Nitocris (ou Nitokris, nom grec, ou Neith-iqerty, nom égyptien) est une reine semi-légendaire de la VIe dynastie. Elle serait, selon la tradition, la première femme « pharaon » (roi de Haute et Basse-Égypte) dans l'Histoire de l'Égypte antique[note 1]. Pour les spécialistes qui reconnaissent cette reine, la durée de règne va de un à cinq ans : 2152 à [note 2].
Selon Hérodote dans ses Histoires, qui visita l'Égypte au cours du Ve siècle av. J.-C. et discuta avec les prêtres de plusieurs temples qui leur rapportèrent l'histoire du pays, la reine accéda sur le trône de manière tragique :
« Les prêtres me lurent ensuite dans leurs annales les noms de trois cent trente autres rois qui régnèrent après lui. Dans une si longue suite de générations, il se trouve dix-huit Éthiopiens et une femme du pays ; tous les autres étaient hommes et Égyptiens. Cette femme qui régna en Égypte s'appelait Nitocris, comme la reine de Babylone. Ils me racontèrent que les Égyptiens, après avoir tué son frère, qui était leur roi, lui remirent la couronne ; qu'alors elle chercha à venger sa mort, et qu'elle fit périr par artifice un grand nombre d'Égyptiens. On pratiqua sous terre, par son ordre, un vaste appartement, qu'elle destinait en apparence à des festins ; mais elle avait réellement d'autres vues. Elle y invita à un repas un grand nombre d'Égyptiens qu'elle connaissait pour les principaux auteurs de la mort de son frère, et, pendant qu'ils étaient à table, elle lit entrer les eaux du fleuve par un grand canal secret. Il n'est rien dit davantage de cette princesse, si ce n'est qu'après avoir fait cela elle se précipita dans un appartement toute couverte de cendres, afin de se soustraire à la vengeance du peuple[1]. »
Manéthon, qui écrivit au début du IIIe siècle av. J.-C., parla de Nitocris, à qui il attribua un règne de douze ans, en des termes particulièrement élogieux : « Il y eut une femme Nitocris qui régna ; elle était plus courageuse que tous les hommes de son temps, et c'était la plus belle de toutes les femmes ; elle avait le physique d'une blonde aux joues roses[note 3],[2] ». Il indique également qu'elle érigea la troisième pyramide de Gizeh, c'est-à-dire celle de Mykérinos[3] : « Par elle, dit-on, la troisième pyramide fut élevée, à l'aspect d'une montagne ». Hérodote rapportait déjà que les Grecs de son époque croyaient fautivement qu'une belle courtisane du nom de Rhodopis était considérée comme ayant construit cette pyramide ; or, comme Hérodote le rapportait déjà, cette croyance était fausse car il savait qu'elle avait été construite par Mykérinos et que ce dernier avait vécu bien avant Rhodopis, cette dernière ayant vécu sous le règne d'Amasis[4]. Vivienne Gae Callender supposent que les Grecs ont mélangé les deux histoires : celle de Nitocris et celle de Rhodopis, attribuant à la première des deux la construction de la troisième de Gizeh[5].
La tradition la décrivant comme la sœur de Mérenrê II, ce dernier étant par ailleurs un fils de la reine Neith II et du roi Pépi II[6] (ou du roi Mérenrê Ier selon Callender[7]), certains égyptologues font alors d'elle la fille de ce couple Neith II et de Pépi II[6] / Mérenrê Ier[7].
Sur un bloc découvert dans la pyramide de Neith II, un cartouche ajouté après coup a été partiellement effacé (il ne reste que le signe du soleil au début du cartouche) ; le nom inclut dans ce cartouche a été diversement interprété. Selon Vivienne Gae Callender[7], qui rejoint Percy Edward Newberry[8], le nom inscrit dans le cartouche pourrait être Menkarê, le deuxième successeur de Mérenrê II selon la table d'Abydos. Identifiant Nitocris à Neith-iqerty du Canon royal de Turin et au roi Netjerkarê (successeur de Mérenrê II et prédécesseur de Menkarê) de la liste d'Abydos, elle et Mérenrê II seraient les parents de ce roi Menkarê[9].
La fin de l'Ancien Empire est assez obscure, particulièrement la succession des rois après la mort de Pépi II, dont le long règne est peut-être à l'origine d'une crise de succession. C'est cette confusion qui amena peut-être les Anciens Égyptiens à créer ces légendes autour du personnages de Nitocris.
L'égyptologue danois Kim Ryholt soutient que le nom Nitocris est le résultat d'une confusion et d'une déformation du nom Netjerkarê[10]. Confirmant cette analyse, le Canon royal de Turin, une autre liste royale rédigée au début de la période Ramesside, cite un Neith-iqerty Siptah à une position incertaine. Les analyses microscopiques de Ryholt des fibres du papyrus suggèrent selon lui que le fragment où ce nom apparaît appartient à la fin de la VIe dynastie, immédiatement après Mérenrê II. Puisque dans la liste royale d'Abydos, Netjerkarê est placé à l'endroit équivalent que Neith-iqerty Siptah détient sur le Canon royal de Turin, les deux seraient donc probablement identiques, Neith-iqerty et Siptah étant d'ailleurs sur le plan onomastique deux noms qui ne peuvent remonter à l'Ancien Empire[11]. De plus, le nom Siptah est masculin, indiquant que Nitocris seraient en fait un roi et nom une reine. Le nom Nitocris proviendrait d'une déformation du nom Neith-iqerty, qui lui-même proviendrait d'une corruption de Netjerkarê[10].
Si Callender est d'accord pour identifier Neith-iqerty à Netjerkarê, elle considère que la reconstruction du papyrus de Turin par Ryholt est sujette à débat, et réfute la localisation du fragment comportant le nom Siptah à la position indiquée par Ryholt. Elle considère donc que faire de Neith-iqerty un roi homme serait une erreur[12].
Hérodote, Histoire. Livre II: Euterpe : Trad. du grec par Larcher ; avec des notes de Bochard, Wesseling, Scaliger, Casaudon, Barthélemy, Bellanger, Larcher, etc., Paris, Charpentier, (lire en ligne) ;
(en) Vivienne Gae Callender, In Hathor's Image : The Wives and Mothers from Egyptian Kings from Dynasties I-VI, vol. I, Prague, Czech Institute of Egyptology Charles University, , 406 p. (ISBN978-80-7308-381-6) ;
(en) [[Percy Edward Newberry|Percy E. Newberry]], « Queen Nitocris of the Sixth Dynasty », The Journal of Egyptian Archaeology, vol. 29, , p. 51-54 (JSTOR3855037) ;
(en) Kim Ryholt, « The Late Old Kingdom in the Turin King-list and the Identity of Nitocris », Zeitschrift für Ägyptische Sprache und Altertumskunde, vol. 127, no 1, , p. 87-100 (lire en ligne) ;
Baudouin van de Walle, « La « Quatrième Pyramide » de Gizeh et la légende de Rhodopis », L'Antiquité Classique, t. 3, fascicule 1, , p. 303-312 (lire en ligne) ;
Nitocris apparaît dans une série de scénarios pour le jeu de rôle sur table fantastique américain L'Appel de Cthulhu (Sandy Petersen, Chaosium, 1981), inspirée des nouvelles de fantastique et d'horreur de l'écrivain américain H. P. Lovecraft. Dans la campagne Les Masques de Nyarlathotep, écrite principalement par Larry DiTillio et Lynn Willis, publiée en 1984 par Chaosium, Nitocris est une antagoniste qui sera ressuscitée ou non (cela dépend des actions des joueurs) par la confrérie du Pharaon noir, qui vénère l'une des formes de Nyarlathotep, divinité inventée par H. P. Lovecraft dans sa nouvelle du même nom.