Soit il existe une contrainte pour toutes les activités qui ont besoin d'un suivi, soit tout est automatisé et on peut laisser des robots se démerder complètement (et on n'y est pas, mais alors pas du tout!), mais ça veut dire que le jour où les robots s'arrêtent, la civilisation s'arrête!
-Ton exemple des poubelles:
Tu crois que tu peux, aujourd'hui, te pointer au dépôt de camions et être opérationnel de suite? Il faut au moins que vous soyez plusieurs, et organisés, formés!
Si on y met des robots, ce sera encore pire: il faudra des gens qualifiés pour palier aux problèmes techniques rencontrés par les robots. Tu es de moins en moins qualifié. Tu es prêt à te consacrer un peu à ça? Non, ton idée c'est tu y vas quand ça te chante.
-Partager les voitures:
Qui a construit ta voiture? Il faut du monde, très formé, et des gens qui bossent tous en même temps, avec du matériel de pointe. Tout ça sera en état de marche pour faire des campagnes de production de 1000 voitures avant qu'on arrête tout jusqu'à la prochaine campagne, parce que "plus de marché"? Comment tu organises les campagnes, d'ailleurs, tu lances un appel pour que les autres daignent venir, alors qu'ils ont peu de contraintes?
Et de même: avec une usine automatisée, tu as besoin de moins de gens, mais des gens plus qualifiés et souvent très spécialisés. Quand on voit la difficulté que peuvent rencontrer les RH pour trouver certains profils alors que travailler est nécessaire aujourd'hui, j'imagine ce que ce sera quand la pression sera moindre et que tu demanderas que tout le monde soit là en même temps avec comme seule perspective un "bonus", même gros.
-Matos informatique:
Une usine de semiconducteurs doit rester active 24/24, sinon tu as une montagne de merdes. C'est même une blague récurrente dans le milieu:
"La maintenance annuelle de 2 jours durera comme d'habitude 2 semaines: 2 jours pour la maintenance, 12 jours pour remettre en route les machines qui n'ont pas supporté l'arrêt-redémarrage".
Si on est tous sur la base du "je vais bosser quand j'ai besoin d'un truc en plus", qui va rester de nuit dans l'usine? Encore une fois, il faut du monde, et des gens qualifiés et spécialisés. Certaines usines ont déjà du mal aujourd'hui à trouver les profils dont elles ont absolument besoin aujourd'hui.
Et je ne parle pas de l'implication de tout faire tourner 24/24 pour la chaîne amont: consommables, énergie, eau, etc. Tout ça doit pouvoir tourner aussi 24/24, sinon c'est le bordel. Tu peux garantir ça avec ton modèle?
En supposant que tout soit géré par des robots, qui gère les robots? Il faudra toujours un humain quelque part dans la chaîne, et plus il y aura de robots, plus tu pourras enterrer ton idée du mec "qui s'y connaît" qui va y consacrer quelques jours/semaines et tout remettre en état.
-Des produits mâtures exempts de bug:
J'en doute. Aujourd'hui, projets libres comme logiciels propriétaires ont des bugs, parfois gros, parfois petits. Pour les enthousiastes, la chasse au bug fait partie d'un tout motivé par la passion. Pour beaucoup, c'est parce que "le chef a dit de traquer les bugs". Avec un modèle où on travaille sur le volontariat, on peut s'attendre à un turn-over délirant, et du coup, je pense plutôt que la qualité de tout ce qu'on va faire va, d'une manière générale, descendre. Il y aura des exceptions, mais ça va descendre!
C'est une caricature, mais dans Idiocracy, on atteint un stade où plus personne ne sait comment fonctionnent la plupart des machines.
Dans ton modèle, qui saura?
Qui prendra le temps d'apprendre et dans quel but?
Être riche? Pourquoi faire?
Aller dans un resto de luxe qui en réalité change de cuisto et de serveurs toutes les semaines, cause turn-over, qui utilise des produits dont on n'est jamais trop sûr s'ils vont être livrés cette semaine ou pas? Ça doit être un sacré bordel, ce resto de luxe.
Acheter une plus belle voiture? Ah ben non, on n'arrive plus à la concevoir, parce que le designer bosse pas ce mois-ci, l'ingé moteur vient d'arriver alors que son prédécesseur pense à partir vers la qualité en prod, ça a l'air bien la qualité en prod ; il n'y a plus de chef de projet, le dernier a décidé que c'était devenu beaucoup trop chiant de gérer un projet dans lequel il est impossible de garantir une quelconque date, objectif, ni même le feu vert sur le budget. Il est parti bosser sur un projet perso dans un fab-lab.
Il pourra toujours aller en vacances. Le prochain vol… ah, on ne sait pas, ça dépend quand on aura les contrôleurs aériens en phase au départ et à la destination ainsi que le personnel de bord, tous en même temps.
C'est malheureux à dire, mais je pense, moi, que si on élimine trop de contrainte sur les humains, ils deviendront peu fiables dans l'ensemble.
Ça serait bien d'ailleurs de faire des stats sur les gagnants du loto qui continuent à bosser comme avant. Même si le modèle RU ne prévoit pas qu'on soit riche, il prévoit (au moins dans le cas que tu décris) qu'on n'ait pas besoin de travailler. Ça donnerait une idée.
Je rajoute ça avant de poster:
Un autre exemple vient de me frapper (rassure-toi, il ne m'a pas fait mal):
Dans Wall-E, les humains vivent sur un magnifique vaisseau de luxe complètement géré par des machines. Complètement? Non, il reste le capitaine, qui est le dernier à bosser, capitaine de père en fils d'ailleurs.
On peut supposer que c'est la seule personne du vaisseau capable de résoudre un problème qui nécessite une intervention humaine. Est-il privilégié ou inférieur aux autres? C'est le seul qui bosse, et s'il s'arrête, tout s'arrête, y compris pour lui-même! Sacré exemple de castes sociales…
Quelle statut les "volontaires" qui gagneront plus et qui seront les rares personnes capables de réparer le système recevront-ils par les gens qui ne le peuvent pas? Piédestal, ou chaînes? Je parierais sur chaînes…
[^] # Re: Pourquoi se limiter au développement de logiciels libres ?
Posté par Maclag . En réponse au journal Et pourquoi pas un status : "Développeur Open Source" financé par l'état ?. Évalué à 4.
Ça ne marchera pas:
Soit il existe une contrainte pour toutes les activités qui ont besoin d'un suivi, soit tout est automatisé et on peut laisser des robots se démerder complètement (et on n'y est pas, mais alors pas du tout!), mais ça veut dire que le jour où les robots s'arrêtent, la civilisation s'arrête!
-Ton exemple des poubelles:
Tu crois que tu peux, aujourd'hui, te pointer au dépôt de camions et être opérationnel de suite? Il faut au moins que vous soyez plusieurs, et organisés, formés!
Si on y met des robots, ce sera encore pire: il faudra des gens qualifiés pour palier aux problèmes techniques rencontrés par les robots. Tu es de moins en moins qualifié. Tu es prêt à te consacrer un peu à ça? Non, ton idée c'est tu y vas quand ça te chante.
-Partager les voitures:
Qui a construit ta voiture? Il faut du monde, très formé, et des gens qui bossent tous en même temps, avec du matériel de pointe. Tout ça sera en état de marche pour faire des campagnes de production de 1000 voitures avant qu'on arrête tout jusqu'à la prochaine campagne, parce que "plus de marché"? Comment tu organises les campagnes, d'ailleurs, tu lances un appel pour que les autres daignent venir, alors qu'ils ont peu de contraintes?
Et de même: avec une usine automatisée, tu as besoin de moins de gens, mais des gens plus qualifiés et souvent très spécialisés. Quand on voit la difficulté que peuvent rencontrer les RH pour trouver certains profils alors que travailler est nécessaire aujourd'hui, j'imagine ce que ce sera quand la pression sera moindre et que tu demanderas que tout le monde soit là en même temps avec comme seule perspective un "bonus", même gros.
-Matos informatique:
Une usine de semiconducteurs doit rester active 24/24, sinon tu as une montagne de merdes. C'est même une blague récurrente dans le milieu:
"La maintenance annuelle de 2 jours durera comme d'habitude 2 semaines: 2 jours pour la maintenance, 12 jours pour remettre en route les machines qui n'ont pas supporté l'arrêt-redémarrage".
Si on est tous sur la base du "je vais bosser quand j'ai besoin d'un truc en plus", qui va rester de nuit dans l'usine? Encore une fois, il faut du monde, et des gens qualifiés et spécialisés. Certaines usines ont déjà du mal aujourd'hui à trouver les profils dont elles ont absolument besoin aujourd'hui.
Et je ne parle pas de l'implication de tout faire tourner 24/24 pour la chaîne amont: consommables, énergie, eau, etc. Tout ça doit pouvoir tourner aussi 24/24, sinon c'est le bordel. Tu peux garantir ça avec ton modèle?
En supposant que tout soit géré par des robots, qui gère les robots? Il faudra toujours un humain quelque part dans la chaîne, et plus il y aura de robots, plus tu pourras enterrer ton idée du mec "qui s'y connaît" qui va y consacrer quelques jours/semaines et tout remettre en état.
-Des produits mâtures exempts de bug:
J'en doute. Aujourd'hui, projets libres comme logiciels propriétaires ont des bugs, parfois gros, parfois petits. Pour les enthousiastes, la chasse au bug fait partie d'un tout motivé par la passion. Pour beaucoup, c'est parce que "le chef a dit de traquer les bugs". Avec un modèle où on travaille sur le volontariat, on peut s'attendre à un turn-over délirant, et du coup, je pense plutôt que la qualité de tout ce qu'on va faire va, d'une manière générale, descendre. Il y aura des exceptions, mais ça va descendre!
C'est une caricature, mais dans Idiocracy, on atteint un stade où plus personne ne sait comment fonctionnent la plupart des machines.
Dans ton modèle, qui saura?
Qui prendra le temps d'apprendre et dans quel but?
Être riche? Pourquoi faire?
Aller dans un resto de luxe qui en réalité change de cuisto et de serveurs toutes les semaines, cause turn-over, qui utilise des produits dont on n'est jamais trop sûr s'ils vont être livrés cette semaine ou pas? Ça doit être un sacré bordel, ce resto de luxe.
Acheter une plus belle voiture? Ah ben non, on n'arrive plus à la concevoir, parce que le designer bosse pas ce mois-ci, l'ingé moteur vient d'arriver alors que son prédécesseur pense à partir vers la qualité en prod, ça a l'air bien la qualité en prod ; il n'y a plus de chef de projet, le dernier a décidé que c'était devenu beaucoup trop chiant de gérer un projet dans lequel il est impossible de garantir une quelconque date, objectif, ni même le feu vert sur le budget. Il est parti bosser sur un projet perso dans un fab-lab.
Il pourra toujours aller en vacances. Le prochain vol… ah, on ne sait pas, ça dépend quand on aura les contrôleurs aériens en phase au départ et à la destination ainsi que le personnel de bord, tous en même temps.
C'est malheureux à dire, mais je pense, moi, que si on élimine trop de contrainte sur les humains, ils deviendront peu fiables dans l'ensemble.
Ça serait bien d'ailleurs de faire des stats sur les gagnants du loto qui continuent à bosser comme avant. Même si le modèle RU ne prévoit pas qu'on soit riche, il prévoit (au moins dans le cas que tu décris) qu'on n'ait pas besoin de travailler. Ça donnerait une idée.
Je rajoute ça avant de poster:
Un autre exemple vient de me frapper (rassure-toi, il ne m'a pas fait mal):
Dans Wall-E, les humains vivent sur un magnifique vaisseau de luxe complètement géré par des machines. Complètement? Non, il reste le capitaine, qui est le dernier à bosser, capitaine de père en fils d'ailleurs.
On peut supposer que c'est la seule personne du vaisseau capable de résoudre un problème qui nécessite une intervention humaine. Est-il privilégié ou inférieur aux autres? C'est le seul qui bosse, et s'il s'arrête, tout s'arrête, y compris pour lui-même! Sacré exemple de castes sociales…
Quelle statut les "volontaires" qui gagneront plus et qui seront les rares personnes capables de réparer le système recevront-ils par les gens qui ne le peuvent pas? Piédestal, ou chaînes? Je parierais sur chaînes…