Et c'est bien pour ça qu'il faut que la peine soit lourde!
Le problème n'est pas "comment faire pour faire comprendre aux politiciens que c'est grave"
mais "pourquoi mon avis (c'est grave) devrait-il s'imposer face à leurs avis (c'est normal)".
Si tu arrives à imposer que la sanction soit lourde, je pense que ceux-ci ne vont pas se dire "oh, c'est donc qu'on s'est trompé", mais plutôt "on nous impose des sanctions 100x plus lourdes que n'importe qui d'autres, c'est injuste, et soit on augmente les peines des autres, soit on descend nos peines".
C'est un peu comme la réaction de la classe moyenne aux USA: alors que des mesures rétablissaient l'équilibre, une partie de la population a considéré que c'est une injustice envers eux, qu'on leur demandait de payer pour les autres.
Depuis le débat de mon intervention ici, je défends le fait de considérer une autre hypothèse:
le fait que cette situation n'est pas le résultat des politiciens, mais le résultat d'un phénomène global, et qui, dans le cas des politiciens, concerne en réalité les "gens aisés".
Selon cette hypothèse, faire en sorte que la peine soit lourde pour les politiciens est une mauvaise idée: leurs "voisins" (aussi des gens aisés), eux, font exactement la même chose et n'ont pas de peine aussi lourde.
L'objectif n'est pas atteint: ils continuent à voir que leurs voisins font n'importe quoi sans conséquence. Ils continuent donc à considérer que l'action est normale, et que par conséquent, il est normal qu'ils ne soient pas punis, et que par conséquent, ils seraient surpris qu'on leur reproche quelque chose.
L'application est problématique: les politiciens auront donc un sentiment d'injustice.
Ce qu'il faut faire, c'est déconstruire le phénomène qui fait que les gens qui ont des facilités considèrent que ces facilités n'existent pas.
Sauf que ce phénomène touche les gens aisés parce qu'il touche tout le monde. Par exemple, quand Léa Seydoux dit qu'elle a fait "l'école de la vie", elle y croit vraiment. Mais quand ton voisin dit que c'est scandaleux parce qu'on ne lutte pas autant contre le racisme anti-blanc que contre le racisme envers les non-autochtones, c'est pareil: il pense réellement que sa situation n'est pas favorisée par rapport à un non-autochtone. Pareil avec le sexisme.
Bref, dans cette hypothèse (qui n'est p-e pas bonne, mais qui n'est pas moins bonne que les autres) réduire le problème à "les politiciens ne se rendent pas compte", c'est une mauvaise solution.
Réduire le problème à "les gens aisés ne se rendent pas compte", c'est déjà mieux, mais cela ne s'attaque pas aux racines du problème.
Le problème doit être perçu plutôt comme "les gens favorisés ne se rendent pas compte", et ce, à tout les niveaux. Et c'est là dessus qu'il faut travailler: c'est un problème de société.
Par exemple, je pense que certains "puissants" s'en sortent mieux non pas à cause d'un complot "il-est-pote-avec-le-juge" mais simplement parce que socialement, on a été éduqué pour considérer qu'un "puissants" est forcément "méritant" et on a donc un apriori positif envers lui. De tels effets sont réels, cf. par exemple l'effet Pygmalion.
[^] # Re: Intérêt ?
Posté par j-c_32 . En réponse au journal Deux ans après, Charlie Hebdo de cette semaine. Évalué à 3.
Le problème n'est pas "comment faire pour faire comprendre aux politiciens que c'est grave"
mais "pourquoi mon avis (c'est grave) devrait-il s'imposer face à leurs avis (c'est normal)".
Si tu arrives à imposer que la sanction soit lourde, je pense que ceux-ci ne vont pas se dire "oh, c'est donc qu'on s'est trompé", mais plutôt "on nous impose des sanctions 100x plus lourdes que n'importe qui d'autres, c'est injuste, et soit on augmente les peines des autres, soit on descend nos peines".
C'est un peu comme la réaction de la classe moyenne aux USA: alors que des mesures rétablissaient l'équilibre, une partie de la population a considéré que c'est une injustice envers eux, qu'on leur demandait de payer pour les autres.
Depuis le débat de mon intervention ici, je défends le fait de considérer une autre hypothèse:
le fait que cette situation n'est pas le résultat des politiciens, mais le résultat d'un phénomène global, et qui, dans le cas des politiciens, concerne en réalité les "gens aisés".
Selon cette hypothèse, faire en sorte que la peine soit lourde pour les politiciens est une mauvaise idée: leurs "voisins" (aussi des gens aisés), eux, font exactement la même chose et n'ont pas de peine aussi lourde.
L'objectif n'est pas atteint: ils continuent à voir que leurs voisins font n'importe quoi sans conséquence. Ils continuent donc à considérer que l'action est normale, et que par conséquent, il est normal qu'ils ne soient pas punis, et que par conséquent, ils seraient surpris qu'on leur reproche quelque chose.
L'application est problématique: les politiciens auront donc un sentiment d'injustice.
Ce qu'il faut faire, c'est déconstruire le phénomène qui fait que les gens qui ont des facilités considèrent que ces facilités n'existent pas.
Sauf que ce phénomène touche les gens aisés parce qu'il touche tout le monde. Par exemple, quand Léa Seydoux dit qu'elle a fait "l'école de la vie", elle y croit vraiment. Mais quand ton voisin dit que c'est scandaleux parce qu'on ne lutte pas autant contre le racisme anti-blanc que contre le racisme envers les non-autochtones, c'est pareil: il pense réellement que sa situation n'est pas favorisée par rapport à un non-autochtone. Pareil avec le sexisme.
Bref, dans cette hypothèse (qui n'est p-e pas bonne, mais qui n'est pas moins bonne que les autres) réduire le problème à "les politiciens ne se rendent pas compte", c'est une mauvaise solution.
Réduire le problème à "les gens aisés ne se rendent pas compte", c'est déjà mieux, mais cela ne s'attaque pas aux racines du problème.
Le problème doit être perçu plutôt comme "les gens favorisés ne se rendent pas compte", et ce, à tout les niveaux. Et c'est là dessus qu'il faut travailler: c'est un problème de société.
Par exemple, je pense que certains "puissants" s'en sortent mieux non pas à cause d'un complot "il-est-pote-avec-le-juge" mais simplement parce que socialement, on a été éduqué pour considérer qu'un "puissants" est forcément "méritant" et on a donc un apriori positif envers lui. De tels effets sont réels, cf. par exemple l'effet Pygmalion.