• [^] # Re: Pour ceux qui ne connaîtrait pas ...

    Posté par . En réponse au journal Création d'une revue scientifique libre et sceptique. Évalué à 1.

    Okay, je me demande si tu as vraiment lu mon commentaire avant de répondre. Au minimum, tu sembles avoir lu mon commentaire avec de gros a priori au point de ne pas remarquer les phrases qui contredisent ton interprétation.

    Plusieurs points que tu as mal interprété:

    1) Je n'ai JAMAIS dit que le grand public est trop bête pour comprendre. Je dis EXPLICITEMENT l'inverse en expliquant que "c'est le résultat du constat qu'un chercheur lui-même ne comprend pas les publications dans un secteur légèrement différent du sien".
    Si ton interprétation de mes propos était correcte, cela voudrait dire que je suis en train de dire que les chercheurs sont trop stupides pour comprendre les travaux réalisés par ... les chercheurs (Albert est trop bête pour comprendre l'article de l'intelligent Bertrand, mais Bertrand est trop bête pour comprendre l'article de l'intelligent Albert. Tu vois le problème ?).
    Non, tout simplement: ces publications ne sont PAS conçues pour être comprises par des gens qui sont en dehors de la communauté spécifique à laquelle ils s'adressent. Ce n'est pas de l'élitisme, simplement, un papier de 50 pages deviendrait un papier de 1000 pages s'il devait préciser tout les tenants et aboutissants qui rentrent en jeu et que quelqu'un qui travaille dans le secteur a conscience après y avoir travaillé pendant plusieurs années.
    (Et ce n'est pas qu'une question de vocabulaire. Si un papier parle de calculer des corrections du second ordre dues à l'effet X, l'intérêt de ce papier sera proche de zéro si on n'a pas en tête la magnitude des corrections du premier ordre et des autres corrections dues aux effets A, B et C.)

    2) Pour l'intérêt du public, j'ai attaqué un problème de logique.
    Le type d'OpenEdition dit "on s'attendait à que ça soit inutile pour le grand public, mais on voit que plein de gens se connecte".
    Ce raisonnement est faux: le nombre de connexion ne permet pas d'en déduire l'utilité.
    Je n'ai JAMAIS nié que l'ouverture peut être utile. Par contre, se contenter de fournir des données sans fournir les moyens d'utiliser ces données, et ensuite prétendre qu'on a fait un bon travail basée sur une variable qui ne permet pas de supporter cette conclusion, c'est contre-productif.
    Au final, c'est MOI qui défend la démocratisation de la connaissance en disant que ce n'est pas suffisant de lancer les données brutes aux citoyens et de prétendre que tout est réglé comme ça.

    3) Je n'ai jamais prétendu que l'ouverture est une mauvaise chose. J'ai dit EXPLICITEMENT: " Cela ne veut pas dire que cela n'en vaut pas la chandelle". Simplement, si on te vend l'ouverture des données comme ayant que des bons côtés, c'est que la personne en face est sacrément biaisée.

    4) Un aspect que j'aborde dans mon commentaire, c'est que les publications scientifiques ne sont pas l'ultime moyen de communication, et en fait, je prétends même que c'est un des moins bons (de nouveau: du moins dans mon domaine).
    Les publications scientifiques ne sont PAS "de la connaissance scientifique", ce sont des outils entre chercheurs. Ce qui est "de la connaissance scientifique", ce sont les reports d'activités, qui sont publiques et qui vulgarisent les résultats pour que tout le monde puisse le comprendre et l'utiliser à son avantage.
    En réalité, dans mon domaine, les articles publiés dans ces revues sont déjà public sous forme de notes publiques, les publications dans les journaux payant sont surtout là pour justifier le financement (et là, c'est la faute du grand public, car c'est lui qui veut qu'on prouve que l'argent dépensé sert à quelque chose ou qui veut voir des tableaux de classement (tableaux ridicules lorsqu'on travaille dans un groupe de recherche qui regroupe des personnes de 20 universités différentes))

    Pour les "gens qui commencent à s'intéresser à un domaine", je dis que c'est une mauvaise idée, du moins dans mon secteur, de commencer avec des articles qui ont besoin d'un contexte pour être correctement compris (c-à-d ceux qui se trouvent dans les éditions payantes).
    Dans mon groupe, on a régulièrement des nouveaux étudiants. On veut que ceux-ci réussissent et deviennent bons, histoire d'obtenir de meilleurs résultats. C'est pour cela qu'on ne leur donne jamais "juste des articles", on leur donne en général de la documentation qu'on a sélectionnée pour être compréhensible, et ils vont participer aux meetings et discuter avec nous pour acquérir le contexte.
    Il arrive qu'on "saute une étape" et qu'un mauvais superviseur donne un article trop spécifique, et l'étudiant en général se retrouve rapidement perdu et découragé.

    Je ne dis pas ça pour dire "le grand public et les étudiants, c'est des cons", je tiens juste à dire que penser que donner un tel article est une bonne stratégie, c'est simplement avoir une vision fantasmée de ce qu'est un article scientifique.

    Pour les gens qui "ont des connaissances techniques avancées", de nouveau dans mon domaine, les articles publiés dans des journaux sont en général assez peu utiles pour eux. Pour eux, les rapports d'activité, les présentations publiques et la documentation dans les répertoires publiques sont déjà beaucoup.
    Et tu donnes toi-même un contre-argument: les articles achetés par les groupes universitaires sont ensuite rendu public via la bibliothèque universitaire. C'est faux de penser que l'unité de recherche a une bibliothèque privée: je n'en connais aucune et je n'y vois même pas l'intérêt.
    Et si tu es intéressé, passe au département, regarde quelles sont les conférences publiques et essaie de contacter les chercheurs.

    (À ce propos, dans mon travail, je n'utilise pratiquement jamais d'articles publiés dans des journaux payants (ou même anciennement payant). Tout vient de résultat publique ou de communication interne. Donc, j'ai du mal à comprendre pourquoi un amateur devrait absolument utiliser ces articles pour faire le même travail que moi alors que moi-même je n'en ai pas besoin)

    Pour les gens qui "sont touchés par le sujet", de nouveau, les articles dont on parle sont au mieux inutiles, au pire vont les induire en erreur (de nouveau, ce n'est pas une question d'intelligence: si on lit un article sans le contexte, c'est normal que l'interprétation soit incorrecte). Par contre, la vulgarisation est utile. Mais les journaux dont on parle ne sont pas des journaux de vulgarisation.