• [^] # Re: Mon avis personnel

    Posté par . En réponse au journal Debian adopte systemd comme init par défaut. Évalué à 8.

    Alors, c’est page 278 dans l’édition française de 2001. Linus vient d’évoquer la possibilité dans l‘avenir que des développeurs créent de nouveaux systèmes d’exploitation (« Fredix » ou « Diannix ») pour remplacer Linux qui d’ici là commencera à accuser le poids des ans — une possibilité qu’il juge probable et même désirable, parce que « c’est ainsi que cela doit être. »

    Mais ce dont je suis extrêmement fier, c’est que, même quand Fredix ou Diannix prendra la relève, les choses ne seront plus jamais comme avant. Si rien d’autre n’en subsiste, Linux aura cependant réussi à faire prendre conscience qu’il existe une autre façon d’agir, celle prônée par la philosophie Open Source et qui consiste à continuer un travail commencé par d’autres.1 [...] Quand Fredix arrivera, il n’aura pas besoin de repartir de zéro.2
    Voilà pourquoi le monde est devenu un tout petit peu meilleur.

    Voilà d’où je tire l’idée que le premier développeur de Linux ne voulait pas seulement créer un système d’exploitation libre, mais aussi rendre la tâche plus faciles à de futures développeurs de nouveaux systèmes d’exploitation — ouvrir la voie à ses propres successeurs. Un hacker déteste avoir à résoudre à nouveau un problème déjà résolu par d’autres et souhaite que ses efforts servent à d’autres hackers, nous dit Eric Raymond. Faire percer Linux a été difficile, et en bon hacker, Linus souhaitait que d’autres systèmes puissent s’engouffrer dans la brèche à sa suite au lieu de devoir percer leur propre trou tout seul.

    C’est cette ambition qui, à mon sens, a disparu aujourd’hui. GNU/Linux a réussi, et on s’en contente. On se satisfait de pilotes propriétaires qui ne fonctionnent qu’avec Linux, sans plus déplorer l’absence de pilotes libres (ou mieux, de spécifications) dont pourraient profiter d’autres systèmes. On s’offusquait avant que tel logiciel ne soit disponible que pour Windows et Mac OS, aujourd’hui on est ravi d’avoir seulement ajouté Linux à la liste. On regarde de haut les autres systèmes libres (comme les BSD qui « ne sont plus pertinents aujourd’hui », dixit Poettering), alors qu’on souffrait hier encore d’être regardé de haut par les systèmes propriétaires...

    Je n’imagine pas un successeur à Linux émerger dans de telles conditions et être accueilli favorablement.


    1 Pour ceux qui trouveraient que c’est là une définition beaucoup trop succinte et réductrice de la philosophie Open Source, Torvalds venait de consacrer tout le chapitre précédent à expliquer et défendre ladite philosophie, donc il n’y avait donc nul besoin pour lui de développer davantage dans ce paragraphe.
    2 C’est moi qui souligne.