Dans tout ce fil de discussion autour de l'enseignement des outils logiciels qui permettent de produire, d'afficher et de convertir du texte, on mélange à souhait plusieurs choses qui doivent être distinguées. Je vais tenter de justifier ces distinctions.
1) L'école doit-elle apprendre aux élèves l'usage d'outils techniques ?
Si la réponse est positive, il faut très rapidement savoir quels sont les outils techniques qui doivent être enseignés. Le Ministère de l’Éducation Nationale a inventé des bidules à la mode, qu'il qualifie de "formations diplômantes", dont la justification consiste à courir après la mode. Dans le B2i il n'y a pas grand chose que l'on puisse regarder comme une maîtrise d'un ensemble d'opérations où la technique vient en renfort d'un but non-technique. Rechercher le logiciel idoine pour une opération précise, je veux bien que l'on nomme cela "pratique des TICE", mais je ne suis pas convaincu qu'il faille pour cela mobiliser des heures et de l'énergie.
2) Quelqu'un a très bien formulé un des aspects du problème. On a besoin d'un logiciel qui travaille le texte lorsqu'on ... écrit. Comme on ne compare pas le moine copiste qui traduit les "Topiques" d'Aristote en latin, avec la demoiselle qui répond au quatrain sur un bout de papier, on ne confondra pas la thèse sur "L'influence de la pensée de Ming Zhe sur les légistes de la période Tang", ou bien l'édition des "Hymnes géorgiens" en bilingue, avec un Tweet. Très certainement, un éditeur aujourd'hui, ou tout simplement quelqu'un qui est confronté à des questions éditoriales aura besoin de passer par un mélange de LaTeX, de php et autres fariboles. Je devrais dire : dans les filières de l'édition, on devrait s'occuper de former les professionnels à ce type d'outils (un serveur mouline quelque part un texte, des photos, etc. et à la sortie, l'imprimeur peut disposer d'un cliché propre, l'éditeur du texte et d'un catalogue auteur contenant les données relatives à l'auteur et le texte, etc.). Mais l'auteur lui-même ? Est-il besoin, si par exemple il écrit sur Aristote ou son équivalent chinois, de connaître (outre le grec ancien, le latin et le chinois) le subtil art de LateX, de BibTEX, de emacs, etc. ?
3) Ce qui est vrai, c'est que la plupart de ceux à qui on demande de rédiger une thèse ou un bouquin sur Word, ne savent pas que l'on pourrait leur fournir une feuille de style, qu'ils pourraient rédiger en RTF et qu'ils pourraient aussi (s'agissant des langues non-latines), jouer avec le clavier (en tout cas être aidés par des moyens qui existent). Mais de grâce, la moindre des choses que l'on attend d'abord de quelqu'un qui écrit, c'est qu'il sache ... écrire ! Non pas qu'il sache utiliser un clavier.
Or, je remarque, malgré les progrès du progrès, qu'aujourd'hui l'expression en langue française EST le problème massif des élèves et des étudiants (pour ne rien dire des cadres). Ce n'est pas l'utilisation fonctionnelle du clavier ou de tel ou tel logiciel.
Pour être plus clair : si ton chef au bureau est une buse, car il ne sait pas organiser ses idées par écrit, que son propos est confus, son vocabulaire impropre, et ainsi de suite, peu importe qu'il le fasse avec emacs, xemacs, gedit, vim, AmiPro, WordPerfect, Word, OpenOffice, ou bien avec une mine HB ou BB. Il doit revoir sa copie. Et je pense que c'est là-dessus que l'école doit s'activer, pas sur la question de savoir si on doit enseigner l'usage du clavier virtuel.
[^] # Re: Jusqu'où faut-il s'adapter ?
Posté par Adeimantos . En réponse à la dépêche Pourquoi Microsoft Word doit mourir ?. Évalué à 7.
Dans tout ce fil de discussion autour de l'enseignement des outils logiciels qui permettent de produire, d'afficher et de convertir du texte, on mélange à souhait plusieurs choses qui doivent être distinguées. Je vais tenter de justifier ces distinctions.
1) L'école doit-elle apprendre aux élèves l'usage d'outils techniques ?
Si la réponse est positive, il faut très rapidement savoir quels sont les outils techniques qui doivent être enseignés. Le Ministère de l’Éducation Nationale a inventé des bidules à la mode, qu'il qualifie de "formations diplômantes", dont la justification consiste à courir après la mode. Dans le B2i il n'y a pas grand chose que l'on puisse regarder comme une maîtrise d'un ensemble d'opérations où la technique vient en renfort d'un but non-technique. Rechercher le logiciel idoine pour une opération précise, je veux bien que l'on nomme cela "pratique des TICE", mais je ne suis pas convaincu qu'il faille pour cela mobiliser des heures et de l'énergie.
2) Quelqu'un a très bien formulé un des aspects du problème. On a besoin d'un logiciel qui travaille le texte lorsqu'on ... écrit. Comme on ne compare pas le moine copiste qui traduit les "Topiques" d'Aristote en latin, avec la demoiselle qui répond au quatrain sur un bout de papier, on ne confondra pas la thèse sur "L'influence de la pensée de Ming Zhe sur les légistes de la période Tang", ou bien l'édition des "Hymnes géorgiens" en bilingue, avec un Tweet. Très certainement, un éditeur aujourd'hui, ou tout simplement quelqu'un qui est confronté à des questions éditoriales aura besoin de passer par un mélange de LaTeX, de php et autres fariboles. Je devrais dire : dans les filières de l'édition, on devrait s'occuper de former les professionnels à ce type d'outils (un serveur mouline quelque part un texte, des photos, etc. et à la sortie, l'imprimeur peut disposer d'un cliché propre, l'éditeur du texte et d'un catalogue auteur contenant les données relatives à l'auteur et le texte, etc.). Mais l'auteur lui-même ? Est-il besoin, si par exemple il écrit sur Aristote ou son équivalent chinois, de connaître (outre le grec ancien, le latin et le chinois) le subtil art de LateX, de BibTEX, de emacs, etc. ?
3) Ce qui est vrai, c'est que la plupart de ceux à qui on demande de rédiger une thèse ou un bouquin sur Word, ne savent pas que l'on pourrait leur fournir une feuille de style, qu'ils pourraient rédiger en RTF et qu'ils pourraient aussi (s'agissant des langues non-latines), jouer avec le clavier (en tout cas être aidés par des moyens qui existent). Mais de grâce, la moindre des choses que l'on attend d'abord de quelqu'un qui écrit, c'est qu'il sache ... écrire ! Non pas qu'il sache utiliser un clavier.
Or, je remarque, malgré les progrès du progrès, qu'aujourd'hui l'expression en langue française EST le problème massif des élèves et des étudiants (pour ne rien dire des cadres). Ce n'est pas l'utilisation fonctionnelle du clavier ou de tel ou tel logiciel.
Pour être plus clair : si ton chef au bureau est une buse, car il ne sait pas organiser ses idées par écrit, que son propos est confus, son vocabulaire impropre, et ainsi de suite, peu importe qu'il le fasse avec emacs, xemacs, gedit, vim, AmiPro, WordPerfect, Word, OpenOffice, ou bien avec une mine HB ou BB. Il doit revoir sa copie. Et je pense que c'est là-dessus que l'école doit s'activer, pas sur la question de savoir si on doit enseigner l'usage du clavier virtuel.