Ainsi donc, Mildred est en mission. Elle est ici pour « convertir les personnes qui hésitent ». Au fond, donc, elle ne s'adresse pas vraiment à ceux qui, sans « hésiter », la contredisent. Elle s'adresse à la cantonade.
Aussi me permettra-t-elle de faire de même, sans y voir une simple marque d'irrespect.
Débattre ?
Ça se voit un peu, faut dire : s'il s'agissait de débattre, elle aurait par exemple à cœur de répliquer quand on lui montre du doigt que ce qu'elle affirme est infondé, faux, archifaux ou carrément mensonger.
Mais non : l'important n'est pas vraiment d'avoir raison.
Il s'agit en fait de lancer des signaux, de se reconnaître, de faire corps, de passer des messages.
Et même des messages à la limite --- littéralement --- du licite.
Négation
Je m'explique : Mildred nous explique que son journal « est à comprendre dans un contexte global de bien pensance où certaines idées sont interdites à priori sans autorisation de débat ».
Ah, dis donc, bigre. Interdites ? A priori ? Sans aucun débat ? Mais, euh... c'est quoi, au juste, un « contexte global de bien pensance »? Et de quelles pauvres « idées » s'agit-il donc ?
On est très vite affranchi : « cela commence avec la loi Fabius-Gayssot qui interdit la contestation de crimes contre l'humanité ».
Le 1er ministre était alors Michel Rocard. Mais Mildred préfère la dénomination « Fabius-Gayssot », empruntée directement et en exclusivité aux antisémites et notamment à... Robert Faurisson, le célèbre négationniste, condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale, et ce avant même l'adoption de la loi Gayssot. En effet, Mildred, « tout le monde n'a pas les mêmes références ». Et donc, pour Mildred, les antisémites négationnistes peuvent être considérés comme des « références ».
Entre autres dispositions, cette loi rend délictuelle la contestation de crimes contre l'humanité. Beaucoup s'y sont opposés, y compris des historiens, parce qu'ils se satisfaisaient des lois pré-existantes (Faurisson avait déjà été condamné), ou parce qu'ils préféraient affronter les négationnistes sur le terrain des idées.
Bon. Mais alors... Mildred se rangerait-elle simplement, avec des arguments légitimes, aux côtés des opposants à celle loi ? Ça aurait pu y ressembler. Mais elle va plus loin.
Plus loin
Pour elle, cette loi est la « racine du mal ». Aouch! Rien que ça ? Mais... ne sont-ce pas plutôt les crimes contre l'humanité, la « racine du mal » ? Ou le fait de nier qu'ils aient été commis ? Non ! Pour elle, la « racine du mal », c'est qu'on n'ait plus le droit de dire qu'il n'y a pas eu de crime, et donc pas de victimes, c'est la loi Gayss... la loi « Fabius-Gayssot ».
Entendons-nous bien : aucun historien ne discute aujourd'hui la réalité matérielle d'un crime comme l'extermination systématique de millions d'êtres humains par l'Allemagne nazie. Il n'y a pas, au sens académique, de controverse historique à ce sujet.
Prétendre, comme Mildred, que les « idées » négationnistes ont été « interdites a priori sans autorisation de débat » est donc faux. Les débats entre historiens ont eu lieu, et ont établi des faits.
Les négationnistes, qui ne sont pas historiens, n'en ont ni la formation, ni les méthodes, ni les objectifs, ont pour tactique de présenter ces faits discutés, étayés, établis comme une simple opinion, pas plus légitime que leurs falsifications. Leurs objectifs sont politiques, racistes : ils cherchent à exonérer les auteurs des crimes, leur idéologie, et à en disqualifier les victimes.
Si la loi Gayssot interdit la contestation de l'existence de crimes contre l'humanité, ce n'est pas, comme l'écrit Mildred, parce que cette contestation n'est pas « dans la droite ligne de la bien pensance ». C'est à cause des objectifs que poursuivent, précisément, les négationnistes : en gros, accuser des survivants qui ont un numéro tatoué sur l'avant-bras d'être les criminels.
Signaux
Nul·le (spéciale dédicace, Jérôme) ne peut ignorer la loi. On ne peut plus débarquer sur un site comme dlfp et y faire, tranquillou bilou, l'apologie de crimes contre l'humanité. La loi (削除) juiv (削除ここまで)(削除) Fabi (削除ここまで) Gayssot l'interdit. Mais dans certains milieux, on aime la convivialité. Et parfois, pour des motifs purement pédagogiques, ou simplement pour se sentir entre soi, on a quand même envie de faire un petit coucou à ceux qui ont aussi de la tendresse pour les bourreaux, avec leurs belles casquettes à Totenkopf trop stylées, et à celles qui le disent pas trop mais qui voient quand même bien que c'est un peu toujours les mêmes qui se font passer pour les victimes, alors que bon.
Alors on peut toujours d'utiliser une tactique, éprouvée à l'extrême droite et chez d'autres conspirationnistes : on garde ses distances, mais on feint de couiner que les idées négationnistes sont, après tout, des « courants de pensée »(sic) comme les autres, et que c'est trop la faute à la « bien pensance » si on peut pas « réfuter les thèses interdites ».
Le tour est joué.
Les initiés savent de quoi on parle et clignent de l'œil. Les hésitants, qu'il s'agissait justement de « convertir » et qui guettaient les signes, sont réconfortés, et se sentent enfin moins seuls.
Attends... mais on ne parlait pas de la branche master de Git et de l'histoire de l'esclavage ? Si. Mais qui a parlé de la loi (削除) Gayss (削除ここまで) « Fabius-Gayssot » et l'a décrite comme, à ce propos, la « racine du mal » ?
Limite
Bien sûr, peut-être me vautré-je ici dans le procès d'intention. Peut-être que cette pauvre Mildred que n'a aucuuune affinité pour les négationnistes. Peut-être que c'est sans le savoir, comme une Mme Jourdain du racisme, qu'elle en fait l'apologie. Peut-être.
Mais n'en doutons pas : quand on choisit de parler de la loi « Fabius-Gayssot », on peut tromper tout le monde, sauf les antisémites. Ce qu'on cherche à frôler, c'est la limite de la loi.
# Mission
Posté par symp . En réponse au journal GitHub remplace la branche master par main. Évalué à 2.
Sommaire
« Convertir »
Ainsi donc, Mildred est en mission. Elle est ici pour « convertir les personnes qui hésitent ». Au fond, donc, elle ne s'adresse pas vraiment à ceux qui, sans « hésiter », la contredisent. Elle s'adresse à la cantonade.
Aussi me permettra-t-elle de faire de même, sans y voir une simple marque d'irrespect.
Débattre ?
Ça se voit un peu, faut dire : s'il s'agissait de débattre, elle aurait par exemple à cœur de répliquer quand on lui montre du doigt que ce qu'elle affirme est infondé, faux, archifaux ou carrément mensonger.
Mais non : l'important n'est pas vraiment d'avoir raison.
Il s'agit en fait de lancer des signaux, de se reconnaître, de faire corps, de passer des messages.
Et même des messages à la limite --- littéralement --- du licite.
Négation
Je m'explique : Mildred nous explique que son journal « est à comprendre dans un contexte global de bien pensance où certaines idées sont interdites à priori sans autorisation de débat ».
Ah, dis donc, bigre. Interdites ? A priori ? Sans aucun débat ? Mais, euh... c'est quoi, au juste, un « contexte global de bien pensance »? Et de quelles pauvres « idées » s'agit-il donc ?
On est très vite affranchi : « cela commence avec la loi Fabius-Gayssot qui interdit la contestation de crimes contre l'humanité ».
Arrêtons-nous un instant. Ici, chaque détail compte. Nous parlons de la loi n°90-615 du 13 juillet 1990, dite loi Gayssot.
Le 1er ministre était alors Michel Rocard. Mais Mildred préfère la dénomination « Fabius-Gayssot », empruntée directement et en exclusivité aux antisémites et notamment à... Robert Faurisson, le célèbre négationniste, condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale, et ce avant même l'adoption de la loi Gayssot. En effet, Mildred, « tout le monde n'a pas les mêmes références ». Et donc, pour Mildred, les antisémites négationnistes peuvent être considérés comme des « références ».
Entre autres dispositions, cette loi rend délictuelle la contestation de crimes contre l'humanité. Beaucoup s'y sont opposés, y compris des historiens, parce qu'ils se satisfaisaient des lois pré-existantes (Faurisson avait déjà été condamné), ou parce qu'ils préféraient affronter les négationnistes sur le terrain des idées.
Bon. Mais alors... Mildred se rangerait-elle simplement, avec des arguments légitimes, aux côtés des opposants à celle loi ? Ça aurait pu y ressembler. Mais elle va plus loin.
Plus loin
Pour elle, cette loi est la « racine du mal ». Aouch! Rien que ça ? Mais... ne sont-ce pas plutôt les crimes contre l'humanité, la « racine du mal » ? Ou le fait de nier qu'ils aient été commis ? Non ! Pour elle, la « racine du mal », c'est qu'on n'ait plus le droit de dire qu'il n'y a pas eu de crime, et donc pas de victimes, c'est la loi Gayss... la loi « Fabius-Gayssot ».
Entendons-nous bien : aucun historien ne discute aujourd'hui la réalité matérielle d'un crime comme l'extermination systématique de millions d'êtres humains par l'Allemagne nazie. Il n'y a pas, au sens académique, de controverse historique à ce sujet.
Prétendre, comme Mildred, que les « idées » négationnistes ont été « interdites a priori sans autorisation de débat » est donc faux. Les débats entre historiens ont eu lieu, et ont établi des faits.
Les négationnistes, qui ne sont pas historiens, n'en ont ni la formation, ni les méthodes, ni les objectifs, ont pour tactique de présenter ces faits discutés, étayés, établis comme une simple opinion, pas plus légitime que leurs falsifications. Leurs objectifs sont politiques, racistes : ils cherchent à exonérer les auteurs des crimes, leur idéologie, et à en disqualifier les victimes.
Si la loi Gayssot interdit la contestation de l'existence de crimes contre l'humanité, ce n'est pas, comme l'écrit Mildred, parce que cette contestation n'est pas « dans la droite ligne de la bien pensance ». C'est à cause des objectifs que poursuivent, précisément, les négationnistes : en gros, accuser des survivants qui ont un numéro tatoué sur l'avant-bras d'être les criminels.
Signaux
Nul·le (spéciale dédicace, Jérôme) ne peut ignorer la loi. On ne peut plus débarquer sur un site comme dlfp et y faire, tranquillou bilou, l'apologie de crimes contre l'humanité. La loi
(削除) juiv (削除ここまで)(削除) Fabi (削除ここまで)Gayssot l'interdit. Mais dans certains milieux, on aime la convivialité. Et parfois, pour des motifs purement pédagogiques, ou simplement pour se sentir entre soi, on a quand même envie de faire un petit coucou à ceux qui ont aussi de la tendresse pour les bourreaux, avec leurs belles casquettes à Totenkopf trop stylées, et à celles qui le disent pas trop mais qui voient quand même bien que c'est un peu toujours les mêmes qui se font passer pour les victimes, alors que bon.Alors on peut toujours d'utiliser une tactique, éprouvée à l'extrême droite et chez d'autres conspirationnistes : on garde ses distances, mais on feint de couiner que les idées négationnistes sont, après tout, des « courants de pensée »(sic) comme les autres, et que c'est trop la faute à la « bien pensance » si on peut pas « réfuter les thèses interdites ».
Le tour est joué.
Les initiés savent de quoi on parle et clignent de l'œil. Les hésitants, qu'il s'agissait justement de « convertir » et qui guettaient les signes, sont réconfortés, et se sentent enfin moins seuls.
Attends... mais on ne parlait pas de la branche master de Git et de l'histoire de l'esclavage ? Si. Mais qui a parlé de la loi
(削除) Gayss (削除ここまで)« Fabius-Gayssot » et l'a décrite comme, à ce propos, la « racine du mal » ?Limite
Bien sûr, peut-être me vautré-je ici dans le procès d'intention. Peut-être que cette pauvre Mildred que n'a aucuuune affinité pour les négationnistes. Peut-être que c'est sans le savoir, comme une Mme Jourdain du racisme, qu'elle en fait l'apologie. Peut-être.
Mais n'en doutons pas : quand on choisit de parler de la loi « Fabius-Gayssot », on peut tromper tout le monde, sauf les antisémites. Ce qu'on cherche à frôler, c'est la limite de la loi.