• # Petite chanson de circonstance

    Posté par . En réponse au sondage Quel moyen de transport utilisez-vous pour vous rendre sur votre lieu de travail ?. Évalué à 3.

    Morceau de Jean Boyer de 1945, repris par Georges Brassens, puis par Les Croquants (Album Ça sent la bière) malheureusement, impossible de trouver une version sur le net de cette excellente reprise, à part cet enregistrement déguelasse.

    Pour me rendre à mon bureau, j'avais acheté une auto
    Une jolie traction avant qui filait comme le vent.
    C'était en Juillet 39, je me gonflais comme un bœuf
    Dans ma fierté de bourgeois d'avoir une voiture à moi.
    Mais vint septembre, et je pars pour la guerre.
    Huit mois plus tard, en revenant :
    Réquisition de ma onze chevaux légère
    "Nein verboten" provisoirement.

    Pour me rendre à mon bureau alors j'achète une moto
    Un joli vélomoteur faisant du quarante à l'heure.
    À cheval sur mon teuf-teuf je me gonflais comme un bœuf
    Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi.
    Elle ne consommait presque pas d'essence
    Mais presque pas, c'est encore trop.
    Voila qu'on me retire ma licence
    J'ai du revendre ma moto.

    Pour me rendre à mon bureau alors j'achète un vélo
    Un très joli tout nickelé avec une chaine et deux clefs.
    Monte sur des pneus tous neufs je me gonflais comme un bœuf
    Dans ma fierté de bourgeois d'avoir un vélo à moi.
    J'en ai eu coup sur coup une douzaine
    On me les volait périodiquement.
    Comme chacun d'eux valait le prix d'une Citroën
    Je fus ruiné très rapidement.

    Pour me rendre à mon bureau alors j'ai pris le métro
    Ça ne coute pas très cher et il y fait chaud l'hiver.
    Alma, Iéna et Marbœuf je me gonflais comme un bœuf
    Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi.
    Hélas par économie de lumière
    On a ferme bien des stations.
    Et puis ce fut, ce fut la ligne tout entière
    Qu'on supprima sans rémission.

    Pour me rendre à mon bureau j'ai mis deux bons godillots
    Et j'ai fait quatre fois par jour le trajet à pied aller-retour.
    Les Tuileries, le Pont Neuf je me gonflais comme un bœuf,
    Fier de souffrir de mes corps pour un si joli décor.
    Hélas, bientôt, je n'aurai plus de godasses,
    Le cordonnier ne ressemelle plus.
    Mais en homme prudent et perspicace
    Pour l'avenir j'ai tout prévu.

    Je vais apprendre demain à me tenir sur les mains
    J'irai pas très vite bien sur
    mais je n'userai plus de chaussures.
    Je verrai le monde de bas en haut
    c'est peut-être plus rigolo.
    Je n'y perdrai rien par surcroit:
    Il est pas drôle à l'endroit.