• [^] # Re: Morceaux choisis

    Posté par . En réponse au journal Facebook détruit-il internet?. Évalué à 9.

    Enfin, le fait de laisser la parole sur facebook, "même aux gens qui n'ont rien à dire", là où Facebook marque des points sévèrement par rapport aux autres services, c'est parce que :
    - en tant que source d'information tu peux tout partager d'une manière centralisée (dans le sens tu vas à UN endroit et tu partages tout : planning, photos, commentaires, etc)
    - en tant que récepteur d'information tu peux tout recevoir d'une manière centralisée (dans le sens tu vas à UN endroit pour trouver les photos de Bernard, les états d'âmes de Céline, l'organisation du week-end en Ardèche, les photos du mariage de Gégé, etc, etc).

    Ce qui attire les gens c'est la centralisation. Pas la centralisation technique - ça ils s'en carrent, mais la centralisation des réponses à LEURS attentes.

    C'est un point pertinent, qui pourrait s'appliquer au web en général. L'utilisateur lambda fait tout par le web parce qu'il trouve ça plus pratique. Il ouvre un navigateur, et hop, il va lire un truc sur un blog. Quand il trouve le blog intéressant, il s'abonne aux flux RSS, avec un truc genre Google Reader, passe de ses flux RSS au reste de sa navigation à coups de clics et d'onglets. Quand il a envie de répondre, il reste dans son navigateur, dépose un commentaire, toujours via le web. Si il veut envoyer un mail à l'auteur, il va cliquer sur le lien "mailto:" et se retrouver sur son interface GMail, avec toutes ses conversations électroniques. L'auteur lui enverra une réponse avec un lien dedans, il n'aura qu'à cliquer dessus et hop, il se retrouvera sur la page voulue, laquelle contiendra une vidéo embarquée avec du Flash ou du HTML5, il lira la vidéo sans quitter son navigateur ni faire appel à une application standalone.
    Facebook, c'est encore plus simple, tu peux faire tout ça avec un seul onglet. En fait les onglets sont dans le site. Tout est à portée de clic dans une seule et même fenêtre. Pour le non-geek, c'est le summum du confort.

    L'usage normal du net est à l'opposé de ça. L'usage normal du net, c'est une application pour un protocole, un protocole pour un usage. Quand on clique sur un lien "mailto:", c'est un client mail de bureau qui doit s'ouvrir. Le tout en ralentissant l'ordinateur, en ouvrant une nouvelle fenêtre, en gênant l'utilisateur. Le non-geek va trouver cela très inconfortable. Pour le reste, idem, l'idéal, c'est une appli pour un usage : une pour naviguer, une pour discuter en public, une pour discuter en privé, une pour discuter instantanément, une pour faire ses courses, une pour gérer ses comptes, une pour éditer des documents à plusieurs, une pour visualiser ses photos, une pour regarder des vidéos, etc.

    Simplement, si je parle d'une vidéo sur mon blog ou dans un fil de discussion, que je dis : "trouvez-la ici" et que je donne ensuite un lien "ftp:", "e2dk:" ou "magnet:", l'utilisateur lambda va râler. Du genre : "Tu fais chier, tu m'obliges à ouvrir un logiciel pour télécharger la vidéo, un autre pour la lire, alors que j'ai déjà 30 onglets d'ouverts, que mes logiciels mettent des plombes à se lancer et qu'ils me poppent-up à la figure au moment où je m'y attends le moins, tu peux pas mettre l'"embedded player" de Youtruc plutôt ?".

    Maintenant il ne faut pas croire que le problème est irrésoluble. En informatique, on peut toujours à trouver des solutions aux problèmes sans être obligé de tout casser les règles qu'on avait définies avant. Quand on veut que les gens utilisent une application pour un usage plutôt qu'une fenêtre de browser dans laquelle il y a tout, en fait on cherche tout simplement à faire revenir le bureau où il était avant. Dans l'OS, et pas dans le browser.
    Et ça c'est le boulot des développeurs d'environnements de bureau : faire en sorte que les applis soient suffisamment bien intégrées entre elles pour qu'on ne ressente pas d'inconfort si on tente d'avoir les mêmes usages sur le bureau que dans un browser.
    Que par exemple, quand je clique sur un item dans mon aggrégateur, ça ne m'ouvre pas un énième profil Firefox, mais plutôt que ça ouvre un nouvel onglet dans un profil de navigateur que j'aurais préalablement dédié à la consultation de mes flux RSS.
    Que quand je tombe sur un lien "mailto:" je sois capable de faire un clic droit dessus, d'ajouter l'adresse à l'un de mes carnet d'adresses, de choisir la boite mail avec laquelle je vais envoyer mon mail, et que cela fasse apparaître une fenêtre d'édition de mail right now, pas au bout de vingts secondes le temps que Thunderbird se lance et affiche toute ma boîte mail que je n'ai pas l'intention de lire maintenant.
    Que je sois en mesure de passer mon curseur sur n'importe quel lien que je rencontre dans n'importe quelle fenêtre de n'importe quel logiciel de mon bureau (y compris client mail, client jabber, fenêtres "About"…) et voir une bulle dans le coin en bas à gauche qui me dit sur quelle URL je clique. Pourquoi pour savoir à l'avance vers quoi me pointe une tinyurl je dois installer une extension firefox pour quand c'est sur le web, une extension pidgin pour quand c'est sur jabber, une extension de mon client IRC pour quand c'est sur IRC, etc..? Pourquoi pas une seule extension pour mon bureau ? Bref, ce qu'il faudrait, c'est remettre dans le bureau tout ce qui se fait pour des raisons idiotes dans le navigateur.

    Ce qu'il faut, ce sont des Integrated Desktop Environment. Ce sont des bureaux confortables à utiliser, et respectueux des principes de base sur lesquels le Net et les ordinateurs personnels ont été conçus. Pas des trucs pompés sur les bureaux de chez Krosoft ou Apple : on peut apporter du confort d'utilisation sans se sentir obligé de prendre l'utilisateur pour un imbécile, il faut juste lui donner les outils qu'il attend, c'est tout.
    En passant on tient là une occasion unique de rendre crédible le Linux Desktop : si il y a bien un truc qui est présent en abondance dans le libre, ce sont les Desktop Environments. En ça on a un avantage énorme sur Apple et MS : on n'est pas bloqués par des décisionnaires qui doivent se demander si tel truc est bon pour (削除) l'utilisateur (削除ここまで) le client, on essaye, on expérimente, on forke, on teste, et on conserve le meilleur. Encore faudrait-il qu'on arrête de sortir un énième projet de desktop révolutionnaire où on aura simplement recopié les bêtises de ceux pour qui la bêtise se vend bien. L'utilisateur veut un bureau confortable, pas un bureau bourré de jolis effets spéciaux à destination du marché des tablettes tactiles 12 pouces dotées d'un quad core avec six gigas de RAM.
    C'est ça qui donnera son identité à Linux, c'est ça qui fera qu'un utilisateur dira "avec Linux, je peux faire tel truc que je ne peux pas faire avec Windows ou MacOS". Parce qu'un bureau, c'est la partie émergée de l'iceberg qu'est l'OS, il est indispensable d'avoir des bureaux qui fassent leur boulot et qui le fassent bien.

    (Note : actuellement il y a des environnement intégrés qui marchent bien, notamment pour tout ce qui est en ligne de commande. TTY + Tmux + framebuffer ou les consoles graphiques avec des gestionnaires de fenêtre "tiling", c'est pas mal. Weboob qui me permet de chercher une vidéo sur Youtube et la lance avec MPlayer, c'est un vrai bonheur : une application pour chercher, une application pour lire la vidéo. C'est fluide, c'est rapide. Maintenant, ce qu'il faudrait, c'est un truc qui lance videoob quand je clique sur un lien "http://youtube.com/watch?v=" quel que soit le logiciel (ne me parlez pas d'extension firefox). Ou bien un truc, qui, quand j'affiche une page contenant une vidéo embarquée, la passe à grake, qui passe ensuite le relais à cclive et à gcap. Quoi qu'il en soit, on voit bien que les environnements les mieux intégrés sont ceux des geeks : il faudrait faire la même chose que les environnements CLI mais en graphique, avec des clics et des mouseover à la place des commandes et des raccourcis clavier, tout en conservant la cohérence dans le rôle des applications, leur intégration et le confort qui en découle.)

    (Encore une note : Les temps de latence de logiciels, je sais bien qu'on ne les réduit pas à coup de poudre verte. Mais je reste persuadé que le libre peut mieux faire de ce côté-là, dans l'absolu, mais aussi par rapport à ses concurrents. Ce qui nous amène à une nouvelle question : et si le futur "Libre Desktop" qui fera un tabac, conquerra le marché, débarrassera le monde du méchant Windoze et fera repousser les cheveux et revenir l'être aimé n'était pas GNU/Linux, mais Haiku ?)