• [^] # Re: Et sinon, le contenu ?

    Posté par . En réponse au journal Tropes vs Women : Damsel in Distress (part 2). Évalué à 10.

    Pour info. la critique sociale, et le féminisme s’appuie dessus en partie, repose sur une analyse systématique et générale, que ce soit des comportements, des représentations, c’est-à-dire l’imaginaire des gens, la façon dont il conçoivent le monde ou des relations qu’ils entretiennent entre eux.

    C’est une discipline qui peut être menée avec sérieux et rigueur, avec l’aide, notamment, de sociologues, dont c’est le métier d’avoir une méthode apte à faire une analyse propre d’une société.

    Le féminisme est loin d’être une lubie de quelques excité(e)s (on en trouve très certainement, tout comme on trouve des excité(e)s du côté des sexistes), mais repose sur une base théorique solide.

    Vous pouvez toujours trouver des contre-exemples, cela reste des contre-exemples, pas des généralités. En l’occurrence, c’est tellement caricatural qu’il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir que dans le domaine des jeux vidéos le sexisme est omniprésent et extrêmement violent. Ça a même plutôt tendance à empirer je trouve, parce que la princesse sauvée par Mario au moins c’était mignon, tandis qu’avec l’évolution de l’âge des joueurs on en vient de plus à plus à des contenus à caractère explicitement sexuels. J’irai même jusqu’à dire que Damsel in Distress ne fait qu’aligner des évidences, même s’il semble que ce ne soit pas le cas pour tout le monde… tant la situation des jeux vidéos est pathétique.

    Les gens aiment assez peu la critique sociale, et j’en fais partie, car cela correspond à se faire entendre dire nos quatre vérités, et souvent de manière brute, sans enrobage. Mais je crois aussi que ça correspond à un malentendu : par exemple, pour rester sur le féminisme, nos sociétés sont profondément patriarcales (donc d’une relation de domination) ; mais c’est tellement ancré en nous qu’il est difficile de s’en débarrasser. En effet nous véhiculons tous des préjugés, ce qui est parfaitement humain ; ils nous sont transmis par notre entourage, et il est difficile de les renier. Par conséquent la critique sociale, qui va s’attaquer directement à ses préjugés, aura tendance a être prise comme une mise en accusation illégitime. Les gens se braquent contre ça parce qu’ils ne comprennent pas que leur manière d’être, leur nature profonde, qu’on ne change pas si facilement, puisse être un problème (et au passage : les femmes aussi intériorisent les préjugés dévalorisant à leur égard).

    Il faut apprendre, à ce sujet, l’humilité (surtout en tant qu’hommes quand on s’intéresse au féminisme), et savoir écouter ce qui est dit. Il y aura toujours des féministes caricaturaux (les femen…), tout comme il y a des machos caricaturaux, mais il ne faut pas en prendre prétexte pour ne pas s’intéresser aux discours intelligibles.

    Et en l’occurrence le travail fait avec ces vidéos est absolument remarquable : « This project examines the tropes, plot devices and patterns most commonly associated with women in gaming from a systemic, big-picture perspective ». Je crois que vous ne vous rendez pas compte du gigantesque travail que représentent ces vidéos : il y a un nombre important d’extraits de titres et références présentées. C’est un sacré travail de recherche qui est mené. Il vous faudra trouver mieux que deux ou trois contre-exemples, malheureusement, pour appuyer vos dires.