• # Mais qui?

    Posté par . En réponse au journal Benoît Hamon a encore frappé. Évalué à 10.

    Argh, ce que je ne comprends pas, c'est qui exerce une pression systématique sur le gouvernement et les différentes chambres parlementaires pour ne pas faire passer une telle clarification (nécessaire!) du code de la consommation?

    Bon, l'hypothèse nulle est celle du rasoir d'Hanlon, le fait que le gouvernement s'en fout, ne comprends pas trop, et dans le doute, refuse de prendre parti pour ne pas briser un équilibre qui s'est plus ou moins installé et auquel tout le monde (assembleurs, éditeurs de logiciels, vendeurs, et acheteurs) s'est habitué. Ça reste, du point de vue parcimionieux, une des hypothèses les plus robustes.

    L'hypothèse alternative la plus évidente, c'est celle de Big Microsoft qui défend ses parts de marché. C'est beau, ça a l'air inévitable, mais c'est à mon avis carrément peu crédible. Microsoft ne représente pas beaucoup d'emplois en Europe, n'est pas en odeur de sainteté ni au parlement européen, ni à l'assemblée nationale, ni dans les ministères, qui passent tous progressivement à des systèmes libres justement pour éviter l'influence d'une grosse entreprise américaine.

    On pourrait aussi imaginer une sorte de lobby commun de tous les gros constructeurs/assembleurs (MS, Apple, Samsung, Google, etc) qui ont tous plus ou moins intérêt à lier logiciel et matériel sur les nouveaux supports (tablettes, smartphones, etc), et qui n'ont pas vraiment intérêt à voir un modèle qui rapporte beaucoup d'argent tel qu'il est. Pépin majeur : vu la guerre commerciale, juridique et industrielle qu'ils se mènent, c'est quand même difficile de les imaginer faire copain - copain par derrière. Les procès pour faire interdire les bidules du concurrent sur un continent entier, ça ne peut pas être une mascarade.

    Reste des pressions politiques qui n'ont pas directement à voir avec les éditeurs de logiciels. Peut-être les services secrets, la police, les militaires, la NSA, bref, des gens qui ont intérêt à ce que le parc informatique soit normalisé. Quel meilleur moyen de s'assurer qu'une backdoor existe et soit exploitable que de forcer un lien éternel entre le logiciel et le matériel? Une telle hypothèse ferait plaisir aux paranos de service.

    Enfin, peut-on exclure un raisonnement économique malsain mais tellement pratique, qui consiste à penser que l'obsolescence programmée participe énormément à cette croissance magique qu'on a tant de mal à retrouver? Lier le logiciel et le matériel, c'est une recette idéale pour inciter les gens à renouveller consciencieusement leur équipement régulièrement. Typiquement, quand Windows vieillit, Windows devient de plus en plus lent. Jusqu'au point où on change l'ordinateur. La crainte du moindre renouvellement si le système est déconnecté du matériel est sensée : on achèterait moins cher (sans Windows ou autres logiciels) des ordinateurs qu'on changerait moins souvent, ça ne serait pas très bon pour l'économie. C'est à mon avis assez fallacieux (on achèterait moins de produits importés mais on compenserait par acheter du service non délocalisable), mais je ne suis pas certain que les politiques soient des visionnaires pour ce genre de choses, et ils savent rarement penser en dehors du cadre.

    En gros, pour pouvoir lutter contre les "forces obscures" qui empêchent les lois de protéger efficacement les consommateur des stratégies commerciales des entreprises, il faudrait quand même identifier qui fait tout pour faire capoter toutes ces tentatives d'assainissement du code de la consommation. Et franchement, bah ça ne me parait pas si évident que ça...