• [^] # Re: pluriel optionnel

    Posté par . En réponse au journal Écriture inclusive, comment la France a encore perdu une belle occasion de devenir leade(r|use).. Évalué à -5.

    Oui, c'est triste et désagréable. Mais merci d'avoir essayé...
    Moi j'ai laissé tombé sur ce site, je me bats ailleurs. C'est pas grave, on dira encore pour très longtemps "les linuxiens", en feignant de croire que dedans il y a "des linuxiennes".
    Ce que je ne comprendrais jamais, c'est le nombre de débats complètement déments (sur la fin de la mention "mademoiselle" dans les documents administratifs, sur les adaptations de la langue à l'évolution de la société, etc...) de la part de gens qui, tout en prenant un temps fou et une énergie considérable, disent que CE DÉBAT EST RIDICULE. Il y a une énorme contradiction. Et donc implicitement un enjeu important.
    Oui, la langue reflète la pensée et l'état d'une société.
    Quand on grandit entourée de modèles scientifiques masculins (alors qu'il y a pléthore de femmes scientifiques), que tout est fait pour orienter les filles vers les filières qu'on estime adaptées à leurs capacités présupposées, et qu'en plus la langue consacre ces représentations, alors oui les stéréotypes ont un pouvoir colossal: résultat il n'y a que très peu de fille en ingénierie. Comment ensuite, lorsqu'on est lycéenne et pas très sûre de ses choix, se projeter dans une formation où la majorité des étudiants sont des jeunes hommes à l'humour pas toujours fin (pour pas dire sexiste), dans une ambiance potentiellement hostile ou lourde? C'est d'autant plus difficile lorsqu'on a rabâché, depuis l'enfance, que les filles étaient, au mieux moins fortes en sciences que les garçons, au pire qu'elles n'étaient pas faites pour ça.
    Il est évident qu'il faut lutter par tous les moyens contre ces stéréotypes, et cela passe évidemment par la langue (en Allemagne, cela fait belle lurette que l'on voit la marque du genre dans la langue.); croire que cela suffit est évidemment d'une grande naïveté.
    Par ailleurs, une langue vit et meurt, et n'est jamais statique: dois-je rappeler aux fanatiques d'une certaine "pureté de la langue" que nous ne parlons ni la langue de la Chanson de Roland, ni celle de Rabelais, et plus celle des Lumières. Donc malgré les résistances, cette évolution se fera. Bien plus tard on regardera avec commisération ces tribunes enflammées contre un progrès qu'on verra comme une évidence... La langue, comme le monde, changera au gré des luttes et des rapports de forces.
    Pourquoi tant de vocabulaire techniciste et scientiste (implémenter, efficience, impacter, entropie, gérer mis à toutes les sauces, y compris en amour)? Tant de vocabulaire issu de l'économie? Tant d'anglicismes dans notre langue d'aujourd'hui (je pourrai donner des exemple mais j'espère que tout le monde vois de quoi je parle)? Parce que la langue reflète des enjeux de pouvoirs.
    Si je suis ce raisonnement, le point de basculement de la langue, où apparaît un genre comme groupe social, reflète l'accession progressive à l'égalité entre hommes et femmes. Et je vois dans une telle crispation une très grande peur.
    Mais pourquoi avoir peur?