Le fait de faire du logiciel libre et le fait de vouloir en retirer une rémunération sont orthogonaux.
Perso, je suis un peu choqué par les commentaires au dessus genre "tu fais du libre, tu l'as voulu, c'est normal que personne ne te paie". Ben, non. Tu peux faire du libre et trouver normal que les entreprises qui utilisent ton logiciel se demandent comment participer au fait que le logiciel soit maintenu, au fait que quelqu'un leur réponde quand ils posent des questions, que quelqu'un réagisse vite s'il y a une CVE. Obligatoire non, c'est du libre, tu fais bien ce que tu veux, un peu logique, oui, quand même.
La remarque sur "t'as qu'à trouver un business model" n'est pas vraiment beaucoup plus brillante. Le modèle du service est très compliqué à monter. Perso, j'ai contribué à GForge pendant des années quand c'était à peu près la seule solution pour avoir une forge d'entreprise. Je n'ai jamais eu aucun problème pour faire financer les modifs spécifiques, jamais aucun problème même pour que certains développements spécifiques soient libres. Par contre, je facturais systématiquement 2 jours de contribution libre (c'est à dire que je faisais pendant ces 2 jours ce que je pensais important pour le projet, et à cette époque, je bossais aussi des heures dessus sur mon temps libre, comme d'autres contributeurs de l'époque, donc 2 jours, c'était vraiment pas cher payé) pour chaque installation que je faisais. Et ben, les clients tiquaient sévèrement à chaque fois. Et pourtant, c'est sur ces deux jours que je faisais des améliorations plus générales et pas liées à un truc spécifique, ce qui est fondamentalement nécessaire. On était très peu sur ce marché et ça demandait une expertise un peu relou parce que beaucoup d'infra donc ils venaient quand même. Mais le logiciel aurait été plus simple à maîtriser, ils seraient allés dans la SSII d'en face qui aurait été moins chère parce qu'ils ne contribuent pas.
Arriver à financer du vrai développement de fond (maintenance, refactoring, sécurité, facilité d'installation...) sur du service, c'est très compliqué quand la SSII d'en face va dumper les prix journées et faire un truc à l'arrache.
Pour l'anecdote, j'ai arrêté de contribuer quand il est devenu clair qu'il fallait refondre profondément le logiciel et qu'on ne trouvait aucun moyen de financement. Et la goutte d'eau a été quand un grand groupe européen (mais genre vraiment gros) que je ne citerai pas m'a contacté personnellement pour que je prenne l'engagement de relire les patches qu'ils allaient m'envoyer rapidement, de leur faire des retours et de les intégrer dans GForge... gratuitement parce que bon ils payaient déjà une SSII pour les écrire alors je comprenais bien qu'ils ne pouvaient pas en payer deux...
Et après, il y a tous les logiciels où le service ne fait pas vraiment de sens parce qu'utilisation évidente et pas vraiment de fonctionnalités à ajouter. Ca n'empêche qu'il faut quand même maintenir le logiciel sur le long terme et que ça demande du temps.
Et contribuer par la contribution (oui, bon, vous m'avez compris), c'est une fausse impression. Parce que pour chaque contribution, on génère du travail chez les mainteneurs. Et à un moment, il faut bien que le mainteneur (qui a franchement le boulot le plus chiant) arrive à faire son beurre d'une manière ou d'une autre.
Pour finir, par contre, il est loin d'être simple pour une entreprise de sponsoriser des logiciels libres. C'est un peu plus facile pour tout ce qui est sous l'égide d'une fondation (mais je ne suis pas sûr que l'argent aille vraiment aux développeurs individuels pour le quotidien) mais pour des logiciels développés par quelqu'un sans société derrière, c'est assez compliqué.
Ah et en fait, j'ai pas fini parce que le modèle du support est assez marrant aussi. Je serais assez curieux de voir la liste des contributions fondamentales qui ont été menées grâce aux grands contrats de support de l'état et des grosses entreprises récupérées par les grosses SSII/SSLL du marché pour faire du support sur une liste de logiciels libres à la Prévert auquel pour la majorité ils ne contribueront jamais concrètement à maintenir le truc sur le long terme.
# C'est orthogonal
Posté par Guillaume Smet (site web personnel) . En réponse au journal Quand les entreprises ne reversent rien aux logiciels libres. Évalué à 10. Dernière modification le 13 janvier 2022 à 20:07.
Le fait de faire du logiciel libre et le fait de vouloir en retirer une rémunération sont orthogonaux.
Perso, je suis un peu choqué par les commentaires au dessus genre "tu fais du libre, tu l'as voulu, c'est normal que personne ne te paie". Ben, non. Tu peux faire du libre et trouver normal que les entreprises qui utilisent ton logiciel se demandent comment participer au fait que le logiciel soit maintenu, au fait que quelqu'un leur réponde quand ils posent des questions, que quelqu'un réagisse vite s'il y a une CVE. Obligatoire non, c'est du libre, tu fais bien ce que tu veux, un peu logique, oui, quand même.
La remarque sur "t'as qu'à trouver un business model" n'est pas vraiment beaucoup plus brillante. Le modèle du service est très compliqué à monter. Perso, j'ai contribué à GForge pendant des années quand c'était à peu près la seule solution pour avoir une forge d'entreprise. Je n'ai jamais eu aucun problème pour faire financer les modifs spécifiques, jamais aucun problème même pour que certains développements spécifiques soient libres. Par contre, je facturais systématiquement 2 jours de contribution libre (c'est à dire que je faisais pendant ces 2 jours ce que je pensais important pour le projet, et à cette époque, je bossais aussi des heures dessus sur mon temps libre, comme d'autres contributeurs de l'époque, donc 2 jours, c'était vraiment pas cher payé) pour chaque installation que je faisais. Et ben, les clients tiquaient sévèrement à chaque fois. Et pourtant, c'est sur ces deux jours que je faisais des améliorations plus générales et pas liées à un truc spécifique, ce qui est fondamentalement nécessaire. On était très peu sur ce marché et ça demandait une expertise un peu relou parce que beaucoup d'infra donc ils venaient quand même. Mais le logiciel aurait été plus simple à maîtriser, ils seraient allés dans la SSII d'en face qui aurait été moins chère parce qu'ils ne contribuent pas.
Arriver à financer du vrai développement de fond (maintenance, refactoring, sécurité, facilité d'installation...) sur du service, c'est très compliqué quand la SSII d'en face va dumper les prix journées et faire un truc à l'arrache.
Pour l'anecdote, j'ai arrêté de contribuer quand il est devenu clair qu'il fallait refondre profondément le logiciel et qu'on ne trouvait aucun moyen de financement. Et la goutte d'eau a été quand un grand groupe européen (mais genre vraiment gros) que je ne citerai pas m'a contacté personnellement pour que je prenne l'engagement de relire les patches qu'ils allaient m'envoyer rapidement, de leur faire des retours et de les intégrer dans GForge... gratuitement parce que bon ils payaient déjà une SSII pour les écrire alors je comprenais bien qu'ils ne pouvaient pas en payer deux...
Et après, il y a tous les logiciels où le service ne fait pas vraiment de sens parce qu'utilisation évidente et pas vraiment de fonctionnalités à ajouter. Ca n'empêche qu'il faut quand même maintenir le logiciel sur le long terme et que ça demande du temps.
Et contribuer par la contribution (oui, bon, vous m'avez compris), c'est une fausse impression. Parce que pour chaque contribution, on génère du travail chez les mainteneurs. Et à un moment, il faut bien que le mainteneur (qui a franchement le boulot le plus chiant) arrive à faire son beurre d'une manière ou d'une autre.
Pour finir, par contre, il est loin d'être simple pour une entreprise de sponsoriser des logiciels libres. C'est un peu plus facile pour tout ce qui est sous l'égide d'une fondation (mais je ne suis pas sûr que l'argent aille vraiment aux développeurs individuels pour le quotidien) mais pour des logiciels développés par quelqu'un sans société derrière, c'est assez compliqué.
Ah et en fait, j'ai pas fini parce que le modèle du support est assez marrant aussi. Je serais assez curieux de voir la liste des contributions fondamentales qui ont été menées grâce aux grands contrats de support de l'état et des grosses entreprises récupérées par les grosses SSII/SSLL du marché pour faire du support sur une liste de logiciels libres à la Prévert auquel pour la majorité ils ne contribueront jamais concrètement à maintenir le truc sur le long terme.