J'ai l'impression que l'étude que tu cites dans ton premier lien fait ça, non ?
Cette étude dit que les préjugés sont renforcés même dans une situation où le message explicite est que le préjugé présenté est totalement faux.
Si dans un cadre assumé où le préjugé est présenté explicitement comme étant un mensonge, le préjugé est quand même renforcé, alors, dans un cadre où la pertinence du préjugé est laissée ambiguë (le blagueur n'empêche personne de se dire, par exemple, "c'est drôle parce que c'est un peu vrai"), mais qu'en plus le préjugé est associé à une situation où on a été heureux (car on a rit), j'ai du mal à concevoir que ça ne puisse pas être encore pire.
Ça me fait aussi penser à deux choses:
1) pourquoi, jusqu'à présent, personne n'a demandé d'étude en double aveugle randomisé supportant l'hypothèse que les préjugés exprimés dans un cadre assumé d'humour sont forcément pas néfastes ?
(c'est pas une question à l'auteur du commentaire auquel je réponds, c'est en général, après tout, moi non plus je ne l'ai pas fait)
J'ai l'impression que souvent sur les questions qui, d'une manière ou d'une autre, touchent le social, on a souvent des renversements de la charge de la preuve: certains considèrent leur hypothèse comme fondée sous prétexte que la preuve de l'hypothèse opposée n'est pas établie.
(j'ai aussi l'impression que le concept de "renversement de la charge de la preuve" n'est pas toujours compris. J'ai l'impression que pour certains, c'est "si t'es pas d'accord avec moi, tu dois apporter une preuve", alors qu'au contraire, c'est "si je ne suis pas d'accord avec toi, le simple fait que tu n'apportes pas de preuve n'est pas suffisant pour prouver que j'ai raison, et si je n'apporte pas de preuve non plus, mon hypothèse ne vaut pas mieux")
2) j'ai l'impression que certains font souvent des sophismes scientistes dès que le sujet touche au social, comme si tout les aspects "sociaux" seraient forcément "non-scientifiques". Avec comme conséquence que leur raisonnement est parfois extrêmement naïf au niveau scientifique.
Je pense par exemple, comme cas extrême pour illustrer, aux pseudo-scientifiques de comptoir qui expliquent que les non-binaires sont pas "naturels", car quand ils avaient 12 ans, leur prof de bio a dit qu'il n'existe que deux sexes chez l'être humain, passant totalement à côté du fait que c'est parfaitement anti-scientifique d'exclure les faits établis qui supportent l'idée que la non-binarité est "naturelle".
Dans le cas des préjugés, j'ai l'impression que le sophisme scientiste est de partir du principe que l'hypothèse de base, l'hypothèse qui "est vraie tant qu'on n'a pas prouvé le contraire", c'est que les préjugés n'existent pas ou n'influencent pas la situation en question.
Mais je ne pense pas que c'est comme ça que les sciences fonctionnent. En science, l'hypothèse de base est celle du modèle qui correspond le mieux jusqu'à présent.
Ainsi, aujourd'hui, la très grande majorité de la population considère comme évident que la publicité est capable d'influencer les acheteurs, ou que le politiquement correct ou les "doreurs d'images" (spin doctors) en politique influencent la façon dont les candidats politiques sont perçus. Si c'est vrai, l'hypothèse de base est que les préjugés racistes ou sexistes ou anti-non-binaires n'ont aucune raison de ne pas fonctionner de la même manière, et que présenter un préjugé de manière ambigüe dans un contexte positif est une très bonne façon de renforcer ce préjugé, de la même façon qu'une pub marrante marche mieux pour graver le nom du produit dans la tête des clients ou que "vidéo protection" permet de passer plus de lois que "vidéo surveillance".
[^] # Re: Mes p'tites blagues leur ont pas plu...
Posté par j-c_32 . En réponse au journal Petites blagounettes de tout poil. Évalué à 6.
J'ai l'impression que l'étude que tu cites dans ton premier lien fait ça, non ?
Cette étude dit que les préjugés sont renforcés même dans une situation où le message explicite est que le préjugé présenté est totalement faux.
Si dans un cadre assumé où le préjugé est présenté explicitement comme étant un mensonge, le préjugé est quand même renforcé, alors, dans un cadre où la pertinence du préjugé est laissée ambiguë (le blagueur n'empêche personne de se dire, par exemple, "c'est drôle parce que c'est un peu vrai"), mais qu'en plus le préjugé est associé à une situation où on a été heureux (car on a rit), j'ai du mal à concevoir que ça ne puisse pas être encore pire.
Ça me fait aussi penser à deux choses:
1) pourquoi, jusqu'à présent, personne n'a demandé d'étude en double aveugle randomisé supportant l'hypothèse que les préjugés exprimés dans un cadre assumé d'humour sont forcément pas néfastes ?
(c'est pas une question à l'auteur du commentaire auquel je réponds, c'est en général, après tout, moi non plus je ne l'ai pas fait)
J'ai l'impression que souvent sur les questions qui, d'une manière ou d'une autre, touchent le social, on a souvent des renversements de la charge de la preuve: certains considèrent leur hypothèse comme fondée sous prétexte que la preuve de l'hypothèse opposée n'est pas établie.
(j'ai aussi l'impression que le concept de "renversement de la charge de la preuve" n'est pas toujours compris. J'ai l'impression que pour certains, c'est "si t'es pas d'accord avec moi, tu dois apporter une preuve", alors qu'au contraire, c'est "si je ne suis pas d'accord avec toi, le simple fait que tu n'apportes pas de preuve n'est pas suffisant pour prouver que j'ai raison, et si je n'apporte pas de preuve non plus, mon hypothèse ne vaut pas mieux")
2) j'ai l'impression que certains font souvent des sophismes scientistes dès que le sujet touche au social, comme si tout les aspects "sociaux" seraient forcément "non-scientifiques". Avec comme conséquence que leur raisonnement est parfois extrêmement naïf au niveau scientifique.
Je pense par exemple, comme cas extrême pour illustrer, aux pseudo-scientifiques de comptoir qui expliquent que les non-binaires sont pas "naturels", car quand ils avaient 12 ans, leur prof de bio a dit qu'il n'existe que deux sexes chez l'être humain, passant totalement à côté du fait que c'est parfaitement anti-scientifique d'exclure les faits établis qui supportent l'idée que la non-binarité est "naturelle".
Dans le cas des préjugés, j'ai l'impression que le sophisme scientiste est de partir du principe que l'hypothèse de base, l'hypothèse qui "est vraie tant qu'on n'a pas prouvé le contraire", c'est que les préjugés n'existent pas ou n'influencent pas la situation en question.
Mais je ne pense pas que c'est comme ça que les sciences fonctionnent. En science, l'hypothèse de base est celle du modèle qui correspond le mieux jusqu'à présent.
Ainsi, aujourd'hui, la très grande majorité de la population considère comme évident que la publicité est capable d'influencer les acheteurs, ou que le politiquement correct ou les "doreurs d'images" (spin doctors) en politique influencent la façon dont les candidats politiques sont perçus. Si c'est vrai, l'hypothèse de base est que les préjugés racistes ou sexistes ou anti-non-binaires n'ont aucune raison de ne pas fonctionner de la même manière, et que présenter un préjugé de manière ambigüe dans un contexte positif est une très bonne façon de renforcer ce préjugé, de la même façon qu'une pub marrante marche mieux pour graver le nom du produit dans la tête des clients ou que "vidéo protection" permet de passer plus de lois que "vidéo surveillance".