Oui. Et si tu prends le code source de Linux, que tu rajoutes des « PROUT », des « B16B00B5 », des « L1nus3stunc0n » et des « eingousef » de partout, ou bien que tu fous plein de backdoors et que tu le vends ensuite, je pense que Torvalds ne sera pas très content non plus. Pourtant il ne va pas t'empêcher de le faire : si tu veux faire n'importe quoi avec du coude source, c'est ton problème, pas le sien. Ta bêtise n'est pas une condition suffisante pour refuser la liberté à tout le monde.
Sauf que
Le code linux, si y'a des « PROUT » dedans (imaginons même qu'ils sont affichés depuis le noyau à grands coups de printk à des moments un peu aléatoires), Linus Torvalds n'est pas tenu de les accepter dans le repository principal. Il faudra que la personne qui a rajouté « eingousef » propose un repository alternatif.
Le noyau Linux est en développement perpétuel. Un roman ne l'est pas. Une fois terminé, si on veut écrire une suite, on écrit un nouveau roman (je t'accorde volontiers que c'est sans doute dû au format papier, et qu'un roman numérique pourrait changer au fur et à mesure — mais bizarrement, je n'ai pas vu beaucoup de gens faire cela…).
Le public « direct » pour le noyau linux est relativement petit (en gros les gens qui bossent sur les distribs ou les geeks qui veulent essayer la toute dernière version). Le public « indirect » (qui récupère un nouveau noyau via les releases de nouvelles distribs), lui est bien plus large et vaste cependant. Et les gens qui utilisent une distrib linux sans le savoir (genre tout un tas de bornes et d'appliances) encore plus vaste.
Dans le cas d'un roman, le public est automatiquement « restreint ». Bien entendu, le roman peut avoir du succès et se vendre à millions, mais ça ne veut pas dire que ce sera le cas tout le temps (c'est même plutôt le contraire). Un roman est un produit « fini » dans 99% des cas, et la relation qu'entretient son auteur avec est bien plus étroite qu'un codeur avec un logiciel1.
Par exemple, si je change l'algo derrière un appel à sort() pour qu'il aille plus vite, le programmeur initial grognera peut-être, mais du moment que les API ne changent pas n'importe comment, il s'en remettra. Un auteur, une fois qu'il a tourné ses phrases (et je pense spécifiquement à Flaubert ici, mais pas que) et que le travail est considéré comme accompli (càd : son co-auteur, son éditeur, etc., ont déjà donné leurs commentaires, proposé des modifs, etc.), accepterait difficilement qu'on change son texte « juste comme ça parce que je le veux », qui plus est par un parfait inconnu… surtout s'il l'appelle avec le même nom.
Mes commentaires sur linuxfr, c'est pareil : ils sont sous WTFPL, tu peux les reprendre, mettre plein d'insultes ou d'arguments fallacieux dedans, tu peux même faire croire que c'est toi qui a tout écrit et que je suis un menteur
Et je peux reprendre tous tes messages, rajouter des insultes nominatives et dire que c'est toi qui a écrit le commentaire aussi ? Parce que c'est un peu ce que j'essaie d'expliquer : transformer le texte, pourquoi pas, mais il faut qu'il soit visible qu'il s'agit d'une œuvre dérivée. Je ne sais vraiment pas comment l'exprimer.
Et de façon générale, j'estime que mes messages sur linuxfr n'ont pas de prétention artistique. Je suppose que les tiens non plus. Le problème est dès lors un peu différent selon moi.
Qui te dit que Flaubert ne se sentirait pas blessé de voir que tu fais mater des soap opera à sa Madame Bovary ? Ce qui te semble acceptable moralement dans le contexte culturel actuel ne l'est pas forcément pour tout le monde, et encore moins dans d'autres contextes culturels.
Il pourrait se sentir trahi et tout ce que tu veux. Ça en ferait malgré tout une œuvre dérivée, qui assume complètement d'où elle tire sa trame principale. C'est ce que j'essayais de dire : je crois profondément, comme V. Hugo qu'une œuvre, une fois publiée, appartient bien au genre humain. Ça ne veut pas dire qu'on peut faire n'importe quoi avec. On devrait pouvoir la partager, la copier, etc., mais effectivement, j'estime que faire des modifs brutales au coupe-coupe, sans l'accord de l'auteur, c'est un manque de respect. Au bout d'un certain temps (pour la musique, RMS propose 10 ans), il faudrait que l'œuvre soit élevée dans le domaine public, histoire que n'importe qui puisse en faire ce qu'il veut, mais ça ne veut pas dire qu'il faut laisser une œuvre nouvelle se faire cannibaliser directement dès qu'elle sort. Bref ce que j'essaie de dire, c'est un logiciel libre est quelque part par essence collaboratif. Une œuvre d'art peut être collaborative, mais très souvent ce ne sera pas le cas pour tout un tas de raisons qu'il me serait fastidieux de (ré)expliquer ici.
À part ça je ne sais pas vraiment à quelle partie de mon commentaire tu répondais.
J'avoue que je ne suis pas sûr que je répondais à une partie précise. :) Je crois que j'essayais de contre-argumenter sur le côté « culture libre pour tous les médias ». Je pense qu'il y a définitivement une place pour eux. Mais ce dont tu parles par exemple (les memes 4chan ou autres, etc.) sont des modifications superficielles avec itérations en utilisant un support identique pendant une période donnée (et ensuite, on change de support de base, parce que c'est déjà has-been). Je ne nie pas la valeur culturelle globale de ces modifs/ajouts. Par contre, j'affirme que sa nature est différente de celle d'un roman, d'un film, ou d'un morceau de musique — même si on parle de Jordy chantant qu'il a 4 ans et qu'il est petit.
Il me semble (je peux me tromper) que les « cultures libres » dont tu parles plus haut se font beaucoup dans l'éphémère et l'instantané. Ce n'est pas le cas de toutes les œuvres artistiques qu'on peut trouver de par le monde.
[1] Je sais que ce n'est pas tout à fait vrai, mais le côté « émotionnel » entre un programmeur et son code et entre un écrivain et son roman n'ont strictement rien à voir en intensité.
[^] # Re: Art mort et digressions
Posté par lasher . En réponse au journal Warsow, le pragmatisme versus la liberté. Évalué à 3.
Sauf que
Par exemple, si je change l'algo derrière un appel à
sort()pour qu'il aille plus vite, le programmeur initial grognera peut-être, mais du moment que les API ne changent pas n'importe comment, il s'en remettra. Un auteur, une fois qu'il a tourné ses phrases (et je pense spécifiquement à Flaubert ici, mais pas que) et que le travail est considéré comme accompli (càd : son co-auteur, son éditeur, etc., ont déjà donné leurs commentaires, proposé des modifs, etc.), accepterait difficilement qu'on change son texte « juste comme ça parce que je le veux », qui plus est par un parfait inconnu… surtout s'il l'appelle avec le même nom.Et je peux reprendre tous tes messages, rajouter des insultes nominatives et dire que c'est toi qui a écrit le commentaire aussi ? Parce que c'est un peu ce que j'essaie d'expliquer : transformer le texte, pourquoi pas, mais il faut qu'il soit visible qu'il s'agit d'une œuvre dérivée. Je ne sais vraiment pas comment l'exprimer.
Et de façon générale, j'estime que mes messages sur linuxfr n'ont pas de prétention artistique. Je suppose que les tiens non plus. Le problème est dès lors un peu différent selon moi.
Il pourrait se sentir trahi et tout ce que tu veux. Ça en ferait malgré tout une œuvre dérivée, qui assume complètement d'où elle tire sa trame principale. C'est ce que j'essayais de dire : je crois profondément, comme V. Hugo qu'une œuvre, une fois publiée, appartient bien au genre humain. Ça ne veut pas dire qu'on peut faire n'importe quoi avec. On devrait pouvoir la partager, la copier, etc., mais effectivement, j'estime que faire des modifs brutales au coupe-coupe, sans l'accord de l'auteur, c'est un manque de respect. Au bout d'un certain temps (pour la musique, RMS propose 10 ans), il faudrait que l'œuvre soit élevée dans le domaine public, histoire que n'importe qui puisse en faire ce qu'il veut, mais ça ne veut pas dire qu'il faut laisser une œuvre nouvelle se faire cannibaliser directement dès qu'elle sort. Bref ce que j'essaie de dire, c'est un logiciel libre est quelque part par essence collaboratif. Une œuvre d'art peut être collaborative, mais très souvent ce ne sera pas le cas pour tout un tas de raisons qu'il me serait fastidieux de (ré)expliquer ici.
J'avoue que je ne suis pas sûr que je répondais à une partie précise. :) Je crois que j'essayais de contre-argumenter sur le côté « culture libre pour tous les médias ». Je pense qu'il y a définitivement une place pour eux. Mais ce dont tu parles par exemple (les memes 4chan ou autres, etc.) sont des modifications superficielles avec itérations en utilisant un support identique pendant une période donnée (et ensuite, on change de support de base, parce que c'est déjà has-been). Je ne nie pas la valeur culturelle globale de ces modifs/ajouts. Par contre, j'affirme que sa nature est différente de celle d'un roman, d'un film, ou d'un morceau de musique — même si on parle de Jordy chantant qu'il a 4 ans et qu'il est petit.
Il me semble (je peux me tromper) que les « cultures libres » dont tu parles plus haut se font beaucoup dans l'éphémère et l'instantané. Ce n'est pas le cas de toutes les œuvres artistiques qu'on peut trouver de par le monde.
[1] Je sais que ce n'est pas tout à fait vrai, mais le côté « émotionnel » entre un programmeur et son code et entre un écrivain et son roman n'ont strictement rien à voir en intensité.