Plusieurs milliers de personnes se retrouvent alors à préserver leurs intérêt contre ceux de plusieurs millions sans qu'il y ait complot.
Ce n'est pas pour faire l'avocat du diable, mais l'antithèse souvent proposée est l'intérêt national et/ou l'éthique.
Le problème à la mode est par exemple celui de la dette et du pouvoir considérable du monde de la finance sur la politique économique des États. Un point de vue (qui est en général considéré comme d'extrême gauche) serait de prétendre que la dette est illégitime, que rembourser la dette de l'État nuit à des millions de gens, et que les politiques qui soutiennent le remboursement sont corrompus et défendent les intérêts des industriels et des financiers en trahissant le peuple. Je pense que c'est un bon exemple du type de "complot ouvert" auquel tu fais référence.
D'un autre côté, il existe des arguments contraires. D'une part, une question d'éthique : l'État, en tant qu'entité représentative de ses citoyens, s'est engagé à rembourser. Éthiquement, il est anormal de ne pas tenir parole, en tant qu'individu ou en tant que collectivité. Soit on avait prévu de ne pas rembourser dès le début, et c'est de l'escroquerie, soit on s'est fait avoir sur les conditions du remboursement, et c'est de la stupidité, mais ça n'est pas une excuse pour ne pas tenir parole. D'autre part, il y a l'argument de l'intérêt national : si on arrête de rembourser, on ne pourra plus emprunter. Même si ça nous soulagera sur du court terme, on finira par le regretter sur le long terme. Et même si les gens qui prennent ces décisions seront morts d'ici qu'on en paye les conséquences (voire si on sera tous morts), ça n'est pas une raison pour ne pas le faire : c'est l'intérêt national qui peut pousser à prendre des décisions impopulaires (contre les intérêts du peuple actuel), mais en faveur de "la nation".
Au passage, il faut faire super gaffe avec cette idée d'agir "contre l'intérêt du peuple". Ça trahit une idéologie que je trouve insupportable : toute décision ne serait légitime que si elle se fait dans l'intérêt du peuple. C'est profondément malsain pour deux raisons : 1) le peuple est parfois très con ; par exemple, le peuple préfèrerait probablement parfois laisser crever des gens (SDF, réfugiés, etc) plutôt que de contribuer à une aide humanitaire ; or une telle contribution est légitime, et un gouvernement se doit d'agir contre la volonté du peuple quand le peuple est con ; 2) il n'est pas du tout dit que le peuple souhaite systématiquement agir en faveur de ses intérêts. Ça peut être noble (par exemple, accepter de payer plus d'impots pour une meilleure redistribution), ou ça peut être complètement con (par exemple, favoriser des situations de monopole ou de dépendance à une entreprise étrangère qui fournit des produits à la mode), mais je ne comprends pas l'idée saugrenue que la seule volonté d'un peuple serait de préserver ses intérêts? Avec de tels raisonnements, on finit par imposer n'importe quoi au peuple avec pour seul argument que c'est pour son bien.
[^] # Re: ?
Posté par arnaudus . En réponse au journal Vote électronique : on continue avec Java. Évalué à 3.
Ce n'est pas pour faire l'avocat du diable, mais l'antithèse souvent proposée est l'intérêt national et/ou l'éthique.
Le problème à la mode est par exemple celui de la dette et du pouvoir considérable du monde de la finance sur la politique économique des États. Un point de vue (qui est en général considéré comme d'extrême gauche) serait de prétendre que la dette est illégitime, que rembourser la dette de l'État nuit à des millions de gens, et que les politiques qui soutiennent le remboursement sont corrompus et défendent les intérêts des industriels et des financiers en trahissant le peuple. Je pense que c'est un bon exemple du type de "complot ouvert" auquel tu fais référence.
D'un autre côté, il existe des arguments contraires. D'une part, une question d'éthique : l'État, en tant qu'entité représentative de ses citoyens, s'est engagé à rembourser. Éthiquement, il est anormal de ne pas tenir parole, en tant qu'individu ou en tant que collectivité. Soit on avait prévu de ne pas rembourser dès le début, et c'est de l'escroquerie, soit on s'est fait avoir sur les conditions du remboursement, et c'est de la stupidité, mais ça n'est pas une excuse pour ne pas tenir parole. D'autre part, il y a l'argument de l'intérêt national : si on arrête de rembourser, on ne pourra plus emprunter. Même si ça nous soulagera sur du court terme, on finira par le regretter sur le long terme. Et même si les gens qui prennent ces décisions seront morts d'ici qu'on en paye les conséquences (voire si on sera tous morts), ça n'est pas une raison pour ne pas le faire : c'est l'intérêt national qui peut pousser à prendre des décisions impopulaires (contre les intérêts du peuple actuel), mais en faveur de "la nation".
Au passage, il faut faire super gaffe avec cette idée d'agir "contre l'intérêt du peuple". Ça trahit une idéologie que je trouve insupportable : toute décision ne serait légitime que si elle se fait dans l'intérêt du peuple. C'est profondément malsain pour deux raisons : 1) le peuple est parfois très con ; par exemple, le peuple préfèrerait probablement parfois laisser crever des gens (SDF, réfugiés, etc) plutôt que de contribuer à une aide humanitaire ; or une telle contribution est légitime, et un gouvernement se doit d'agir contre la volonté du peuple quand le peuple est con ; 2) il n'est pas du tout dit que le peuple souhaite systématiquement agir en faveur de ses intérêts. Ça peut être noble (par exemple, accepter de payer plus d'impots pour une meilleure redistribution), ou ça peut être complètement con (par exemple, favoriser des situations de monopole ou de dépendance à une entreprise étrangère qui fournit des produits à la mode), mais je ne comprends pas l'idée saugrenue que la seule volonté d'un peuple serait de préserver ses intérêts? Avec de tels raisonnements, on finit par imposer n'importe quoi au peuple avec pour seul argument que c'est pour son bien.