Le but est d’éviter que l'auteur, que ce soit en art ou logiciel, ne garde trop de pouvoir et bloque les évolutions.
C'est un but très important, et très probablement c'est dans la musique et dans les arts numériques que le besoin me semble le plus grand.
À ta liste d'exemples je peux ajouter celui de quatre copines qui ont monté un quatuor pour jouer les œuvres de Piazzolla. Aux difficulté financières qui ressemblent à celles de la troupe de théâtre que tu cites on peut ajouter une difficulté toute pratique qu'elles ont eue à établir la liste des ayant-droits pour les morceaux qu'elles voulaient avoir sur le disque et à entrer en contact et négocier avec eux! Je souligne cependant que cette difficulté n'a pas empêché le projet de voir le jour, mais la prise de contact avec tous les ayant-droits semble inutilement compliquée, principalement parcequ'il n'y a pas d'organisation.
Dans la peinture et les arts plastiques "voisins" l'imitation et la "réutilisation" semblent être des pratiques aussi anciennes que les arts en question. En témoignent par exemple les enluminures, les courants, écoles, ou modes – comme les peintres flamands de l'époque de van Eyck qui s'inspirent beaucoup des sujets et des techniques des uns des autres, ou bien des écoles de peinture italiennes, où des élèves apprennent à peindre dans le style de leur maître qui parfois amende et signe leurs toiles, comme le raconte Françoise Chandernagor dans son roman "couleur du temps" ou une interview donnée à l'occasion de la sortie du roman. Plus proche de nous, on peut penser au style "art-nouveau" qui s'est beaucoup popularisé dans les publicités de l'époque et ces œuvres s'imitent largement les unes et les autres. On trouve de la réutilisation sous forme de citation, par exemple chez Paul Delvaux qui reprend sur beaucoup de ses toiles le "professeur Otto Lindenbrock" une illustration de l'édition Hetzel du roman "Voyage au centre de la Terre" de Jules Verne. On peut aussi citer Andy Warhol qui a beaucoup réutilisé (par exemple la boîte de conserve de soupe de tomate), ou bien les collages de Max Ernst ou de Jacques Prévert. Il y a aussi l'exemple de ce fameux faussaire qui a publié une biographie récemment et gagne maintenant honnêtement sa vie en peignant des toiles "à la manière de".
Bien-sûr on pourrait aimer savoir comment certaines œuvres on été produites, mais cela n'a souvent pas d'intérêt pour ceux qui maîtrisent déjà les techniques d'exécution utilisées (il existe des œuvres qui utilisent des techniques de production innovantes, mais cela me semble assez marginal). L'acquisition de ces techniques d'exécution me semblent plutôt du ressort des écoles de de la formation, de même que lorsqu'on publie un logiciel libre, on n'y accole pas un manuel de programmation pour débutant.
Dans les arts plastiques il semble que la réutilisation et la production d'œuvres dérivées soit une pratique assez courante et pas spécialement empêchée – au contraire de la diffusion des reproduction d'œuvres qui elle, semble très encadrée.
Pour la musique, la situation est beaucoup plus complexe, probablement du fait qu'on a une véritable industrie très organisée qui a fermement influencé le pouvoir législatif pour défendre ses intérêts. Qu'on pense aux "blues-rock" de Led Zeppelin, qui ont souvent fait l'objet d'accusation de plagiat, ou au procès entre les ayant-droits de Marvin Gaye et Robin Thicke pour "Blurred Lines" on voit que l'imitation est bien moins bien acceptée – alors que pourtant la reprise et l'improvisation de "standards" ou de morceaux plus ou moins connus fait partie intégrante de la pratique musicale, soit pour rendre hommage, soit en guise de manifeste, soit juste pour s'amuser. En ce qui concerne l'exécution des œuvres musicales, la législation en vigueur demanderait d'une chorale universitaire qui se réunit pour chanter des œuvres pop qu'elle verse une somme aux ayant droits des morceaux ainsi qu'aux personnes ayant préparées les arrangements – ce qui pour dix heures de répétition pourrait facilement représenter plus de cinq heures de travail, en pratique cela reste un vœu pieux!
# L'imitation et la réutilisation sont depuis longtemps au cœur de l'art!
Posté par Michaël (site web personnel) . En réponse au journal Pourquoi l'art libre est aussi important que le logiciel libre. Évalué à 3.
C'est un but très important, et très probablement c'est dans la musique et dans les arts numériques que le besoin me semble le plus grand.
À ta liste d'exemples je peux ajouter celui de quatre copines qui ont monté un quatuor pour jouer les œuvres de Piazzolla. Aux difficulté financières qui ressemblent à celles de la troupe de théâtre que tu cites on peut ajouter une difficulté toute pratique qu'elles ont eue à établir la liste des ayant-droits pour les morceaux qu'elles voulaient avoir sur le disque et à entrer en contact et négocier avec eux! Je souligne cependant que cette difficulté n'a pas empêché le projet de voir le jour, mais la prise de contact avec tous les ayant-droits semble inutilement compliquée, principalement parcequ'il n'y a pas d'organisation.
Dans la peinture et les arts plastiques "voisins" l'imitation et la "réutilisation" semblent être des pratiques aussi anciennes que les arts en question. En témoignent par exemple les enluminures, les courants, écoles, ou modes – comme les peintres flamands de l'époque de van Eyck qui s'inspirent beaucoup des sujets et des techniques des uns des autres, ou bien des écoles de peinture italiennes, où des élèves apprennent à peindre dans le style de leur maître qui parfois amende et signe leurs toiles, comme le raconte Françoise Chandernagor dans son roman "couleur du temps" ou une interview donnée à l'occasion de la sortie du roman. Plus proche de nous, on peut penser au style "art-nouveau" qui s'est beaucoup popularisé dans les publicités de l'époque et ces œuvres s'imitent largement les unes et les autres. On trouve de la réutilisation sous forme de citation, par exemple chez Paul Delvaux qui reprend sur beaucoup de ses toiles le "professeur Otto Lindenbrock" une illustration de l'édition Hetzel du roman "Voyage au centre de la Terre" de Jules Verne. On peut aussi citer Andy Warhol qui a beaucoup réutilisé (par exemple la boîte de conserve de soupe de tomate), ou bien les collages de Max Ernst ou de Jacques Prévert. Il y a aussi l'exemple de ce fameux faussaire qui a publié une biographie récemment et gagne maintenant honnêtement sa vie en peignant des toiles "à la manière de".
Bien-sûr on pourrait aimer savoir comment certaines œuvres on été produites, mais cela n'a souvent pas d'intérêt pour ceux qui maîtrisent déjà les techniques d'exécution utilisées (il existe des œuvres qui utilisent des techniques de production innovantes, mais cela me semble assez marginal). L'acquisition de ces techniques d'exécution me semblent plutôt du ressort des écoles de de la formation, de même que lorsqu'on publie un logiciel libre, on n'y accole pas un manuel de programmation pour débutant.
Dans les arts plastiques il semble que la réutilisation et la production d'œuvres dérivées soit une pratique assez courante et pas spécialement empêchée – au contraire de la diffusion des reproduction d'œuvres qui elle, semble très encadrée.
Pour la musique, la situation est beaucoup plus complexe, probablement du fait qu'on a une véritable industrie très organisée qui a fermement influencé le pouvoir législatif pour défendre ses intérêts. Qu'on pense aux "blues-rock" de Led Zeppelin, qui ont souvent fait l'objet d'accusation de plagiat, ou au procès entre les ayant-droits de Marvin Gaye et Robin Thicke pour "Blurred Lines" on voit que l'imitation est bien moins bien acceptée – alors que pourtant la reprise et l'improvisation de "standards" ou de morceaux plus ou moins connus fait partie intégrante de la pratique musicale, soit pour rendre hommage, soit en guise de manifeste, soit juste pour s'amuser. En ce qui concerne l'exécution des œuvres musicales, la législation en vigueur demanderait d'une chorale universitaire qui se réunit pour chanter des œuvres pop qu'elle verse une somme aux ayant droits des morceaux ainsi qu'aux personnes ayant préparées les arrangements – ce qui pour dix heures de répétition pourrait facilement représenter plus de cinq heures de travail, en pratique cela reste un vœu pieux!