
Un passage qui recommande de rendre les données publiques accessibles à tous y compris à des fins commerciales. En tant que Wikipédien, j'ai si souvent pesté de voir utiliser les données de la C.I.A. sur des sujets franco-français, que j'ai bu du petit lait à la lecture de ce passage que je livre in-extenso.
== Protection des données personelles, vote électronique, identification, CNIL ==
Sur le thème du fichage, un des grands dangers de l'informatique, il y a (P.49) une dénonciation très juste de la dérive qu'ont engendrées les différentes lois Sarkozy. D'où la proposition d' « Instaurer un contrôle strict à priori et à posteriori des fichiers de police et de sécurité ».
Toujours pour protéger les libertés, il demande à raison « d'interrompre et de remettre à plat le projet de carte d'identité biométrique »
Un passage qui m'a laissé plus dubitatif :
Mettre en place un service public de l’identité numérique. Les approches actuelles de l’identification, répressives et matérielles, sont archaïques. La logique de la « carte d’identité », électronique ou non, doit céder devant celle d’un service public de l’identité, en ligne et hors ligne, qui permette à chacun dans une situation donnée de prouver son identité de manière efficace et non-intrusive.
C'est possible ça ? Comment on fait ?
En revanche, j'accord un satisfecit pour ce passage sur la CNIL
Pour comparaison, je me rappelle que quand Arnaud Montebourg avait soulevé à l'Assemblée Nationale ce problème de dévalorisation et de sous-financement de la CNIL, il s'était attiré une réponse extrêmement violente de Nicolas Sarkozy qui via un effet de manche suggérant que son contradicteur prenait la défense du violeur Guy Georges avait surtout évité de répondre sur le fond. Ça m'avait franchement fait froid dans le dos :
http://guerby.org/blog/index.php/2006/12/04/131-fichiers
== Vote et informatique ==
Sur les machines à voter, un passage très juste P.42-43 qui rappelle que « L'utilité et la fiabilité du vote électronique restent à démontrer », recommande clairement un moratoire sur leur utilisation. Pas de diabolisation du Progrès néanmoins (vous savez cette tendance à stigmatiser comme partisans de l'éclairage à la bougie tous ceux qui pensent que la vache folle ou Tchernobyl ne sont pas forcément des bienfaits). Il préconise le recours à l'informatique là où elle apporte un plus : « améliorer la participation électorale » en « simplifiant [grâce à l'informatique] l'inscription sur les listes électorales » et en « permettant à des citoyens en déplacement professionnel ou en vacances de voter dans [un autre] bureau de vote ».
== Misc ===
Parmi les autres pépites que j'ai relevé de ça de là :
* mettre en oeuvre les recommandations du W3C en faveur des handicapés (P. 39)
* un passage très intéressant sur le « nouvel écosystème de la culture » (P.17) que je suis bien incapable de résumer en une phrase
* « Toute production administrative, toute délibération de nature publique doit automatiquement et rapidement être mise en ligne et facilement accessible. L’obligation de diffusion gratuite des données publiques essentielles devrait être inscrite dans la loi. Elle pourrait être étendue aux collectivités territoriales. » (P. 43-44)
* Plus globalement, un regard non pas fasciné par la technique, mais lucide sur les nouvelles technologies. Sur le thème « Internet n'est ni bon ni mauvais en soir, il sera ce qu'on en fera ».
Bon voilà, ce n'est pas du tout exhaustif (il y a toute une réflexion sur l'éducation par exemple), donc à vous d'aller voir pour le reste.
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