• [^] # Re: Remarque d'un joueur

    Posté par . En réponse au journal Warsow, le pragmatisme versus la liberté. Évalué à 2.

    Bon alors j’apprends maintenant que quand on fait des œuvres non libre, on est en faute à ton point de vue. Ça clôt carrément toute discussion.

    Tu as devant toi un partisan de la culture libre. Si tu ne t'attendais pas à en rencontrer sur ce site, pas de pot (je ne suis même pas le seul). Je ne sais pas si c'est suffisant pour clore la discussion, en général on clôt la discussion quand on n'a plus d'arguments, pas quand on est choqué par le point de vue de son adversaire.
    Donc pour reprendre ce que tu dis : quand on impose une clause copyright de non-partage ou de non-dérivation sur une œuvre culturelle, oui, on est en faute selon mon point de vue.

    Une œuvre est d'autant plus culturelle qu'elle est partagée, reprise, modifiée par la population.
    Non, non, non. Pas pour moi.

    C'est la définition même de la culture. La culture est un ensemble de références communes partagées par des individus au sein d'une population. Le partage et la modification des œuvres sont ce qui fait la culture.
    Tu peux vouloir utiliser ta propre définition de la culture, mais là on ne va plus se comprendre. Et si tu t'obstines ce sera une autre bonne raison pour clore la discussion, effectivement.

    Tu as manifestement un problème avec la propriété intellectuelle, qui est je dirais assez universellement reconnue légitime y compris par les défenseurs du libre.

    Déjà le mot lui-même n'est pas reconnu par tous, loin de là. Parle-donc de "propriété intellectuelle" à rms, tu vas te faire incendier.
    Ensuite ne mets pas tous les défenseurs du libre dans le même panier. Il y en a qui reconnaissent tous les privilèges sur les biens cognitifs tels que définis par la loi, mais ils sont rares. Il y en a qui reconnaissent le copyright, mais pas les brevets logiciels, et ils sont assez nombreux. Il y en a aussi qui reconnaissent le copyright, sans reconnaître aucun brevet, ils sont assez nombreux eux aussi. Il y en a qui reconnaissent les EULA, d'autres qui ne les reconnaissent pas. Il y en a qui jugent que seul le logiciel devrait être libre, d'autres qui jugent que l'art devrait être libre, d'autres qui jugent que l'art devrait être au moins partageable, etc. Il y en a qui jugent que le copyleft est moral, il y en a qui jugent que le copyleft est pragmatique, d'autres qui trouvent que le copyleft est une privation de liberté trop importante. Il y en a même qui utilisent des licences minimalistes, comme la WTFPL/LPRAB, la Beerware Licence ou la CC0. Et parmi les plus extrêmes, il y a ceux qui refusent le copyright dans son ensemble et même certains qui rejettent en bloc les privilèges juridiques sur les biens immatériels (mais ceux-là sont très rares).
    Je ne te dirai pas de quelle catégorie je fais partie, parce que ce n'est absolument pas le débat. Ce n'est pas mon éventuel problème avec la "propriété intellectuelle" qui te choque, c'est mon problème avec l'interdiction de modification et de partage des œuvres.

    Et que les privilèges sur les biens immatériels soient universellement reconnus comme légitimes, rien à foutre. À une époque l'esclavage était aussi universellement reconnu comme légitime, ce n'est pas un argument.

    Un auteur possède une œuvre.

    Ça ne veut rien dire "posséder une œuvre". Ces trois mots seuls ne représentent rien de concret. On peut posséder une copie d'une œuvre : si je te prends cette copie, tu ne l'as plus, la notion de possession est rattachée à une réalité physique. Mais l'œuvre elle-même, c'est quelque chose de vaste qui se définit entre autres sur l'ensemble de ses copies existantes et de ses références, et de la connaissance que l'on a de celles-ci. L'œuvre elle-même, elle est impalpable, comme une idée. On ne peut pas posséder une idée, quand on dit qu'on "a" une idée, en réalité on la partage, on ne la possède pas.
    Bref, on peut posséder des droits sur une œuvre, mais pas posséder une œuvre. Employer cette tournure, c'est comme employer le terme de "propriété intellectuelle" : le but n'est pas de nourrir le débat avec des arguments, mais de déstabiliser son adversaire avec de termes biaisés et flous, ne représentant rien de concret mais intuitivement admis comme acceptables par une majorité qui n'a pas réfléchi profondément sur le sujet.
    Si tu cherches à me faire prendre mes couilles pour des lanternes, sache que ça ne marchera pas.

    Il donne les droits qu'il veut à qui il veut, interdit la copie si il veut. Il la possède initialement et par simple acte de création, le libre est juste une façon d'utiliser ce droit.

    À aucun moment je n'ai dit le contraire. L'auteur fait ce qu'il veut, on est d'accord. Ce n'est pas pour autant que je n'ai pas le droit de critiquer sa décision.

    Penser que le monde tournerait si la propriété n'existait pas, ce n'est plus la philosophie du logiciel libre, c'est l'utopie communiste par excellence.

    T'as brandi l'épouvantail du communisme, bravo. T'as juste oublié de dire que les opposants à la propriété intellectuelle zigouillent des bébés phoques et mangent les enfants.
    Note juste que :
    - le communisme ne remet pas en cause la notion de propriété, il ne fait que la déplacer. Ce qui appartenait aux individus appartient au peuple (avec l'introduction de la notion foireuse l'État=le peuple).
    - ceux qui remettent en cause les privilèges sur des biens immatériels ne remettent pas forcément en cause la propriété sur les objets physiques. Deuxième amalgame foireux.
    - la propriété existe grosso-modo depuis que les hommes existent. Le copyright, le droit des marques et les brevets n'ont pas toujours existé, ce sont même des notions relativement modernes. Si l'absence de privilèges sur l'immatériel empêchait le monde de tourner, nous ne serions pas en train d'en parler.

    Je trouve ça tout aussi choquant qu'il s'agisse de bien matériels ou non, une œuvre après tout est le fruit d'un travail, possède une valeur (qui, d'ailleurs, dépasse parfois celle de l'argent) et est assimilable à n'importe quel bien. La propriété en est légitime. Serais-je le seul choqué ici par la naïveté de tes propos ?

    Non, tu n'es pas le seul, pas même sur linuxfr. Rien que le vocabulaire fallacieux dont tu fais usage, je l'ai rencontré plus d'une fois. Si j'ai réagi au quart de tour sur "propriété intellectuelle" et "posséder une œuvre", c'est parce que j'ai l'habitude de ce genre de pirouettes lexicales.
    Par ailleurs, serais-je le seul choqué par le fait que l'essentiel de l'argumentaire de mes adversaires sur ce genre de questions consiste à mettre dans le même panier des trucs qui n'ont rien à voir ? Regrouper copyright, droit des marques et brevets derrière le terme biaisé de "propriété intellectuelle" ? Mettre dans le même sac les anti-privateur, les anti-copyright, les anti-"PI", les anti-propriété (et les communistes, allons-y, tant qu'à faire…) ? Ne pas faire la différence entre les différents sens sous lesquels le mot valeur peut être employé, valeur travail, valeur d'usage, valeur d'échange, valeur économique, valeur morale, ainsi que ce qu'ils représentent d'un point de vue économique et sociétal ?
    Et non, une œuvre n'est pas assimilable à n'importe quel bien, je le répète, on possède une copie d'une œuvre, pas une œuvre. Ce n'est pas parce que je possède une table carrée à quatre pieds que je possède la notion de "table carrée à quatre pieds" et que je peux empêcher quiconque d'en avoir une. Le copyright/droit d'auteur reflète une notion de droits, pas une notion de possession.