• [^] # Re: Comment démontrer le contraire et point barre ?

    Posté par . En réponse au journal The Ping Pong Theory of Tech World Sexism. Évalué à -2.

    Ce que tu proposes de manière bien intentionnée je n'en doute pas est une vieille idée dont les effets pernicieux sont bien connus

    L’universalisme abstrait

    Avec la montée des femmes dans l’instruction publique qui les portera jusqu’aux ministères du Front Populaire avant même de leur ouvrir les portes de la Chambre des Députés, puis avec l’accès (en 1945) au droit de vote et à l’éligibilité, le différentialisme laïque va devenir intenable. L’heure a sonné de l’universalisme abstrait. Nous sommes tous et toutes égaux, nous avons tous les mêmes droits. Les femmes ont le droit de " candidater " si ça les intéresse, et elles ont le droit de voter pour des candidates si elles les préfèrent. Si elles ne le font pas, ça les regarde.
    Moyennant quoi, se succèdent jusqu’aux années 1970 des Assemblées sinistrement saturées d’hommes, des gouvernements presque exclusivement masculins.
    S’il en est ainsi, c’est que les structures sociales que reflétait le différentialisme laïque sont pour l’essentiel intactes. Les années 1950-1960 marquent le maximum de l’exclusion des femmes de la vie sociale, l’âge d’or de la figure de maîtresse de maison , dans les campagnes, les petites villes, même dans les grandes. Les aides familiales des travailleurs indépendants sont encore cantonnées dans l’exploitation domestique, les salariées, de plus en plus nombreuses, sont encore très minoritaires et cantonnées tout en bas de la hiérarchie. Les choses ne changeront qu’à la fin des années 1960, quand les femmes commenceront à maîtriser leurs grossesses et acquerront plus d’indépendance économique.
    Mais le type masculin de politicien structure entièrement les appareils qui déterminent l’offre électorale : les partis politiques. Pour l’emporter dans un parti dans la course à la candidature, il faut n’avoir que ça à faire (et les femmes ont mille autres choses à faire), il faut aimer çà (et les femmes n’aiment pas forcément cette forme-là d’acte-pouvoir) il faut aimer le pouvoir pour lui-même, et les femmes aimeraient pouvoir faire quelque chose de nouveau.
    C’est justement avec la montée du féminisme que, les questions du privé devenant politiques, les femmes entrent en tant que telles, c’est-à-dire avec leur sexe et pas en tant que citoyens de sexe par hasard féminin, dans l’espace des représentations politiques, c’est-à-dire l’espace où les questions de la transformation sociale deviennent visibles. Elles y viennent soit pour y exprimer des demandes propres (droits reproductifs, égalité professionnelle), soit pour y revendiquer la concrétisation d’une égalité abstraitement reconnue, elles y viennent au nom du différentialisme ou de l’universalisme. Mais, même quand elles y viennent au nom de l’universalisme et de l’égalitarisme, elles y viennent en tant que femmes, c’est-à-dire en tant que sous-ensemble particulier à qui l’universel et l’égalité sont en fait déniés.
    Elles ont toujours cette différence de ne pas être égales, et la solution politique à ces problèmes est la parité, au moins comme résultat. Le type masculin de politicien est à nouveau contraint à une mutation, post-moderne en quelque sorte.

    Source: L'homme politique, loup pour la femme