• [^] # Re: Encore une fois...

    Posté par . En réponse à la dépêche Nouvelles technologies à l’assaut de la démocratie éthiopienne. Évalué à 9.

    D'une part je ne suis pas d'accord avec la notion selon laquelle une entreprise est définie seulement par la recherche du profit (c'est une notion que trop de gens prennent pour une définition, alors qu'il y a eu des conceptions de l'entreprise comme ayant avant tout un rôle social; nous avons choisi de voir les choses depuis l'angle du profit mais ce n'est pas une fatalité).

    France Telecom est une entreprise cotée en bourse. Elle doit donc rendre compte devant des actionnaires dont on suppose que le profit est le but. Si les actionnaires tiennent à exprimer un désir de voir une orientation différente, ils doivent le faire savoir. Je ne pense pas avoir jamais entendu parler d'une réunion d'actionnaires pendant laquelle les actionnaires ont demandé à une entreprise de refuser un marché juteux par souci d'humanisme.

    D'autre part, quoi qu'on pense de ce qu'est ou devrait être une entreprise, on peut toujours s'intéresser à l'humain derrière. Oui, l'entreprise est une personne morale, mais qu'en est-il de ses employés ? Est-ce qu'il y a des français qui bossent en france pour espionner les éthiopiens, tout comme des gens ont bossé en France sur les produits destinés à espionner les opposants lybiens ?

    Et s'il y a des employés Français qui espionnent des Ethiopiens, tu vas leur demander quoi? Qu'ils démissionnent par conviction? Parce que bien entendu, tu sais, toi, que eux sont conscients de la nature profonde de la chaine dont ils sont un maillon. Tu connais aussi leur vie et leur situation familiale, leurs antécédents professionnels. Prenons un exemple cliché: tu trouves un mec qui fait ce boulot alors qu'ils a une femme et 2 enfants à nourrir et qu'il sort tout juste de 5ans de chômage. Tu vas sérieusement aller lui demander de démissionner?
    Et un indice pour l'histoire de la chaîne et du maillon: l'esprit humain peut faire preuve d'un extraordinaire pouvoir de persuasion… sur lui-même pour éviter d'aborder les sujets sensibles. Ils auront tous une excuse dont ils seront convaincus du bienfondé:
    -si c'est pas FT/moi qui le fait, ce sera un autre
    -je ne fais que reporter des faits et gestes, ce que le gouvernement en fait, je n'en suis pas responsable tout de même!
    -si ça pose tant de problème, pourquoi on n'interdit pas à FT de faire ça? c'est bien que ça ne dérange que 5 gus dans un garage!

    Et la responsabilité individuelle du geste va se noyer dans la responsabilité collective, floue, et tellement plus facile de l'entreprise: c'est la faute du chef jusqu'à un certain niveau, puis on basculera vers "mes subordonnés m'ont mal compris!".

    Bref, au lieu de râler contre FT, si tu veux peser, il faut "tout simplement" (en fait ça va pas être simple du tout) faire interdire par l'État Français à une entreprise française d'être impliquée directement ou via ses filiales et succursales dans des activités contraire aux principes des Droits de l'Homme.