Je sais bien les contraintes auxquelles ils doivent faire face, ce que je voulais dire dans mon précèdent message est que je ne me sens pas légitime pour leur donner le moindre conseil.
Une idée qui me vient à l'esprit, et qui pourrait profiter au philosophe, est une proposition faîte par Gérard Huet dans un conférence intitulée Fondements de l'informatique, à la croisée des mathématiques, de la logique et de la linguistique (le document est un docx mais il s'ouvre bien avec libre office). Il illustre par deux exemple comment on pourrait faire mettre en pratique ce qui se cache dans Curry-Howard (et donc la logique transcendentale de Kant) sans nécessairement aborder la théorie elle-même (au fond ce qu'expose ces théories est la structure logique de notre esprit, mais cette structure on l'utilise naturellement sans même savoir l'exposer théoriquement).
Les exemples se trouvent à la fin de sa conférence (dans ma version que j'ai convertie en pdf, c'est à la page 20) est commence au paragraphe :
On nous dit « il faut inculquer aux jeunes l’esprit scientifique ». Très bien, mais qu’est ce que ça veut dire au juste, au-delà d’une incantation un peu creuse ?
Le premier exemple consiste à calculer le coût financier du cycle de lavage d'une machine à laver, puis à réfléchir sur le raisonnement qui conduit à la réponse. Si Luc Skywalker me lit, c'est analogue à la discussion que tu as eu avec gUI sur la rentabilité de récupérer l'énergie potentiel sur un vélo électrique : vous avez utilisé la Critique de la raison pure sans le savoir (catégorie de la causalité dans la logique transcendentale). ;-)
Le second consiste à faire de l'analyse grammaticale sur les verbes transitifs et intransitifs, avec pour exemple « le chat mange la souris ».
Puis de montrer que, d'un certain point de vue, les deux situations sont identiques dans notre manière de raisonner.
Pour répondre à cette question :
D’un autre côté : est-il possible de ne pas aborder ce classique des classiques pendant ce cours de philosophie qui sera probablement le seul de la vie de ces jeunes ?
Je dirais absolument oui, il l'a dit lui-même !
Sans entrer dans le détail de son œuvre, je vais juste illustrer pourquoi je dis de lui « nul ne peut entre ici s'il n'est géomètre ». Les géomètres, ou plus généralement les mathématiciens, utilisent pour résoudre leur problème une méthode qu'ils nomment le raisonnement par analyse-synthèse. Pappus d'Alexandrie le décrivait en ces termes :
Analysis, then, takes that which is sought as if it were admitted and passes from it through its successive consequences to something which is admitted as the result of synthesis: for in analysis we admit that which is sought as if it were already done and we inquire what it is from which this results, and again what is the antecedent cause of the latter, and so on, until by so retracing our steps we come upon something already known or belonging to the class of first principles, and such a method we call analysis as being solution backwards.
But in synthesis, reversing the process, we take as already done that which was last arrived at in the analysis and, by arranging in their natural order as consequences what before were antecedents, and successively connecting them one with another, we arrive finally at the construction of what was sought; and this we call synthesis.
Dans l'analyse on va de la conclusion aux prémisses, tandis que dans la synthèse on redescend des prémisses à la conclusion. D'ailleurs, le logiciel d'aide à la preuve Rocq fonctionne ainsi : on prouve la proposition par voie d'analyse, puis, quand on a fini, on écrit qed (quod erat demonstrandum ou cqfd) et le moteur de Rocq effectue la synthèse pour nous.
Je me suis permis cette petite digression parce que certains ouvrages de Kant vont par paire : dans l'un il suit la voie analytique, dans l'autre la voie synthétique. Dans le cas de la Critique de la raison pure, c'est la voie synthétique qui est suivie. Son ouvrage jumeau, qui suit la voie analytique, se nomme les prolégomènes à toute métaphysique future. Ce dernier s'ouvre sur cette avertissement (première phrase de la préface) :
Ces prolégomènes ne sont pas à l’usage des élèves ; ils s’adressent aux maîtres futurs, auxquels même ils doivent servir, non pas pour l’exposition méthodique d’une science toute faite, mais uniquement pour l’invention de cette science.
Ils servent à exposer la voie de découverte (la méthode analytique est la voie de la recherche qui trouve) qui mène à la Critique (dont l'exposé est synthétique).
Partant de là, je doute fort, tout de même, qu'il soit approprier d'aborder cet ouvrage avec des élèves de terminal sans finir dans du n'importe quoi, d'autant que, je le répète, un professeur de terminal ne le comprend peut être pas lui-même.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Au-delà du problème de Erdös
Posté par kantien . En réponse au lien Commentaire de gro-tsen sur la vidéo de Mr phi sur la résolution par LLM du problème de la distance unitaire. Évalué à 2 (+0/-0).
Je sais bien les contraintes auxquelles ils doivent faire face, ce que je voulais dire dans mon précèdent message est que je ne me sens pas légitime pour leur donner le moindre conseil.
Une idée qui me vient à l'esprit, et qui pourrait profiter au philosophe, est une proposition faîte par Gérard Huet dans un conférence intitulée Fondements de l'informatique, à la croisée des mathématiques, de la logique et de la linguistique (le document est un
docxmais il s'ouvre bien avec libre office). Il illustre par deux exemple comment on pourrait faire mettre en pratique ce qui se cache dans Curry-Howard (et donc la logique transcendentale de Kant) sans nécessairement aborder la théorie elle-même (au fond ce qu'expose ces théories est la structure logique de notre esprit, mais cette structure on l'utilise naturellement sans même savoir l'exposer théoriquement).Les exemples se trouvent à la fin de sa conférence (dans ma version que j'ai convertie en
pdf, c'est à la page 20) est commence au paragraphe :Le premier exemple consiste à calculer le coût financier du cycle de lavage d'une machine à laver, puis à réfléchir sur le raisonnement qui conduit à la réponse. Si Luc Skywalker me lit, c'est analogue à la discussion que tu as eu avec gUI sur la rentabilité de récupérer l'énergie potentiel sur un vélo électrique : vous avez utilisé la Critique de la raison pure sans le savoir (catégorie de la causalité dans la logique transcendentale). ;-)
Le second consiste à faire de l'analyse grammaticale sur les verbes transitifs et intransitifs, avec pour exemple « le chat mange la souris ».
Puis de montrer que, d'un certain point de vue, les deux situations sont identiques dans notre manière de raisonner.
Pour répondre à cette question :
Je dirais absolument oui, il l'a dit lui-même !
Sans entrer dans le détail de son œuvre, je vais juste illustrer pourquoi je dis de lui « nul ne peut entre ici s'il n'est géomètre ». Les géomètres, ou plus généralement les mathématiciens, utilisent pour résoudre leur problème une méthode qu'ils nomment le raisonnement par analyse-synthèse. Pappus d'Alexandrie le décrivait en ces termes :
Dans l'analyse on va de la conclusion aux prémisses, tandis que dans la synthèse on redescend des prémisses à la conclusion. D'ailleurs, le logiciel d'aide à la preuve Rocq fonctionne ainsi : on prouve la proposition par voie d'analyse, puis, quand on a fini, on écrit
qed(quod erat demonstrandum ou cqfd) et le moteur de Rocq effectue la synthèse pour nous.Je me suis permis cette petite digression parce que certains ouvrages de Kant vont par paire : dans l'un il suit la voie analytique, dans l'autre la voie synthétique. Dans le cas de la Critique de la raison pure, c'est la voie synthétique qui est suivie. Son ouvrage jumeau, qui suit la voie analytique, se nomme les prolégomènes à toute métaphysique future. Ce dernier s'ouvre sur cette avertissement (première phrase de la préface) :
Ils servent à exposer la voie de découverte (la méthode analytique est la voie de la recherche qui trouve) qui mène à la Critique (dont l'exposé est synthétique).
Partant de là, je doute fort, tout de même, qu'il soit approprier d'aborder cet ouvrage avec des élèves de terminal sans finir dans du n'importe quoi, d'autant que, je le répète, un professeur de terminal ne le comprend peut être pas lui-même.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.