Je maintiens : ça n'a rien à voir. Mon commentaire était peut-être succinct, mais le KISS est un principe de minimalisme (appliqué à la conception d'artefacts), alors que le rasoir d'Occam est un principe de parcimonie (adapté à la conception de modèles explicatifs). Le rasoir d'Occam est un axiome de la logique scientifique, il ne peut pas être remis en cause. Le KISS est un concept de design vaguement fumeux, qui utilise la notion de "simplicité" sans vraiment la définir, et il peut évidemment être remis en cause—c'est un choix, une convention de développement.
Le seul point commun entre les deux repose sur l'idée qu'un système simple est plus élégant et plus facile à manipuler (en gros, ça exclut certains concepts artistiques), mais ça s'arrête là. L'assimilation du KISS avec le rasoir d'Occam est trompeuse, car elle pourrait faire croire que, par exemple, les choix de développement de Gnome sont plus rationnels que ceux de KDE, ce qui est profondément stupide.
En particulier, on peut très bien défendre le point de vue que l'ergonomie d'un artefact se doit d'être intuitive, et pas simple. Parfois, une interface simple est intuitive, mais souvent, elle ne l'est pas. Un bon exemple est celui du volant pour diriger un véhicule. Étonamment, c'est assez intuitif de tourner le volant pour tourner les roues, mais le dispositif mécanique sous-jacent est terriblement complexe, et nécessite de transformer un mouvement circulaire en mouvement linéaire grâce à une crémaillère. Clairement, ce n'est pas KISS du tout. Un autre exemple, plus près de l'informatique, est la pratique assez étrange d'allumer un ordinateur grâce à un interrupteur, et de l'éteindre de manière purement "informatique". Ça a l'air assez intuitif pourtant, même les grand-mères trouvent "normal" de ne pas utiliser le même bouton pour allumer et éteindre un ordinateur, mais là encore, ça n'est pas KISS : le principe du KISS demanderait qu'il y ait une unique interface, et que la seule manière d'éteindre un ordinateur serait d'appuyer sur le même interrupteur que pour l'allumer.
Le rasoir d'Occam consiste à préférer une explication simple à une explication complexe. Par exemple, je clique sur "éteindre mon ordinateur", et l'ordinateur s'éteint. On peut se demander si mon action a entrainé l'extinction de l'ordinateur, ou s'il s'est éteint parce qu'il y a eu une panne d'électricité au même moment. Si je n'ai pas moyen de répliquer l'expérience, le rasoir d'Occam impose de choisir la première solution, qui ne fait pas intervenir de cause extérieure (la panne d'électricité). La rasoir est un critère de décision, il ne précise rien quant au design d'une interface.
D'ailleurs, il y a des cas où le KISS et le rasoir d'Occam sont en contradiction dans la construction d'un modèle. Par exemple, un pot de fleur tombe de ma fenêtre, et 2 secondes plus tard, je l'entends se briser par terre. À la question "à quelle distance du sol le pot était-il 1 seconde après le début de sa chute", le KISS et le rasoir d'Occam imposent deux résultats différents. Le KISS impose un modèle simple, probablement un modèle linéaire. Occam impose un modèle avec le moins de causes possibles, typiquement, un modèle d'accélération constante sans frottement. On voit bien que la diminution du nombre de causes ne mène pas nécessairement à un modèle plus simple.
[^] # Re: KISS
Posté par arnaudus . En réponse au journal Mon point de vue sur Archlinux. Évalué à 10.
Je maintiens : ça n'a rien à voir. Mon commentaire était peut-être succinct, mais le KISS est un principe de minimalisme (appliqué à la conception d'artefacts), alors que le rasoir d'Occam est un principe de parcimonie (adapté à la conception de modèles explicatifs). Le rasoir d'Occam est un axiome de la logique scientifique, il ne peut pas être remis en cause. Le KISS est un concept de design vaguement fumeux, qui utilise la notion de "simplicité" sans vraiment la définir, et il peut évidemment être remis en cause—c'est un choix, une convention de développement.
Le seul point commun entre les deux repose sur l'idée qu'un système simple est plus élégant et plus facile à manipuler (en gros, ça exclut certains concepts artistiques), mais ça s'arrête là. L'assimilation du KISS avec le rasoir d'Occam est trompeuse, car elle pourrait faire croire que, par exemple, les choix de développement de Gnome sont plus rationnels que ceux de KDE, ce qui est profondément stupide.
En particulier, on peut très bien défendre le point de vue que l'ergonomie d'un artefact se doit d'être intuitive, et pas simple. Parfois, une interface simple est intuitive, mais souvent, elle ne l'est pas. Un bon exemple est celui du volant pour diriger un véhicule. Étonamment, c'est assez intuitif de tourner le volant pour tourner les roues, mais le dispositif mécanique sous-jacent est terriblement complexe, et nécessite de transformer un mouvement circulaire en mouvement linéaire grâce à une crémaillère. Clairement, ce n'est pas KISS du tout. Un autre exemple, plus près de l'informatique, est la pratique assez étrange d'allumer un ordinateur grâce à un interrupteur, et de l'éteindre de manière purement "informatique". Ça a l'air assez intuitif pourtant, même les grand-mères trouvent "normal" de ne pas utiliser le même bouton pour allumer et éteindre un ordinateur, mais là encore, ça n'est pas KISS : le principe du KISS demanderait qu'il y ait une unique interface, et que la seule manière d'éteindre un ordinateur serait d'appuyer sur le même interrupteur que pour l'allumer.
Le rasoir d'Occam consiste à préférer une explication simple à une explication complexe. Par exemple, je clique sur "éteindre mon ordinateur", et l'ordinateur s'éteint. On peut se demander si mon action a entrainé l'extinction de l'ordinateur, ou s'il s'est éteint parce qu'il y a eu une panne d'électricité au même moment. Si je n'ai pas moyen de répliquer l'expérience, le rasoir d'Occam impose de choisir la première solution, qui ne fait pas intervenir de cause extérieure (la panne d'électricité). La rasoir est un critère de décision, il ne précise rien quant au design d'une interface.
D'ailleurs, il y a des cas où le KISS et le rasoir d'Occam sont en contradiction dans la construction d'un modèle. Par exemple, un pot de fleur tombe de ma fenêtre, et 2 secondes plus tard, je l'entends se briser par terre. À la question "à quelle distance du sol le pot était-il 1 seconde après le début de sa chute", le KISS et le rasoir d'Occam imposent deux résultats différents. Le KISS impose un modèle simple, probablement un modèle linéaire. Occam impose un modèle avec le moins de causes possibles, typiquement, un modèle d'accélération constante sans frottement. On voit bien que la diminution du nombre de causes ne mène pas nécessairement à un modèle plus simple.