Tu raisonnes en statique, la réalité sociale est dynamique. Qu’il y ait une quantité de richesse à un instant T ne signifie pas qu’il y aura la même quantité de richesse à un instant T+1, et la quantité de richesse à l’instant T+1 dépend de la distribution à l’instant T.
Certes.
Pour schématiser très grossièrement, tu peux à l’instant T utiliser toute ta richesse pour « soulager les gens qui souffrent » et réussir, et n’avoir plus rien à T+1. Tu peux aussi accepter les souffrances à T, investir dans des outils de production histoire d’avoir deux fois plus de richesses à T+1.
La question est que doit-on faire de ces outils de production ainsi que des fruits de la production.
Parlons de légitimité également : celui qui est riche à un instant T ne l’est pas devenu par magie. Il a dû vendre. Pour vendre, il a dû produire. Pour produire, il a besoin de capital. Capital qu’il aurait put utiliser pour sa propre jouissance, mais qu’il a utilisé pour mettre en place un outil de production qui profitera à toute la société (bah oui, quand une usine de chaussures produit des milliers de chaussures, par définition c’est toute la société qui profite de ces chaussures : qu’est-ce que le patron de l’usine en aurait à faire de s’accaparer les milliers de chaussures ?) et payer des salariés. En quoi serait-il légitime de lui prendre une certaine partie des fruits de cet investissement ?
D'abord, pour Expliquer les inégales répartitions des richesses par le seul mérite de supposés producteurs est quelque peu grossier. Que l'on fasse l'impasse sur les différences naturelles ou sociales est courant. Aller jusqu'à nier l'héritage pourtant si difficilement dissociable de la propriété privée que l'on cherche ainsi à enjoliver est plus surprenant.
Ensuite, ton riche qui n'aurait pas hérité, pour vendre, ton riche n'a rien eu besoin de produire. Il a eu besoin de faire produire. Par lui peut-être, mais peut-être par quelqu'un d'autre.
Je prends ton postulat que la richesse se construit par la vente, vente qui requiert une production préalable. Pour maximiser sa richesse, il faudrait alors vendre un maximum, ce qui confirme qu'il s'agit surtout de faire produire, et non pas produire soi-même. La distinction est fondamentale.
Tu dis après que la production nécessite un capital qui n'aurait pu être utilisé que par celui qui en dispose déjà. Ce capital de départ n'est donc probablement pas tiré de la production elle-même qu'il a bien fallu amorcer. Dans ton exemple, il n'est pas fourni non plus par un investisseur car le riche « aurait put utiliser pour sa propre jouissance ». C'est ce dernier point d'ailleurs qui est souvent mis en avant pour justifier les rentes qui ne sont permises qu'à ceux qui disposent d'un capital. Ainsi le capitaliste réussit-il le tour de force de rendre l'accumulation des richesses parfaitement souhaitable car le rentier a cette qualité morale des plus haute : ne pas avoir besoin de son capital.
Ensuite, l'outil de production ne profite pas à toute la société mais seulement à son propriétaire. Si l'on remplace le produit banal que tu as à juste titre choisi, les chaussures, par un autre plus connoté, genre les armes nucléaires ; on voit que la seule existence de l'outil de production ne peut permettre à son propriétaire de se prévaloir d'une contribution mirifique à la société.
Ton vendeur de chaussures là, il démarre avec un capital, il n'y a effectivement rien de magique. Ensuite, il transforme une partie de ce capital en outils de productions. Il paye des ouvriers de telle sorte à trouver un optimum entre la préservation du capital et la production nécessaire à son grossissement. Je pourrais donc te retourner la question : « en quoi serait-il légitime de ne pas lui prendre la totalité des fruits de cet investissement, puis de le rétribuer pour son travail de vente et/ou gestion de l'entreprise, ainsi que c'est le cas pour ceux qui fabriquent directement les chaussures ? »
Parlons d’efficacité : s’il ne peut pas bénéficier des fruits de cet investissement, pourquoi ne claquerait-il pas ce capital en putes et champagne ? Si personne ne peut bénéficier d’un capital, pourquoi épargner ? Sans épargne, comment espérer pouvoir réduire la pauvreté ?
La question du capital est indissociable de son origine, et donc des sources de revenus. Même avec épargne, je ne vois pas comment espérer réduire la pauvreté. Ton exemple repose sur une assymétrie de richesse entre celui qui vend et celui qui produit, qui tend à se renforcer. Après on peut dire que les fruits de la production sont plus nombreux et que malgré tout l'ouvrier en a plus qu'avant. Ce qui n'empêche toujours pas de rétribuer les gens pour leur travail plutôt que pour leur argent dont ils n'avaient pas besoin.
[^] # Re: LO
Posté par thamieu . En réponse au journal 0,76% de moyenne nationale pour le parti pirate, déception. Évalué à 4.
Certes.
La question est que doit-on faire de ces outils de production ainsi que des fruits de la production.
D'abord, pour Expliquer les inégales répartitions des richesses par le seul mérite de supposés producteurs est quelque peu grossier. Que l'on fasse l'impasse sur les différences naturelles ou sociales est courant. Aller jusqu'à nier l'héritage pourtant si difficilement dissociable de la propriété privée que l'on cherche ainsi à enjoliver est plus surprenant.
Ensuite, ton riche qui n'aurait pas hérité, pour vendre, ton riche n'a rien eu besoin de produire. Il a eu besoin de faire produire. Par lui peut-être, mais peut-être par quelqu'un d'autre.
Je prends ton postulat que la richesse se construit par la vente, vente qui requiert une production préalable. Pour maximiser sa richesse, il faudrait alors vendre un maximum, ce qui confirme qu'il s'agit surtout de faire produire, et non pas produire soi-même. La distinction est fondamentale.
Tu dis après que la production nécessite un capital qui n'aurait pu être utilisé que par celui qui en dispose déjà. Ce capital de départ n'est donc probablement pas tiré de la production elle-même qu'il a bien fallu amorcer. Dans ton exemple, il n'est pas fourni non plus par un investisseur car le riche « aurait put utiliser pour sa propre jouissance ». C'est ce dernier point d'ailleurs qui est souvent mis en avant pour justifier les rentes qui ne sont permises qu'à ceux qui disposent d'un capital. Ainsi le capitaliste réussit-il le tour de force de rendre l'accumulation des richesses parfaitement souhaitable car le rentier a cette qualité morale des plus haute : ne pas avoir besoin de son capital.
Ensuite, l'outil de production ne profite pas à toute la société mais seulement à son propriétaire. Si l'on remplace le produit banal que tu as à juste titre choisi, les chaussures, par un autre plus connoté, genre les armes nucléaires ; on voit que la seule existence de l'outil de production ne peut permettre à son propriétaire de se prévaloir d'une contribution mirifique à la société.
Ton vendeur de chaussures là, il démarre avec un capital, il n'y a effectivement rien de magique. Ensuite, il transforme une partie de ce capital en outils de productions. Il paye des ouvriers de telle sorte à trouver un optimum entre la préservation du capital et la production nécessaire à son grossissement. Je pourrais donc te retourner la question : « en quoi serait-il légitime de ne pas lui prendre la totalité des fruits de cet investissement, puis de le rétribuer pour son travail de vente et/ou gestion de l'entreprise, ainsi que c'est le cas pour ceux qui fabriquent directement les chaussures ? »
La question du capital est indissociable de son origine, et donc des sources de revenus. Même avec épargne, je ne vois pas comment espérer réduire la pauvreté. Ton exemple repose sur une assymétrie de richesse entre celui qui vend et celui qui produit, qui tend à se renforcer. Après on peut dire que les fruits de la production sont plus nombreux et que malgré tout l'ouvrier en a plus qu'avant. Ce qui n'empêche toujours pas de rétribuer les gens pour leur travail plutôt que pour leur argent dont ils n'avaient pas besoin.