Pourtant l'empathie, comme les sentiments, sont variables. Si jamais on finit par avoir de l'empathie pour ces pauvres nazis qui n'ont pas pu réaliser leur idéal alors que finalement il n'était pas si idiot que ça de vouloir améliorer le genre humain (ironie inside, mais comme le pensent certains néonazis toutefois ! ), on les réhabilitera.
L’empathie n’est, à mon sens, pas suffisante pour adhérer ou rejeter un programme politique (ce qui n’empêche pas de la prendre en considération dans nos décisions politiques).
L’empathie c’est la projection de soi dans les sentiments supposés de l’autre, un pilier essentiel donc pour la reconnaissance de l’autre comme un alter-ego. Sans cette reconnaissance, on ne se poserait pas plus de question dans le massacre d'êtres humains que pour le cas d’insectes ou même le fait de découper des pierres. Dans un documentaire animalier que j’ai récemment vu, des scientifiques on fait couler du béton dans une fourmilière pour pouvoir déterrer et étudier l’architecture de leur cité. Le documentaire ne relevé pas un seul mot sur l’éthique d’un tel « génocide » à des fins scientifiques, et certainement la plupart des téléspectateurs ne seront pas traversé par cette question. Imaginons un projet visant à immortaliser (pour des raisons scientifiques et historiques) une citée humaine en la submergeant de lave, façon Pompéi, volontairement. À n’en point douter, le téléspectateur serait autrement ému par le génocide.
D’un point de vue « humaniste », il est certainement impératif d’avoir de l’empathie pour les nazis, dans le sens ou fasse à la négation de l’être humain, la difficile solution constructive est de reconnaître l’humanité même à nos congénères qui nous inspire le plus d’abjection. Il faut mettre hors d’état de nuire le nazi, assurément, mais en trouvant la force de dépasser la haine et le désir de destruction auquel il a lui même totalement cédé. Il ne s’agit pas de tolérer les projets comme le nazisme, il s’agit de ne pas déshumaniser le nazi, ce qui en un sens appuierait les fondements de sa doctrine.
Il faut une condamnation qui se base sur du solide, sur quelque chose d'objectif, il faut que le nazisme soit condamné dans toutes les époques et quels que soient les sentiments.
Il n’y a pas de « chose objective » accessible à l’être humain. Il n’y a que les modèles plus ou moins réutilisables pour des circonstances sans cesses changeantes, que nous élaborons à partir de nos perceptions toutes subjectives.
Tu ne peux pas condamner le nazisme sans faire appel à l’empathie. La logique (prise seule) est impuissante à rejeter la haine et le désir de destruction. Un crédo logique comme « ne fait pas à l’autre ce que tu n’aimerais pas qu’il te fasse » est un guide solide pour nos décisions éthiques, mais il n’indique pas ce qu’il faut considérer comme « l’autre ». Le nazisme n’est pas rendu possible par un rejet de la logique, mais par un rejet de l’humanité d’une partie de la population (et d’autres facteurs sociaux-économiques, évidemment). Les nazis étaient loin d’être dénué de sens logique et organisationnel, les massacres commis en témoignent, une logistique dont l’excellence n’a d’égal que l’immondisme.
À mon humble avis, si par fondement solide tu entends quelque chose qui a attrait à un modèle logique « intemporel » seul, tu fais fausse route. Bien sûr la logique nous est indispensable en tant que système d’inférence, mais les prémisses dont nous nous équiperons seront arbitraires, ou tout du moins ne saurait être donnés par la logique seule.
D'ailleurs c'est bien une des bases du droit : on ne doit pas condamner quelqu'un sur le sentiment général du moment.
Les origines du droit me semble difficiles à établir, dans le sens où les règles de vie en communauté plus ou moins formelle ont certainement précédés l’écriture et donc l’histoire. Tu parles de base du droit, mais le droit est une des constructions les plus empiriques qui soit, d’où le problème de ses origines.
Rien que dans le vocabulaire on ressent encore fortement l’héritage judéo-chrétien dans notre système juridique. On « condamne » un « coupable » : damnation et culpabilité. On peut adhérer à une régulation de la vie en société et pas a cette approche éminemment punitive. On peut même prendre l’angle tout à fait opposé est dire que c’est la société qui doit prendre acte de la mauvaise éducation qu’elle fourni à certains de ses citoyens qui les mènent à agir de façon néfaste envers d’autres citoyens.
Concernant Frege que je connais mal, il me semble quand même que ses écrits antisémites ne s'intègrent pas vraiment dans ses œuvres sur la logique et le langage.
Ce qu’il convient de remarquer, c’est surtout que la maîtrise de la logique ne prémunie pas de dérive comme l’antisémitisme. Et pour ses écrits antisémites, il a d’ailleurs cherché à s’appuyer sur ses compétences en logique.
De même concernant Heidegger : ce qui nous intéresse ici n’est pas tant de savoir dans quelle mesure sa philosophie pouvait s’accorder au nazisme, mais de constater qu’il ne suffit pas d’être philosophe pour aboutir à un rejet ferme et définitif du nazisme (ou de toute idéologie pouvant mener à des massacres).
Dans tous les cas, pour tous les philosophes, il faut retenir de leurs écrits ce qui est vrai et s'arrêter dès qu'ils font une erreur (et ne pas prendre en compte tout ce qui en est déduit : ça n'a aucune valeur).
C’est une vision fort naïve de la vérité que tu proposes là. Tout d’abord, sur quoi se baser pour décider de la véracité « absolue » d’un écrit ? Que faire des erreurs (contingentes à l’humain) d’interprétations du texte ? Quand bien même nous aurions l’assurance d’une interprétation isomorphe à celle de l’auteur, toute proposition n’est pas décidable.
Si l’on s’estimait effectivement capable de détecter la moindre erreur d’un écrit, il y aurait pas franchement d’intérêt à lire aucun texte de philosophie.
[^] # Re: Une loi ne fait pas le printemps...
Posté par psychoslave__ (site web personnel) . En réponse au journal "droit au mariage à tous les couples sans distinction de sexe ni de genre". Évalué à 1.
L’empathie n’est, à mon sens, pas suffisante pour adhérer ou rejeter un programme politique (ce qui n’empêche pas de la prendre en considération dans nos décisions politiques).
L’empathie c’est la projection de soi dans les sentiments supposés de l’autre, un pilier essentiel donc pour la reconnaissance de l’autre comme un alter-ego. Sans cette reconnaissance, on ne se poserait pas plus de question dans le massacre d'êtres humains que pour le cas d’insectes ou même le fait de découper des pierres. Dans un documentaire animalier que j’ai récemment vu, des scientifiques on fait couler du béton dans une fourmilière pour pouvoir déterrer et étudier l’architecture de leur cité. Le documentaire ne relevé pas un seul mot sur l’éthique d’un tel « génocide » à des fins scientifiques, et certainement la plupart des téléspectateurs ne seront pas traversé par cette question. Imaginons un projet visant à immortaliser (pour des raisons scientifiques et historiques) une citée humaine en la submergeant de lave, façon Pompéi, volontairement. À n’en point douter, le téléspectateur serait autrement ému par le génocide.
D’un point de vue « humaniste », il est certainement impératif d’avoir de l’empathie pour les nazis, dans le sens ou fasse à la négation de l’être humain, la difficile solution constructive est de reconnaître l’humanité même à nos congénères qui nous inspire le plus d’abjection. Il faut mettre hors d’état de nuire le nazi, assurément, mais en trouvant la force de dépasser la haine et le désir de destruction auquel il a lui même totalement cédé. Il ne s’agit pas de tolérer les projets comme le nazisme, il s’agit de ne pas déshumaniser le nazi, ce qui en un sens appuierait les fondements de sa doctrine.
Il n’y a pas de « chose objective » accessible à l’être humain. Il n’y a que les modèles plus ou moins réutilisables pour des circonstances sans cesses changeantes, que nous élaborons à partir de nos perceptions toutes subjectives.
Tu ne peux pas condamner le nazisme sans faire appel à l’empathie. La logique (prise seule) est impuissante à rejeter la haine et le désir de destruction. Un crédo logique comme « ne fait pas à l’autre ce que tu n’aimerais pas qu’il te fasse » est un guide solide pour nos décisions éthiques, mais il n’indique pas ce qu’il faut considérer comme « l’autre ». Le nazisme n’est pas rendu possible par un rejet de la logique, mais par un rejet de l’humanité d’une partie de la population (et d’autres facteurs sociaux-économiques, évidemment). Les nazis étaient loin d’être dénué de sens logique et organisationnel, les massacres commis en témoignent, une logistique dont l’excellence n’a d’égal que l’immondisme.
À mon humble avis, si par fondement solide tu entends quelque chose qui a attrait à un modèle logique « intemporel » seul, tu fais fausse route. Bien sûr la logique nous est indispensable en tant que système d’inférence, mais les prémisses dont nous nous équiperons seront arbitraires, ou tout du moins ne saurait être donnés par la logique seule.
Les origines du droit me semble difficiles à établir, dans le sens où les règles de vie en communauté plus ou moins formelle ont certainement précédés l’écriture et donc l’histoire. Tu parles de base du droit, mais le droit est une des constructions les plus empiriques qui soit, d’où le problème de ses origines.
Rien que dans le vocabulaire on ressent encore fortement l’héritage judéo-chrétien dans notre système juridique. On « condamne » un « coupable » : damnation et culpabilité. On peut adhérer à une régulation de la vie en société et pas a cette approche éminemment punitive. On peut même prendre l’angle tout à fait opposé est dire que c’est la société qui doit prendre acte de la mauvaise éducation qu’elle fourni à certains de ses citoyens qui les mènent à agir de façon néfaste envers d’autres citoyens.
Ce qu’il convient de remarquer, c’est surtout que la maîtrise de la logique ne prémunie pas de dérive comme l’antisémitisme. Et pour ses écrits antisémites, il a d’ailleurs cherché à s’appuyer sur ses compétences en logique.
De même concernant Heidegger : ce qui nous intéresse ici n’est pas tant de savoir dans quelle mesure sa philosophie pouvait s’accorder au nazisme, mais de constater qu’il ne suffit pas d’être philosophe pour aboutir à un rejet ferme et définitif du nazisme (ou de toute idéologie pouvant mener à des massacres).
C’est une vision fort naïve de la vérité que tu proposes là. Tout d’abord, sur quoi se baser pour décider de la véracité « absolue » d’un écrit ? Que faire des erreurs (contingentes à l’humain) d’interprétations du texte ? Quand bien même nous aurions l’assurance d’une interprétation isomorphe à celle de l’auteur, toute proposition n’est pas décidable.
Si l’on s’estimait effectivement capable de détecter la moindre erreur d’un écrit, il y aurait pas franchement d’intérêt à lire aucun texte de philosophie.