• [^] # Re: Ne pas

    Posté par . En réponse au journal Les fautes des Linuxfriens. Évalué à 2. Dernière modification le 05 mai 2012 à 18:25.

    Et pour la négation, c'est le "ne" qui porte la négation et non le "pas".

    Oui, mais la grammaire évolue. C'est comme si tu soutenais qu'il faille (qu'il fallût) continuer à accorder au passé la subordonnée au subjonctif. C'est la norme en espagnol, mais plus personne ne le fait en français, bien que la règle de la concordance des temps n'ait jamais changé. En l'occurrence il y a des tas d'études sur l'omission du « ne ». Exemple : Maîtriser la norme sociolinguistique en interlangue française: le cas de l'omission variable de ‘ne’ . Jean-Marc et Dewaele Vera Regan, French Language Studies 12 (2002), 123-148. Les auteurs cherchent à savoir comment des apprenants étrangers arrivent à maîtriser les cas où cette omission s'applique.

    Ouvre un texte du passé, une édition originale de Montaigne, Molière, Voltaire, Flaubert. Je suis personnellement fasciné par le charme désuet de la langue de Marthe Robert (éminente spécialiste de Kafka), qui rend si bien le contexte des années 1920 au cours desquelles les œuvres qu'elle traduit ont été écrites. Mais il faut être honnête, ce n'est pas ma langue ; mais cette langue me touche, parce qu'elle me renvoie à la langue de mes grands-parents (ce n'est pas que moi, c'est un phénomène). Mais pour laisser parler plus érudit que moi :

    On entreprendroit en vain de l'assujétir à une orthographe systématique , & dont les règles fondées sur des principes invariables , demeurerassent toûjours les mêmes. L'usage qui en matière de Langue , est plus fort que la raison , auroit bientôt transgressé ces loix. […] Par éxemple, quelque tems après avoir cessé de prononcer le B dans Obmettre , & le D dans Adjouter , on les a supprimez en écrivant. […] On peut garder l'ancienne sans de grans inconveniens , & les hommes faits ont de la répugnance à changer quelque chose dans celle qu'ils se sont formée dès leur première jeunesse. D'ailleurs , il leur en coûteroit une attention pénible pour être toûjours conformes aux règles d'une orthographe , qu'ils n'auroient adoptée que dans un âge avancé. Ils prennent donc le pari de conserver celle à laquelle ils sont accoûtumez ; & ils la gardent , quoique la génération qui vient après eux , en suive déja une différente. Ce n'est qu'après qu'ils ne sont plus , que les changemens donc nous parlons , & qu'ils avoient refusé d'adopter, se trouvent généralement reçûs.

    Ce texte extrait de la préface à la 3e édition du Dictionnaire de l'Académie est écrit dans une orthographe révolutionnaire, dont les audaces modernistes ont choqué les esprits chagrins. Sauras-tu dénombrer les différences de grammaire, d'orthographe, de ponctuation, de typographie et même de sémantique ? Même la virgule n'a pas le même sens qu'en français contemporain.

    Ouvre une histoire des langues romanes. Des changements bien plus radicaux se sont produits au cours des siècles passés, et se produisent encore aujourd'hui. Tu peux trouver dommage que le « ne » disparaisse, s'il servait à résoudre certaines ambigüités. Mais ce serait ignorance ou folie que de nier l'évidence.