Mais je m'égare. Le coeur du sujet, c'est que ta certitude que l'homéopathie ne fonctionne que sur un effet placebo n'est pas fondée sur un raisonnement scientifique. Elle est fondée sur une conviction personnelle et à ce titre, elle tout aussi irrationnelle que ma conviction personnelle en un effet réel.
Supposer que l’homéopathie marche pour des raisons autres que psychologiques, ça veut dire remettre totalement en question absolument toutes nos connaissances dans toutes les autres sciences (chimie, physique, biologie), sciences autrement mieux fondées que toutes les preuves de nature épidémiologiques ou statistiques que tu pourrais apporter. Feynmann a dit que si on devait retenir une seule chose des siècles et des siècles de recherche scientifique laborieuse, c’est que tout est explicable en terme de particules élémentaires. C’est ceci que remet en question l’homéopathie.
Parce que comme dit plus ailleurs pour défendre la mémoire de l’eau il va te falloir me montrer pourquoi ça marche pour les particules qui nous intéressent, mais pas pour le reste ? Une averse mouille le sol ; un peu d’eau entre en contact avec des racines d’aconit, passe dans la nappe phréatique. Scénario qui se passe tous les jours en montagne, alors pourquoi n’observe-t-on pas une hécatombe d’empoisonnements à l’aconitine ?
Et encore une fois ce n’est pas une question de croyance ou « vous ne voulez pas croire », c’est juste que tant que l’explication psychologique est possible, elle est infiniment plus efficace en termes descriptifs (et plus probable) que l’approche « bon les gars on peut abandonner tous les principes fondamentaux en physique, on a tout faux, c’est un médecin qui le dit ! » Le corps humain est tellement complexe (et le psyché en fait partie, via le cerveau, hein !) qu’essayer de faire des hypothèses de physique fondamentale (la mémoire de l’eau) à partir d’expériences médicales (l’efficacité thérapeutique de l’homéopathie), c’est comme essayer de construire un chateau de cartes dans un roller coaster en les jetant en l’air et en espérant que ça retombe en formant un château.
Si un jour quelqu’un arrive à utiliser le phénomène de la mémoire de l’eau pour mettre en place un protocole expérimental mettant en jeu des processus physiques reproductibles et mesurables (ce que n’est absolument pas un acte thérapeutique), alors oui les physiciens auront une sacré énigme sous la dent. En attendant ce n’est certainement pas les homéopathes qui les empêchent de dormir.
Si tu veux une analogie informatique, ce serait celle-ci. L’homéopathe est l’utilisateur (et on sait tous en tant que développeur que l’utilisateur moyen est parfois pas très doué quand on touche à l’informatique, mais dès qu’il a un petit souci c’est forcément la faute à l’informatique). Les lois de la physiques sont le logiciel (pour notre exemple, disons un traitement de texte). Les physiciens sont les développeurs. Vient donc un rapport de bug de notre utilisateur :
Votre logiciel fait que mon ordinateur s’arrête tout seul et que les lumières dans le bâtiment s’éteignent à 20h
Mets-toi deux secondes s’il te plaît à la place du développeur. Quelle est la réaction la plus rationnelle pour lui ?
Il y a sûrement un bug qui arrête l’ordinateur juste pour cet utilisateur et juste à 20h. Et qui arrête les lumières en prime. Vites, regardons dans le code pour débusquer ce bug !
Encore un abruti de luser qui n’a pas lu une note de service du genre : pour des raisons de sécurité l’ensemble du bâtiment ferme ses portes à 20h, veuillez quitter le bâtiment au moins 15 minutes avant
Alors oui, il n’a aucune preuve formelle pour exclure la première possibilité. Ça foutrait juste en l’air des tas de choses qu’on croyait solidement acquises (au pif: un simple poste de travail ne peut pas couper le courant dans tout un bâtiment), mais logiquement comme tu le dit, rien ne permet de l’exclure.
Il n’empêche qu’en tant que manager si un développeur me dit qu’il a passé sa journée à essayer de trouver ce bug dans le code, je me fous soit de sa gueule soit à la porte (ou les deux).
L’homéopathie c’est exactement la même chose. Bien sûr, on a aucune preuve directe qu’il n’y ait rien d’autre que de la psychologie (et je dis pas ça de manière méprisante : la psychologie c’est le cerveau et ça fait partie de la physiologie) là dedans. Mais les conséquences de l’hypothèse contraire (il y aurait un vrai processus physique derrière) seraient tellement délirantes, qu’en fait non, personne de sensé ne peut y croire une seule seconde, et qu’il faudrait des arguments infiniment plus solides que « ça marche pour le mal de dos de ma grand-mère » pour éventuellement y accorder plus d’intérêt qu’un rictus moqueur.
Parlons de tes verrues. Tu parles de 2,5 ans de calvaire. Wikipedia me dit que les verrues disparaissent naturellement après quelques années.
Coincidence énorme ? Sûrement. Mais une improbabilité à mettre en face des chances pour que décidément on ait tout faux en physique. Une improbabilité à mettre également en face de l’échantillon : même si tu avais une chance sur 10.000 pour que les événements « les verrues disparaissent d’elle-même » et « je me met à l’homéopathie » se suivent de suffisamment près pour que tu établisses un lien de causalité même en les supposant indépendants, combien de personnes dans le même cas (des verrues persistantes, qui finissent par disparaitre naturellement, avec une tentative homéopathique un moment où à un autre) ? Suppose 20.000, et tu auras statistiquement 2 personnes pour qui l’homéopathie aura fait des miracles. Et continuera probablement à faire des miracles pour toutes les autres maladies, pour des raisons psychologiques. Bref, une improbabilité fortement probable, à vue de pif. (ne prend pas mes 10.000 et 20.000 à argent comptant, c’est juste pour illustrer l’idée)
Si je peux me permettre un pronostic : on verra un jour ou l’autre (si ce n’est déjà fait) des articles disant que l’homéopathie est capable de soigner le cancer ou le sida. Parce que ces deux maladies ont la possiblitité (très rare, mais possible, comme toutes les maladies en fait, sauf la rage) d’avoir des guérisons spontannées, que des tas de gens testent l’homéopathie, et qu’un jour chez un grand veinard ces deux événements (rémission spontannée, tentative de médecine alternative, et ce quelle que soit cette alternative, y compris satanisme) se trouveront accolés l’un à l’autre. J’écris cette phrase pour la postérité, que je puisse la ressortir quand l’évenement sera médiatisé sur trollfr :)
[^] # Re: Merci pour ce peu de fraîcheur
Posté par Moonz . En réponse au journal Régime faible en glucide. Évalué à 7.
Rasoir_d'Ockham
Supposer que l’homéopathie marche pour des raisons autres que psychologiques, ça veut dire remettre totalement en question absolument toutes nos connaissances dans toutes les autres sciences (chimie, physique, biologie), sciences autrement mieux fondées que toutes les preuves de nature épidémiologiques ou statistiques que tu pourrais apporter. Feynmann a dit que si on devait retenir une seule chose des siècles et des siècles de recherche scientifique laborieuse, c’est que tout est explicable en terme de particules élémentaires. C’est ceci que remet en question l’homéopathie.
Parce que comme dit plus ailleurs pour défendre la mémoire de l’eau il va te falloir me montrer pourquoi ça marche pour les particules qui nous intéressent, mais pas pour le reste ? Une averse mouille le sol ; un peu d’eau entre en contact avec des racines d’aconit, passe dans la nappe phréatique. Scénario qui se passe tous les jours en montagne, alors pourquoi n’observe-t-on pas une hécatombe d’empoisonnements à l’aconitine ?
Et encore une fois ce n’est pas une question de croyance ou « vous ne voulez pas croire », c’est juste que tant que l’explication psychologique est possible, elle est infiniment plus efficace en termes descriptifs (et plus probable) que l’approche « bon les gars on peut abandonner tous les principes fondamentaux en physique, on a tout faux, c’est un médecin qui le dit ! » Le corps humain est tellement complexe (et le psyché en fait partie, via le cerveau, hein !) qu’essayer de faire des hypothèses de physique fondamentale (la mémoire de l’eau) à partir d’expériences médicales (l’efficacité thérapeutique de l’homéopathie), c’est comme essayer de construire un chateau de cartes dans un roller coaster en les jetant en l’air et en espérant que ça retombe en formant un château.
Si un jour quelqu’un arrive à utiliser le phénomène de la mémoire de l’eau pour mettre en place un protocole expérimental mettant en jeu des processus physiques reproductibles et mesurables (ce que n’est absolument pas un acte thérapeutique), alors oui les physiciens auront une sacré énigme sous la dent. En attendant ce n’est certainement pas les homéopathes qui les empêchent de dormir.
Si tu veux une analogie informatique, ce serait celle-ci. L’homéopathe est l’utilisateur (et on sait tous en tant que développeur que l’utilisateur moyen est parfois pas très doué quand on touche à l’informatique, mais dès qu’il a un petit souci c’est forcément la faute à l’informatique). Les lois de la physiques sont le logiciel (pour notre exemple, disons un traitement de texte). Les physiciens sont les développeurs. Vient donc un rapport de bug de notre utilisateur :
Mets-toi deux secondes s’il te plaît à la place du développeur. Quelle est la réaction la plus rationnelle pour lui ?
Alors oui, il n’a aucune preuve formelle pour exclure la première possibilité. Ça foutrait juste en l’air des tas de choses qu’on croyait solidement acquises (au pif: un simple poste de travail ne peut pas couper le courant dans tout un bâtiment), mais logiquement comme tu le dit, rien ne permet de l’exclure.
Il n’empêche qu’en tant que manager si un développeur me dit qu’il a passé sa journée à essayer de trouver ce bug dans le code, je me fous soit de sa gueule soit à la porte (ou les deux).
L’homéopathie c’est exactement la même chose. Bien sûr, on a aucune preuve directe qu’il n’y ait rien d’autre que de la psychologie (et je dis pas ça de manière méprisante : la psychologie c’est le cerveau et ça fait partie de la physiologie) là dedans. Mais les conséquences de l’hypothèse contraire (il y aurait un vrai processus physique derrière) seraient tellement délirantes, qu’en fait non, personne de sensé ne peut y croire une seule seconde, et qu’il faudrait des arguments infiniment plus solides que « ça marche pour le mal de dos de ma grand-mère » pour éventuellement y accorder plus d’intérêt qu’un rictus moqueur.
Parlons de tes verrues. Tu parles de 2,5 ans de calvaire. Wikipedia me dit que les verrues disparaissent naturellement après quelques années.
Coincidence énorme ? Sûrement. Mais une improbabilité à mettre en face des chances pour que décidément on ait tout faux en physique. Une improbabilité à mettre également en face de l’échantillon : même si tu avais une chance sur 10.000 pour que les événements « les verrues disparaissent d’elle-même » et « je me met à l’homéopathie » se suivent de suffisamment près pour que tu établisses un lien de causalité même en les supposant indépendants, combien de personnes dans le même cas (des verrues persistantes, qui finissent par disparaitre naturellement, avec une tentative homéopathique un moment où à un autre) ? Suppose 20.000, et tu auras statistiquement 2 personnes pour qui l’homéopathie aura fait des miracles. Et continuera probablement à faire des miracles pour toutes les autres maladies, pour des raisons psychologiques. Bref, une improbabilité fortement probable, à vue de pif. (ne prend pas mes 10.000 et 20.000 à argent comptant, c’est juste pour illustrer l’idée)
Si je peux me permettre un pronostic : on verra un jour ou l’autre (si ce n’est déjà fait) des articles disant que l’homéopathie est capable de soigner le cancer ou le sida. Parce que ces deux maladies ont la possiblitité (très rare, mais possible, comme toutes les maladies en fait, sauf la rage) d’avoir des guérisons spontannées, que des tas de gens testent l’homéopathie, et qu’un jour chez un grand veinard ces deux événements (rémission spontannée, tentative de médecine alternative, et ce quelle que soit cette alternative, y compris satanisme) se trouveront accolés l’un à l’autre. J’écris cette phrase pour la postérité, que je puisse la ressortir quand l’évenement sera médiatisé sur trollfr :)