Je suis très heureux de lire que tu parles de la question de la recherche (en informatique par exemple) et du fait de s'exprimer dans une langue non natale... Il est clair qu'il est très difficile pour les chercheurs non locuteurs natifs d'exprimer — par exemple dans leurs interventions et leurs papiers — en anglais et de façon claire et concise des idées très complexes (par exemple des problèmes de modélisation). Les subtilités sémantiques ne sont parfois pas à la portée du locuteur et pire encore, parfois pas à la portée de la plupart des auditeurs/lecteurs !
Bref: le locuteur croit exprimer quelque chose mais ce qu'il dit n'est pas exactement ce qu'il pense. L'auditeur croit comprendre quelque chose, mais ce n'est ni ce que le locuteur dit, ni ce qu'il pense. Bien sûr, ce genre de malentendu est possible avec des locuteurs/auditeurs natifs ! Ça m'est déjà arrivé dans un contexte fanco-français, mais les chances que ça arrive sont plus grandes en passant par une langue apprise (et j’assiste à ça très souvent avec les confs en anglais).
Je reviens justement d'une conf scientifique à l'étranger, et franchement et comme d'hab, on comprend mal ce qui est dit/écrit notamment parce que les gens ne s'expriment pas dans leur langue natale. Le malentendu est très fréquent et parfois la lecture des papiers ne suffit pas lever les doutes sur l'incompréhension. Par ailleurs, il se trouve que c'était en Chine et il est clair que lire dans ce journal que l'anglais est simple à apprendre me fait doucement rigoler car ça n'a pas du tout l'air d'être le cas pour les Chinois (qui sont ou seront très rapidement leaders dans tous les domaines de la recherche).
La question de l'anglais est un débat courant dans ma communauté scientifique qui est très dynamique à l'échelle «locale» (c'est à dire francophone), mais aussi à l'échelle internationale (c'est à dire anglophone) et où certaines recherches françaises de qualité restent méconnues à l'international car mal exprimées en anglais ou pire n'ayant pu passer la barrière du niveau d'anglais requis pour les publi scientifiques. Il est certain (on le voit dans les taux de publications internationales) que les anglophones natifs sont largement avantagés dans la propagation de leur travaux.
Plein de solutions sont déjà évoquées dans ce journal (les nouvelles langues, un meilleur apprentissage de l'anglais ou du Putong-Hua, etc.), Mais parmi les solutions que je trouve intéressantes (et peu orthodoxe, il faut le dire) c'est l'écriture systématique dans sa langue natale. Il semble que certains cursus préparent les étudiants à lire dans 8 ou 9 langues en plus de leur langue natale. Dans ces cursus on fait correspondre les étudiants: le A écrit dans la langue natale, le B répond dans la sienne et ainsi de suite. Évidement, ça demande un effort colossal d'apprentissage des langues (quoi que avec l'aide des traducteurs automatiques...), mais je trouve le principe sympa car il évite l'appauvrissement des idées qui est une conséquence du passage par le «globish» (anglais qui est compris par tous: phrase courtes, vocabulaire commun, peu de nuances, etc.).
[^] # Re: Ni oui ni non : l'anglais c'est vraiment très pratique, mais vraiment très limitant
Posté par Beurt . En réponse au journal Happy Bastille Day !. Évalué à 3.
Je suis très heureux de lire que tu parles de la question de la recherche (en informatique par exemple) et du fait de s'exprimer dans une langue non natale... Il est clair qu'il est très difficile pour les chercheurs non locuteurs natifs d'exprimer — par exemple dans leurs interventions et leurs papiers — en anglais et de façon claire et concise des idées très complexes (par exemple des problèmes de modélisation). Les subtilités sémantiques ne sont parfois pas à la portée du locuteur et pire encore, parfois pas à la portée de la plupart des auditeurs/lecteurs !
Bref: le locuteur croit exprimer quelque chose mais ce qu'il dit n'est pas exactement ce qu'il pense. L'auditeur croit comprendre quelque chose, mais ce n'est ni ce que le locuteur dit, ni ce qu'il pense. Bien sûr, ce genre de malentendu est possible avec des locuteurs/auditeurs natifs ! Ça m'est déjà arrivé dans un contexte fanco-français, mais les chances que ça arrive sont plus grandes en passant par une langue apprise (et j’assiste à ça très souvent avec les confs en anglais).
Je reviens justement d'une conf scientifique à l'étranger, et franchement et comme d'hab, on comprend mal ce qui est dit/écrit notamment parce que les gens ne s'expriment pas dans leur langue natale. Le malentendu est très fréquent et parfois la lecture des papiers ne suffit pas lever les doutes sur l'incompréhension. Par ailleurs, il se trouve que c'était en Chine et il est clair que lire dans ce journal que l'anglais est simple à apprendre me fait doucement rigoler car ça n'a pas du tout l'air d'être le cas pour les Chinois (qui sont ou seront très rapidement leaders dans tous les domaines de la recherche).
La question de l'anglais est un débat courant dans ma communauté scientifique qui est très dynamique à l'échelle «locale» (c'est à dire francophone), mais aussi à l'échelle internationale (c'est à dire anglophone) et où certaines recherches françaises de qualité restent méconnues à l'international car mal exprimées en anglais ou pire n'ayant pu passer la barrière du niveau d'anglais requis pour les publi scientifiques. Il est certain (on le voit dans les taux de publications internationales) que les anglophones natifs sont largement avantagés dans la propagation de leur travaux.
Plein de solutions sont déjà évoquées dans ce journal (les nouvelles langues, un meilleur apprentissage de l'anglais ou du Putong-Hua, etc.), Mais parmi les solutions que je trouve intéressantes (et peu orthodoxe, il faut le dire) c'est l'écriture systématique dans sa langue natale. Il semble que certains cursus préparent les étudiants à lire dans 8 ou 9 langues en plus de leur langue natale. Dans ces cursus on fait correspondre les étudiants: le A écrit dans la langue natale, le B répond dans la sienne et ainsi de suite. Évidement, ça demande un effort colossal d'apprentissage des langues (quoi que avec l'aide des traducteurs automatiques...), mais je trouve le principe sympa car il évite l'appauvrissement des idées qui est une conséquence du passage par le «globish» (anglais qui est compris par tous: phrase courtes, vocabulaire commun, peu de nuances, etc.).