Le problème à mon sens (et c'est indépendant, bien que lié au sujet du journal), ce n'est pas "on ne peut plus rien dire", mais "tout peut être interprété et toute tentative de défense ne fera que se retourner contre toi".
C'est cet environnement où tu peux poster une blague sur Twitter, blague dont le sens n'est même pas clair (est-ce un second degré?), sur un compte lu par 3 péquenauds au maximum les années bisextiles, et te retrouver sans emploi et avec la moitié de l'Occident te pourfendant comme le nouvel Antéchrist 7 heures plus tard alors que tu n'as même pas eu la chance de répondre quoi que ce soit.
C'est cet environnement où quelqu'un dit quelque chose qui peut s'apparenter, selon le contexte et le second degré, à une blague lourde, dans une conférence, et que quelqu'un qui n'a aucun lien avec la conversation tweet le tout en "dénonçant" le sexisme. Résultat: une personne perd son emploi pour avoir présumément parlé de "big dongle" à son ami à côté, l'ami en question se fait dire qu'il est viré avant qu'on revienne sur la décision quand on comprend un peu mieux (ben oui, attendre aurait été synonyme de complicité face au sexisme, la réaction doit être forte et immédiate), et, comble du comble, la femme ayant posté le tweet est AUSSI virée! Python? c'est quoi ce truc? une autre allusion sexiste? en tout cas on n'en parle plus.
Qui a gagné quoi dans ces histoires?
J'étais récemment dans une conférence qui permettait d'affixer des petits autocollants sur son badge pour indiquer son genre. Il y avait des autocollants "He", "She" et "They" (neutre). Pas de problème avec ça. Il y avait aussi des autocollants "Ze". Lors du dîner, alors que nous sommes 4 du même groupe qui nous connaissons bien, un collègue suggère que c'est probablement pour indiquer le genre "Français" et ça nous fait rire. Et puis après j'ai réalisé que si quelqu'un avait entendu, décidé que s'était inacceptable et ameuté la tweetosphère sans même demander d'explications, nous aurions probablement tous été expulsés manu militari de la conférence—probablement sans comprendre ce qui nous arrivait.
Et oui, ça m'a fait un peu peur. Pas parce que je défends le droit à injurier et brimer les autres, bien sûr que non. Mais parce que sans contexte et explications, tout peut potentiellement être offensant et, par la même occasion, source de scandale immédiat et planétaire (et je n'exagère même pas). Je ne dis pas qu'il n'y a pas de comportements à changer, mais il faut arrêter avec la "toxicité" si c'est pour devenir synonyme de "tout ce qui pourrait être de près ou de loin interprété comme potentiellement offensant si on le regarde à 100 km avec des lunettes de plongée".
[^] # Re: Tant mieux
Posté par Kalenx . En réponse au journal Richard Stallman démissionne. Évalué à 10.
Le problème à mon sens (et c'est indépendant, bien que lié au sujet du journal), ce n'est pas "on ne peut plus rien dire", mais "tout peut être interprété et toute tentative de défense ne fera que se retourner contre toi".
C'est cet environnement où tu peux poster une blague sur Twitter, blague dont le sens n'est même pas clair (est-ce un second degré?), sur un compte lu par 3 péquenauds au maximum les années bisextiles, et te retrouver sans emploi et avec la moitié de l'Occident te pourfendant comme le nouvel Antéchrist 7 heures plus tard alors que tu n'as même pas eu la chance de répondre quoi que ce soit.
C'est cet environnement où quelqu'un dit quelque chose qui peut s'apparenter, selon le contexte et le second degré, à une blague lourde, dans une conférence, et que quelqu'un qui n'a aucun lien avec la conversation tweet le tout en "dénonçant" le sexisme. Résultat: une personne perd son emploi pour avoir présumément parlé de "big dongle" à son ami à côté, l'ami en question se fait dire qu'il est viré avant qu'on revienne sur la décision quand on comprend un peu mieux (ben oui, attendre aurait été synonyme de complicité face au sexisme, la réaction doit être forte et immédiate), et, comble du comble, la femme ayant posté le tweet est AUSSI virée! Python? c'est quoi ce truc? une autre allusion sexiste? en tout cas on n'en parle plus.
Qui a gagné quoi dans ces histoires?
J'étais récemment dans une conférence qui permettait d'affixer des petits autocollants sur son badge pour indiquer son genre. Il y avait des autocollants "He", "She" et "They" (neutre). Pas de problème avec ça. Il y avait aussi des autocollants "Ze". Lors du dîner, alors que nous sommes 4 du même groupe qui nous connaissons bien, un collègue suggère que c'est probablement pour indiquer le genre "Français" et ça nous fait rire. Et puis après j'ai réalisé que si quelqu'un avait entendu, décidé que s'était inacceptable et ameuté la tweetosphère sans même demander d'explications, nous aurions probablement tous été expulsés manu militari de la conférence—probablement sans comprendre ce qui nous arrivait.
Et oui, ça m'a fait un peu peur. Pas parce que je défends le droit à injurier et brimer les autres, bien sûr que non. Mais parce que sans contexte et explications, tout peut potentiellement être offensant et, par la même occasion, source de scandale immédiat et planétaire (et je n'exagère même pas). Je ne dis pas qu'il n'y a pas de comportements à changer, mais il faut arrêter avec la "toxicité" si c'est pour devenir synonyme de "tout ce qui pourrait être de près ou de loin interprété comme potentiellement offensant si on le regarde à 100 km avec des lunettes de plongée".