Pour la notion de démocratie, je pense que la définition donnée par Paul Ricœur est un bon point de départ:
"Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité, d’associer à parts égales, chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d’arriver à un arbitrage."
Cela implique que la décision n'est pas "le choix de la majorité", ni que les manifestations et les conflits sont contradictoires avec la démocratie.
Au contraire, dans une bonne démocratie, si une minorité n'est pas satisfaite, elle doit faire savoir son insatisfaction. Si les acteurs de la démocratie refuse de prendre en compte cette insatisfaction, elle doit être revendiquée jusqu'au moment où la délibération est réellement faite.
En ce sens, la revendication du mécontentement peut aller très loin, y compris avec des actes illégitimes: tant que c'est une réaction à un défaut d'arbitrage (et c'est là que le débat devient compliqué, prouver que ce n'est pas le cas est très subjectif), cette réaction est pro-démocratique, car elle s'oppose à un défaut de démocratie.
Ainsi, par exemple, dire: "on a déjà voté" est stupide: le vote n'est pas un arbitrage, c'est juste chacun qui défend son propre intérêt. Le vote sert à définir les représentants, mais ensuite, le peuple (y compris les groupes qui sont en minorité) a encore des choses à dire durant l'arbitrage de chaque problème.
C'est tentant de dire: s'il y a grève, c'est qu'une minorité n'accepte pas le résultat de l'arbitrage.
Mais il faut encore prouver que c'est vrai (et là, beaucoup de subjectivité rentre en jeu, c'est donc très difficile), et que la grève n'est pas le résultat d'un manque d'arbitrage, c-à-d un manque de négociation avec tout les acteurs concernés.
Dans le cas présent, même si le sujet était présent durant la campagne présidentielle, il n'y a pas eu de vrai débat concret, impliquant les personnes touchées, et les votants n'ont pas été conscient de cette question précise et/ou n'ont que défendu leur propre intérêt, sans chercher une solution raisonnables pour tout les acteurs.
Et c'est également faux de dire que si la majorité des citoyens ne sont pas d'accord, tant pis pour la minorité. La démocratie, ce n'est pas la dictature de la majorité: les décisions prises doivent être issues de l'arbitrage, c-à-d se montrer raisonnable envers tout le monde, y compris les groupes minoritaires.
[^] # Re: "les syndicats pro travailleurs"?
Posté par j-c_32 . En réponse au journal Journal social agenda. Évalué à 8.
Pour la notion de démocratie, je pense que la définition donnée par Paul Ricœur est un bon point de départ:
"Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité, d’associer à parts égales, chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d’arriver à un arbitrage."
Cela implique que la décision n'est pas "le choix de la majorité", ni que les manifestations et les conflits sont contradictoires avec la démocratie.
Au contraire, dans une bonne démocratie, si une minorité n'est pas satisfaite, elle doit faire savoir son insatisfaction. Si les acteurs de la démocratie refuse de prendre en compte cette insatisfaction, elle doit être revendiquée jusqu'au moment où la délibération est réellement faite.
En ce sens, la revendication du mécontentement peut aller très loin, y compris avec des actes illégitimes: tant que c'est une réaction à un défaut d'arbitrage (et c'est là que le débat devient compliqué, prouver que ce n'est pas le cas est très subjectif), cette réaction est pro-démocratique, car elle s'oppose à un défaut de démocratie.
Ainsi, par exemple, dire: "on a déjà voté" est stupide: le vote n'est pas un arbitrage, c'est juste chacun qui défend son propre intérêt. Le vote sert à définir les représentants, mais ensuite, le peuple (y compris les groupes qui sont en minorité) a encore des choses à dire durant l'arbitrage de chaque problème.
C'est tentant de dire: s'il y a grève, c'est qu'une minorité n'accepte pas le résultat de l'arbitrage.
Mais il faut encore prouver que c'est vrai (et là, beaucoup de subjectivité rentre en jeu, c'est donc très difficile), et que la grève n'est pas le résultat d'un manque d'arbitrage, c-à-d un manque de négociation avec tout les acteurs concernés.
Dans le cas présent, même si le sujet était présent durant la campagne présidentielle, il n'y a pas eu de vrai débat concret, impliquant les personnes touchées, et les votants n'ont pas été conscient de cette question précise et/ou n'ont que défendu leur propre intérêt, sans chercher une solution raisonnables pour tout les acteurs.
Et c'est également faux de dire que si la majorité des citoyens ne sont pas d'accord, tant pis pour la minorité. La démocratie, ce n'est pas la dictature de la majorité: les décisions prises doivent être issues de l'arbitrage, c-à-d se montrer raisonnable envers tout le monde, y compris les groupes minoritaires.