• [^] # Re: Moinssez moi

    Posté par . En réponse au journal Petites blagounettes de tout poil. Évalué à 3.

    Quelques réflexions en vrac qui me passent par la tête à propos de:

    Si quelqu'un fait un blagues problématique, expliquez lui en quoi, mais encouragez le à faire mieux, pas à d’arrêté, en fessant ça, vous êtes juste des alliez du Fascisme.

    1) en général, les gens réagissent négativement lorsqu'on casse un verre (surtout ceux qui doivent en subir les conséquences), et râlent sur la personne qui a cassé le verre. Je ne pense pas que souvent la personne qui a cassé le verre finit par considérer les râleurs comme "les méchants" et se réfugient dans des "lieux inclusifs où on peut casser des verres". On trouve que les râleurs sont juste légitimes. Pourquoi est-ce différent ici ?

    2) on a d'un côté une personne qui fait l'erreur d'une action qui a des conséquences négatives sur les autres personnes, et de l'autre, des personnes qui font "l'erreur" de 1) ne pas refouler leur émotions et se montrer magnanime, 2) ne pas prendre de leur temps et de leur énergie à éduquer la personne qui a fait l'erreur, 3) même si elles font 1 et 2, elles restent très souvent amalgamées aux autres pour ne pas avoir empêcher d'autres personnes de ne pas avoir fait 1 et 2.
    Je ne comprends pas pourquoi les râleurs sont coupables de ne pas être au niveau 173 de la "complexité de la stratégie de communication sociale" alors que le blagueur, lui, n'est même pas au niveau 1 en ayant activement refusé d'entendre les milliers de messages qui disent simplement "renseignez vous sur les conséquences des blagues".
    S'il faut compter les points au niveau "allié du fascisme", c'est 100x plus la personne qui fait la blague que la personne qui râle.

    2bis) notons d'ailleurs que tant qu'il existe des personnes au niveau 1, alors, il existe des personnes à un niveau inférieur au niveau 173. Par construction, le conseil donné ("essayez d'expliquer plutôt que pointer du doigt") est pragmatiquement impossible: si on peut faire bouger les gens au niveau 67 jusqu'au niveau 173, alors, comment expliquer qu'il existe encore des personnes au niveau 1. Ou, en d'autres termes: s'il y a encore des gens qui ne voient pas le problème à faire des blagues sexistes/racistes/..., alors, il existera des personnes qui se contenteront des les insulter sans les éduquer. Si votre solution passe par éviter que les blagueurs se fassent insulter, c'est simplement techniquement impossible.

    3) ça rappelle évidemment les concepts tels que la fragilité masculine. C'est vraiment étrange d'avoir des blagueurs qui se foutent totalement des conséquences de leur actes, mais on devrait avoir des râleurs qui marchent sur des œufs pour ne pas blesser leur petit ego. Si un blagueur fait une blague raciste/sexiste/..., il a une responsabilité: il est coupable d'avoir jouer les sourds alors que plein de gens expliquent, sans animosité, pourquoi c'est pas bien. Si ensuite des râleurs réagissent émotionnellement, ce qui est parfaitement légitime, si le blagueur se réfugie dans un "espace inclusif où on peut faire ces blagues", le responsable, de nouveau, c'est bel et bien le blagueur: c'est la blagueur qui commet l'erreur de se sentir blesser dans son ego à chaque râlage.

    4) je vois de plus en plus souvent l'idée que "c'est à cause des délires wokes que certains se tournent de plus en plus vers l'alt-right". Sauf que cet argument marche dans les deux sens: "si les délires wokes existent, c'est la faute de l'alt-right qui a poussé les gens à être moins tolérant". Avec cette logique, on en arriverait même à retourner l'argument: attention, ne dis pas aux râleurs que leur stratégie n'est pas bonne, ils vont se réfugier dans des espaces inclusifs où ils peuvent râler et créer des délires wokes, qui eux-mêmes va pousser les blagueurs à rejoindre les fascistes, te voilà donc toi-même allié du fascisme.
    La seule sortie que je vois est la suivante: lorsque vous critiquez les râleurs, cela doit s'accompagner d'une critique plus importante des blagueurs (par exemple, ne pas parler de "allié du fascisme" sans insister sur le fait que c'est 100x moins grave que ce que le blagueur fait).

    5) le blagueur a, rappelons le, une compréhension des interactions sociales très faibles, vu qu'il a même loupé le message, pourtant super diffusé, que "si tu fais des blagues racistes/sexistes/... ne t'étonne pas qu'on râle". Du coup, je ne suis pas sûr qu'une approche "éducative" ne finisse pas dans le même sac qu'une simple critique. Par exemple, j'ai vu des articles qui, explicitement, expliquaient qu'ils réfutaient la conclusion que tout les hommes sont méchants, et qui étaient ensuite pointés du doigt comme un parfait exemple de ces féminazis qui font de la propagande pour défendre l'idée que tout les hommes sont méchants.

    6) je ne suis pas sûr que "vaincre l'intolérance grâce au débat d'idées" soit une bonne stratégie. Au delà de la loi de Brandolini, le racisme/sexisme/... fait appel à l'émotion, qui lui-même aide à trouver n'importe quelle raison pour rejeter une conclusion rationnelle qu'on n'aime pas. Je pense que décrire Hitler en bouffon pathétique dans "le dictateur" a fait plus pour l'opinion publique américaine dans le conflit de la deuxième guerre que tout les débats d'idées sur le sujet. En Belgique francophone, les partis d'extrêmes droites ne sont pas invités aux débats, et leur score est bien inférieur que dans les régions où ils le sont. Donc, j'aurais tendance à penser (sans prétendre que c'est quelque chose de prouvé) que l'exclusion des idées néfastes est expérimentalement plus efficace que l'éducation.