Déja, le contenu est en contradiction avec le résumé: "Si cette politique peut paraître absurde, elle est parfaitement délibérée." Genre, il faut lire 20 pages avant de comprendre que c'est une formulation alambiquée pour dire qu'il n'y a en fait aucune volonté d'empêcher les pauvres de toucher les droits sociaux. Il ne s'agit que d'incompétence de la part des technocrates qui conçoivent les systèmes sociaux et de leur incapacité à ne pas comprendre les freins sociologiques qui expliquent le non-recours. Au contraire de cette politique délibérée, il y a une volonté de l'État de diminuer le non-recours.
Ensuite, ce que l'analyse refuse de voir, c'est que les gens suivis n'ont simplement pas les connaissances de base pour survivre de manière autonome dans notre monde moderne hyper-complexe. Cette personne qui ne sait pas expliquer à l'agent d'accueil pourquoi il vient, il ne saura pas non plus se dépatouiller contre les commerciaux qui vont essayer de lui vendre des fenêtres double-vitrage, il ne saura pas acheter une voiture, ni ouvrir un compte en banque, ni lire une fiche de paye, ni déclarer ses impôts. Au bas mot, 80% des boulots, même peu qualifiés, lui sont inaccessibles; il ne peut pas être indépendant (il faut faire des démarches et de la compta), il ne peut pas utiliser un ordinateur, il ne peut pas lire un document technique. On peut regretter que le monde soit complexe, qu'il n'y ait pas un bisounours à chaque coin de rue pour aider les gens à ne pas faire n'importe quoi, mais c'est comme ça. Ces gens ont juste besoin d'assistance; par des proches ou des associations. Ils ont besoin que quelqu'un leur dise d'imprimer tel formulaire, et de le remplir pour eux. Il n'y a absolument rien de nouveau, c'est exactement la situation de "Zezette épouse X". Et la société a une réponse à ça, c'est la curatelle ou d'autres formes d'assistance à divers degrés.
La suggestion de l'auteur semble être de considérer que c'est à l'État et à ses administrations de gérer de telles situations de curatelle, mais ça pose réellement la question de la séparation des pouvoirs. Ça semble assez malsain que la personne qui monte le dossier soit la même que celle qui décide de la conformité des dossiers. Il y a des décisions à prendre; parfois, l'intéret de la personne est évident, parfois il l'est moins. Est-ce le rôle du fonctionnaire de service de dire "OK, vous êtes avec quelqu'un depuis un mois, mais ne cochez pas la case dans ce formulaire, attendez l'année prochaine"? Non, je ne pense pas, le fonctionnaire a un devoir de loyauté à l'État, il n'a pas toujours à agir dans l'intéret des administrés. Ce dont ces personnes ont besoin, c'est des sortes de conseillers qui vont les aider à prendre les bonnes décisions et à monter les dossiers.
Tout ça ne change pas le fait que les coupes budgétaires ont mis à mal la capacité des administrations à assurer les services qu'elles sont censées assurer, et notamment le conseil. L'accumulation de toujours plus de procédures plus ou moins légales, conçues par des bureaucrates dépressifs, ralentit tout le système et rend certaines aides inaccessibles. Mais j'ai du mal à imaginer que l'administration puisse aider les gens dont parle le document; ils leur faut un autre type d'aide. L'auteur du billet emballe le tout dans une sorte de jargon sociologique qui cache mal une démarche militante. Je trouve l'ensemble assez malaisant d'ailleurs, puisque l'objectif est clairement d'observer le bonhomme faire n'importe quoi pour pouvoir bien décrire pseudo-objectivement à quel point il était trop teubé pour comprendre quels documents on lui demandait et à quel point les agents d'accueil étaient méprisants. Une thèse de sociologie, c'est de prendre des notes en regardant des gens se noyer, puis d'écrire des billets sur l'incapacité de l'État à sauver les gens de la noyade? Les comités d'éthique, ça existe.
[^] # Re: excellent article
Posté par arnaudus . En réponse au lien Politique de l’absurde : Le numérique et l’accès aux droits sociaux. Évalué à -7.
Mbof. Plutôt pas d'accord.
Déja, le contenu est en contradiction avec le résumé: "Si cette politique peut paraître absurde, elle est parfaitement délibérée." Genre, il faut lire 20 pages avant de comprendre que c'est une formulation alambiquée pour dire qu'il n'y a en fait aucune volonté d'empêcher les pauvres de toucher les droits sociaux. Il ne s'agit que d'incompétence de la part des technocrates qui conçoivent les systèmes sociaux et de leur incapacité à ne pas comprendre les freins sociologiques qui expliquent le non-recours. Au contraire de cette politique délibérée, il y a une volonté de l'État de diminuer le non-recours.
Ensuite, ce que l'analyse refuse de voir, c'est que les gens suivis n'ont simplement pas les connaissances de base pour survivre de manière autonome dans notre monde moderne hyper-complexe. Cette personne qui ne sait pas expliquer à l'agent d'accueil pourquoi il vient, il ne saura pas non plus se dépatouiller contre les commerciaux qui vont essayer de lui vendre des fenêtres double-vitrage, il ne saura pas acheter une voiture, ni ouvrir un compte en banque, ni lire une fiche de paye, ni déclarer ses impôts. Au bas mot, 80% des boulots, même peu qualifiés, lui sont inaccessibles; il ne peut pas être indépendant (il faut faire des démarches et de la compta), il ne peut pas utiliser un ordinateur, il ne peut pas lire un document technique. On peut regretter que le monde soit complexe, qu'il n'y ait pas un bisounours à chaque coin de rue pour aider les gens à ne pas faire n'importe quoi, mais c'est comme ça. Ces gens ont juste besoin d'assistance; par des proches ou des associations. Ils ont besoin que quelqu'un leur dise d'imprimer tel formulaire, et de le remplir pour eux. Il n'y a absolument rien de nouveau, c'est exactement la situation de "Zezette épouse X". Et la société a une réponse à ça, c'est la curatelle ou d'autres formes d'assistance à divers degrés.
La suggestion de l'auteur semble être de considérer que c'est à l'État et à ses administrations de gérer de telles situations de curatelle, mais ça pose réellement la question de la séparation des pouvoirs. Ça semble assez malsain que la personne qui monte le dossier soit la même que celle qui décide de la conformité des dossiers. Il y a des décisions à prendre; parfois, l'intéret de la personne est évident, parfois il l'est moins. Est-ce le rôle du fonctionnaire de service de dire "OK, vous êtes avec quelqu'un depuis un mois, mais ne cochez pas la case dans ce formulaire, attendez l'année prochaine"? Non, je ne pense pas, le fonctionnaire a un devoir de loyauté à l'État, il n'a pas toujours à agir dans l'intéret des administrés. Ce dont ces personnes ont besoin, c'est des sortes de conseillers qui vont les aider à prendre les bonnes décisions et à monter les dossiers.
Tout ça ne change pas le fait que les coupes budgétaires ont mis à mal la capacité des administrations à assurer les services qu'elles sont censées assurer, et notamment le conseil. L'accumulation de toujours plus de procédures plus ou moins légales, conçues par des bureaucrates dépressifs, ralentit tout le système et rend certaines aides inaccessibles. Mais j'ai du mal à imaginer que l'administration puisse aider les gens dont parle le document; ils leur faut un autre type d'aide. L'auteur du billet emballe le tout dans une sorte de jargon sociologique qui cache mal une démarche militante. Je trouve l'ensemble assez malaisant d'ailleurs, puisque l'objectif est clairement d'observer le bonhomme faire n'importe quoi pour pouvoir bien décrire pseudo-objectivement à quel point il était trop teubé pour comprendre quels documents on lui demandait et à quel point les agents d'accueil étaient méprisants. Une thèse de sociologie, c'est de prendre des notes en regardant des gens se noyer, puis d'écrire des billets sur l'incapacité de l'État à sauver les gens de la noyade? Les comités d'éthique, ça existe.