• # N’a perdu que celui qui refuse de se battre

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Le libre a perdu. Évalué à 10.

    Si tu cherches la bataille qui doit mettre Debian sur tous les clones d’IBM PC sans voir venir les smartphones, alors oui il semble que la stratégie soit un peu à côté de la plaque. Mais en fait c’est pas ça l’objectif.

    C’est quoi le logiciel libre en fait ? On définit souvent le logiciel libre par les quatre libertés fondamentales, mais ça n’est pas l’objectif, ce sont les moyens.

    Le logiciel n’a pas de liberté en soi, lorsqu’on parle de logiciel libre on fait une sorte de métonymie, en réalité on parle de la liberté de l’homme.

    Il s’agit de la liberté de l’intelligence de l’homme. Le danger qui menace l’intelligence depuis quelques siècles déjà se résume bien dans le concept de « lumières », l’idée d’hommes qui ont propriété sur l’intelligence : ceux qui éclairent, les lumières, et des hommes qui n’ont pas propriété sur l’intelligence : ceux qui sont éclairés. Il s’agit d’une économie de l’intelligence, et par définition l’économie implique la rareté.

    Le logiciel c’est l’externalisation de l’intelligence de l’homme sous forme d’outil. Défendre le logiciel libre c’est défendre la liberté de l’intelligence. Le vrai danger du logiciel propriétaire c’est que le savoir faire, la connaissance, et donc l’intelligence, appartiennent à des intérêts privés. Quand tu formes ton employé à Photoshop, tu donnes à Adobe un droit de vie et de mort sur la mise en œuvre du savoir faire acquis par ton employé.

    Le propre du logiciel libre, c’est de protéger l’homme comme dépositaire de l’intelligence. C’est ça l’objectif : protéger l’homme comme dépositaire de l’intelligence.

    Le dépositaire est celui qui peut faire hériter de ce qu’il hérite. Il n’y a pas des lumières qui éclairent des éclairés : il y a des flammes qui allument d’autres flammes.

    Adobe, Google, Apple, ce ne sont que des contingences à l’échelle d’un combat qui est déjà multiséculaire.

    Donc non, le libre n’a pas perdu, à moins de se tromper d’objectif et donc de ne pas combattre le bon combat. Ça n’a jamais été facile, ça peut sembler particulièrement difficile aujourd’hui, mais c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a jamais eu autant de personnes pour comprendre ne serait-ce que certains aspects du problème.

    Le combat n’est clairement pas perdu, certains pourraient dire qu’il est déjà gagné, mais je ne crois pas que je verrai le repos de mon vivant.

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