Surtout que le vrai gros problème de l’approvisionnement temps réel, c’est le pilotage du réseau. Comme l’électricité ne se stocke pas (pas directement, j’y reviens), on doit avoir en permanence production = consommation, sinon le réseau s’effondre et c’est le black-out.
Dans les énergies bas carbone : le nucléaire et l’hydraulique sont pilotables ; l’éolien et le solaire ne le sont pas. La géothermie est pilotable aussi, mais d’une part elle est très difficile à installer avec un bon rendement sauf spécificités géologiques assez rares ; d’autre part elle peut facilement rejeter des quantités énormes de gaz à effets de serre (cf cette excellente vidéo).
L’éolien produit... quand il y a du vent, c’est-à-dire de façon totalement décorrélée de la consommation. Par exemple en janvier 2025, d’après les données de RTE, on a pu avoir plus de 18 GW de production éolienne... comme moins de 1 GW (sur plus de 23 GW de capacité installée, chiffre de janvier 2024). Problème : au moment où il n’y avait pas de vent sur la France, c’était aussi le moment le plus froid de janvier. Et encore, la France est bien lotie pour l’éolien, parce qu’on a trois bassins de vents avec des régimes différents (Nord/Manche, Atlantique, Méditerranée) qui ont une vraie chance de ne pas être synchronisés ; et la possibilité de mettre de l’éolien en mer (qui a un bien meilleur facteur de charge que le terrestre, le vent y étant plus fréquent et régulier).
Les énergies fossiles ont cet énorme avantage d’être toutes pilotables. On peut imaginer des centrales thermiques à biomasse, mais elles posent d’autres types de problèmes.
En réalité, la seule façon simple et efficace qu’on ait de stocker de l’électricité en masse (capacité de stockage et production de plusieurs GW pendant des heures) aujourd’hui, c’est les STEP (hydroélectricité). On voit le stockage dans les données RTE sous le terme « Pompage » ; on voit la production dans les détails de « Hydraulique » sous le terme « STEP turbinage ». Le principal défaut, c’est qu’il faut des barrages de montagne pour y arriver... et qu’en France métropolitaine on a épuisé à peu près tous les sites où c’est à la fois rentable et pas une catastrophe écologique.
Il y a plein d’autres technologies de stockage à l’étude, mais pour l’instant aucune n’existe à ce niveau de capacité et de puissance. Il faut continuer les études, mais aussi avoir une solution en attendant. On commence toutefois à avoir beaucoup de batteries en circulations (no joke, la plupart sont dans des bagnoles) dont on pourrait se servir, mais il y a tout un circuit politique et économique à mettre en place autour.
Donc, si on veut un réseau électrique bas carbone sans nucléaire, stable et intègre (c’est-à-dire qu’on ne dépend pas des voisins pour assurer la stabilité), on fait quoi ? Il reste les solutions suivantes :
Le pays a la chance d’avoir d’énormes ressources de géothermie efficace (Islande) ou d’hydroélectricité (Québec, Norvège, Suède) : il « suffit » de mettre plein de barrages, éventuellement complétés avec de l’éolien et du solaire.
Le pays n’a pas cette chance (pas assez montagneux, trop peuplé...) : on peut aller dans la sobriété. Mais ça pose d’énormes problèmes d’acceptation sociale (ce qui peut se travailler avec une politique volontariste, hahaha), d’égalité et d’équité. Ça implique des priorisations des usages, des coupures ciblées et si possibles prévisibles, et une indemnisation. De plus, l’idée est plutôt d’augmenter la production générale d’électricité pour décarboner un maximum d’usages.
Le pays n’a ni ressources bas-carbone pilotable et n’a pas réussi à organiser une sobriété : c’est un régime de pénurie, c’est une électricité hors de prix aux moments de sous-production, avec une coupure chez les pauvres et/ou le remplacement d’une partie du réseau par des générateurs personnels à énergies fossiles (c’est le cas partout où le réseau est instable).
Du coup, dans l’idée d’une transition écologique vers une consommation d’énergie décarbonée, le nucléaire est quand même un atout non négligeable grâce à sa production bas-carbone massive et pilotable, malgré ses inconvénients (en particulier le cout d’installation énorme, et le stockage des déchets).
[^] # Re: Autre regard
Posté par SpaceFox (site web personnel, Mastodon) . En réponse au lien Électricité : le solaire supplante enfin le charbon dans l'UE. Évalué à 8.
Surtout que le vrai gros problème de l’approvisionnement temps réel, c’est le pilotage du réseau. Comme l’électricité ne se stocke pas (pas directement, j’y reviens), on doit avoir en permanence production = consommation, sinon le réseau s’effondre et c’est le black-out.
Dans les énergies bas carbone : le nucléaire et l’hydraulique sont pilotables ; l’éolien et le solaire ne le sont pas. La géothermie est pilotable aussi, mais d’une part elle est très difficile à installer avec un bon rendement sauf spécificités géologiques assez rares ; d’autre part elle peut facilement rejeter des quantités énormes de gaz à effets de serre (cf cette excellente vidéo).
Le solaire ne produit rien la moitié du temps (la nuit), modulo quelques adaptations à base de stockage local de chaleur comme décrit ici. Et quand il fait très couvert, en journée ça produit assez peu quand même.
L’éolien produit... quand il y a du vent, c’est-à-dire de façon totalement décorrélée de la consommation. Par exemple en janvier 2025, d’après les données de RTE, on a pu avoir plus de 18 GW de production éolienne... comme moins de 1 GW (sur plus de 23 GW de capacité installée, chiffre de janvier 2024). Problème : au moment où il n’y avait pas de vent sur la France, c’était aussi le moment le plus froid de janvier. Et encore, la France est bien lotie pour l’éolien, parce qu’on a trois bassins de vents avec des régimes différents (Nord/Manche, Atlantique, Méditerranée) qui ont une vraie chance de ne pas être synchronisés ; et la possibilité de mettre de l’éolien en mer (qui a un bien meilleur facteur de charge que le terrestre, le vent y étant plus fréquent et régulier).
Les énergies fossiles ont cet énorme avantage d’être toutes pilotables. On peut imaginer des centrales thermiques à biomasse, mais elles posent d’autres types de problèmes.
En réalité, la seule façon simple et efficace qu’on ait de stocker de l’électricité en masse (capacité de stockage et production de plusieurs GW pendant des heures) aujourd’hui, c’est les STEP (hydroélectricité). On voit le stockage dans les données RTE sous le terme « Pompage » ; on voit la production dans les détails de « Hydraulique » sous le terme « STEP turbinage ». Le principal défaut, c’est qu’il faut des barrages de montagne pour y arriver... et qu’en France métropolitaine on a épuisé à peu près tous les sites où c’est à la fois rentable et pas une catastrophe écologique.
Il y a plein d’autres technologies de stockage à l’étude, mais pour l’instant aucune n’existe à ce niveau de capacité et de puissance. Il faut continuer les études, mais aussi avoir une solution en attendant. On commence toutefois à avoir beaucoup de batteries en circulations (no joke, la plupart sont dans des bagnoles) dont on pourrait se servir, mais il y a tout un circuit politique et économique à mettre en place autour.
Donc, si on veut un réseau électrique bas carbone sans nucléaire, stable et intègre (c’est-à-dire qu’on ne dépend pas des voisins pour assurer la stabilité), on fait quoi ? Il reste les solutions suivantes :
Du coup, dans l’idée d’une transition écologique vers une consommation d’énergie décarbonée, le nucléaire est quand même un atout non négligeable grâce à sa production bas-carbone massive et pilotable, malgré ses inconvénients (en particulier le cout d’installation énorme, et le stockage des déchets).
La connaissance libre : https://zestedesavoir.com