"Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur. "
Ce qui est, à mon avis, une monumentale connerie. C'est là qu'on voit que la déclaration universelle des droits de l'homme est un document rédigé sous l'influence d'une culture et d'une morale donnée, correspondant à une époque précise et à des paradigmes bien particuliers. Les gens qui l'ont rédigée la voulaient universelle, espérons qu'ils n'étaient pas assez fous pour la vouloir intemporelle…
C'est marrant parce qu'on parle d'"intérêts moraux" et d'"intérêts matériels", comme si on pouvait regrouper ces deux choses sous un même terme, les mettre au même plan…
Pourtant les intérêts matériels, on n'a aucun problème pour se représenter ce que c'est : du pognon. C'est une valeur quasi-objective, parce que quasi-tout le monde tombe d'accord sur le fait que plus on gagne de pognon, plus c'est intéressant pour nous.
Et ce qui est marrant, c'est que l'idée derrière tout ça c'est grosso-modo :
l'auteur (ou l'ayant-droit) ne peut gagner de l'argent que par la vente de copies immatérielles
la vente de copies immatérielles ne peut pas se faire sans restreindre la multiplication de copies d'œuvres immatérielles
restreindre, dans un but pécuniaire, la multiplication de copies d'œuvres immatérielles est une activité morale
Le premier point est déjà critiquable. Nombreux sont les gens qui, malgré un accès gratuit aux œuvres, sont toujours prêts à payer pour voir leurs idoles en chair et en os sur une scène, s'asseoir dans les fauteuils confortables des salles obscures, lire une histoire sur du papier blanc qui n'abîme pas les yeux. Mais après tout, ces raisons de payer disparaîtront peut-être un jour ?… En tout cas elles seront présentes encore suffisamment longtemps pour aider le monde de l'immatériel à transiter sans douleur vers de nouvelles formes d'économie…s'il le veut bien.
Le second point se rapproche du premier…beaucoup de gens aiment payer pour une copie, alors qu'ils peuvent pirater au moins aussi facilement… mais là encore ça n'est peut-être que temporaire.
On notera aussi deux manières de restreindre la copie : par la loi et par les DRM. Vouloir restreindre un acte aussi facile et aussi naturel que la copie (oui, copier est un acte naturel dans le monde numérique) par l'épée de Damoclès du procès au-dessus de la tête de chaque individu est illusoire : le seul moyen de le faire serait soit de fliquer tout le monde dans la totalité du monde numérique (qui ne se limite pas qu'à Internet), ce qui est impossible, évidemment, soit de fliquer suffisamment de gens pour faire peur à la totalité de la population.
Vouloir restreindre la copie par les DRM est plus logique : sachant que tout ce qui est lisible est copiable, le seul moyen d'empêcher la copie est d'empêcher la lecture. Au risque de choquer tout le monde, la seule pratique des DRM ne me choque pas : la barrière technique me semble moins violente que l'entretien de la peur par la menace policière (et je préfère la "prévention" à la "guérison").
Le troisième point est soit une idée contradictoire avec la loi, soit une idée fausse. En effet, de nos jours, dans la plupart des pays occidentaux, on va considérer qu'interdire à autrui de copier est moral…pendant 70 ans. Après, ça devient immoral.
Ceci est la meilleure preuve que ce qu'on veut asséner comme vérité absolue et universelle est en réalité totalement dépendant du contexte. Suivant les époques, la limite morale, ça a été 10 ans, 30 ans, 50 ans, 70 ans…
Les intérêts moraux, c'est quelque chose de différent. Les intérêts moraux, c'est 100% subjectif.
On part du principe ici que restreindre, même sans but pécuniaire, l'utilisation de copies d'œuvres immatérielles est une activité morale.
Ça paraît parfaitement logique pour la "vieille génération" (désolé de cette généralisation, c'est pour simplifier), et totalement dénué de sens pour la "jeune génération".
Ça paraît logique parce qu'on considère que d'une part l'auteur (ou l'ayant-droit) est "propriétaire" de l'œuvre, et que par conséquent il peut en contrôler tous les usages qui en seront fait par la suite, d'autre part parce que l'expression de ces droits se fait à travers un contrat accepté par deux parties (en tant que client, je ne suis pas forcé de regarder ce flim : si le termes de contrat ne me plaisent pas, je peux le refuser).
Ça paraît dénué de sens parce que l'auteur possède des droits qui sont non-compatibles avec une réalité sociétale.
Même parmi les plus fervents défenseurs du copyright on trouve des gens pour considérer certains contrats comme illégitimes : si la quasi-totalité du matériel informatique était associé à un contrat disant : "vous n'avez pas le droit de modifier ce matériel", ils jugeraient cette clause abusive et la violeraient sans scrupule, même si d'autres pourraient juger cette clause tout à fait valable, le créateur du matériel voulant contrôler tous les usages faits de sa création.
Si des bonbonnes d'oxygène étaient vendues avec une clause "destinées à une usage personnel uniquement, c'est notre air, on peut vous attaquer en justice si vous en laissez filer dans l'atmosphère", même chose.
Ou même dans le monde culturel, on pourrait imaginer des licences interdisant le "consommateur" de parler de l'œuvre tout autour de lui sans y avoir été invité…
Quoi qu'il en soit, les "intérêts moraux" dépendent du jugement de chacun. Certains vont considérer comme immoral seulement ce qui est illégal, d'autres vont considérer comme immoral qu'on puisse utiliser des courtes citations de leurs œuvres, d'autres vont considérer comme immoral qu'on puisse partager, modifier l'œuvre et en faire commerce au-delà de 70 ans, etc.
Donner à l'auteur le droit de déterminer quel usage de son œuvre sera moral ou pas, c'est comme donner au citoyen le droit de poursuivre une personne simplement parce qu'il s'est senti insulté par celle-ci. Cela dépend totalement de notre culture, d'ailleurs j'ai appris récemment que certaines personnes pensaient que "fils de pute" (désigne la progéniture d'une femme qui offre des services sexuels pour de l'argent) est un terme bien plus insultant que "facho" (désigne quelqu'un qui considère que les êtres à 46 chromosomes ne sont pas tous égaux et qui aime bien faire régner l'ordre par la violence).
[^] # Re: Pas convaincu
Posté par gnuzer . En réponse au journal Plaidoyer pour la réforme du droit d'auteur. Évalué à 4.
Ce qui est, à mon avis, une monumentale connerie. C'est là qu'on voit que la déclaration universelle des droits de l'homme est un document rédigé sous l'influence d'une culture et d'une morale donnée, correspondant à une époque précise et à des paradigmes bien particuliers. Les gens qui l'ont rédigée la voulaient universelle, espérons qu'ils n'étaient pas assez fous pour la vouloir intemporelle…
C'est marrant parce qu'on parle d'"intérêts moraux" et d'"intérêts matériels", comme si on pouvait regrouper ces deux choses sous un même terme, les mettre au même plan…
Pourtant les intérêts matériels, on n'a aucun problème pour se représenter ce que c'est : du pognon. C'est une valeur quasi-objective, parce que quasi-tout le monde tombe d'accord sur le fait que plus on gagne de pognon, plus c'est intéressant pour nous.
Et ce qui est marrant, c'est que l'idée derrière tout ça c'est grosso-modo :
Le premier point est déjà critiquable. Nombreux sont les gens qui, malgré un accès gratuit aux œuvres, sont toujours prêts à payer pour voir leurs idoles en chair et en os sur une scène, s'asseoir dans les fauteuils confortables des salles obscures, lire une histoire sur du papier blanc qui n'abîme pas les yeux. Mais après tout, ces raisons de payer disparaîtront peut-être un jour ?… En tout cas elles seront présentes encore suffisamment longtemps pour aider le monde de l'immatériel à transiter sans douleur vers de nouvelles formes d'économie…s'il le veut bien.
Le second point se rapproche du premier…beaucoup de gens aiment payer pour une copie, alors qu'ils peuvent pirater au moins aussi facilement… mais là encore ça n'est peut-être que temporaire.
On notera aussi deux manières de restreindre la copie : par la loi et par les DRM. Vouloir restreindre un acte aussi facile et aussi naturel que la copie (oui, copier est un acte naturel dans le monde numérique) par l'épée de Damoclès du procès au-dessus de la tête de chaque individu est illusoire : le seul moyen de le faire serait soit de fliquer tout le monde dans la totalité du monde numérique (qui ne se limite pas qu'à Internet), ce qui est impossible, évidemment, soit de fliquer suffisamment de gens pour faire peur à la totalité de la population.
Vouloir restreindre la copie par les DRM est plus logique : sachant que tout ce qui est lisible est copiable, le seul moyen d'empêcher la copie est d'empêcher la lecture. Au risque de choquer tout le monde, la seule pratique des DRM ne me choque pas : la barrière technique me semble moins violente que l'entretien de la peur par la menace policière (et je préfère la "prévention" à la "guérison").
Le troisième point est soit une idée contradictoire avec la loi, soit une idée fausse. En effet, de nos jours, dans la plupart des pays occidentaux, on va considérer qu'interdire à autrui de copier est moral…pendant 70 ans. Après, ça devient immoral.
Ceci est la meilleure preuve que ce qu'on veut asséner comme vérité absolue et universelle est en réalité totalement dépendant du contexte. Suivant les époques, la limite morale, ça a été 10 ans, 30 ans, 50 ans, 70 ans…
Les intérêts moraux, c'est quelque chose de différent. Les intérêts moraux, c'est 100% subjectif.
On part du principe ici que restreindre, même sans but pécuniaire, l'utilisation de copies d'œuvres immatérielles est une activité morale.
Ça paraît parfaitement logique pour la "vieille génération" (désolé de cette généralisation, c'est pour simplifier), et totalement dénué de sens pour la "jeune génération".
Ça paraît logique parce qu'on considère que d'une part l'auteur (ou l'ayant-droit) est "propriétaire" de l'œuvre, et que par conséquent il peut en contrôler tous les usages qui en seront fait par la suite, d'autre part parce que l'expression de ces droits se fait à travers un contrat accepté par deux parties (en tant que client, je ne suis pas forcé de regarder ce flim : si le termes de contrat ne me plaisent pas, je peux le refuser).
Ça paraît dénué de sens parce que l'auteur possède des droits qui sont non-compatibles avec une réalité sociétale.
Même parmi les plus fervents défenseurs du copyright on trouve des gens pour considérer certains contrats comme illégitimes : si la quasi-totalité du matériel informatique était associé à un contrat disant : "vous n'avez pas le droit de modifier ce matériel", ils jugeraient cette clause abusive et la violeraient sans scrupule, même si d'autres pourraient juger cette clause tout à fait valable, le créateur du matériel voulant contrôler tous les usages faits de sa création.
Si des bonbonnes d'oxygène étaient vendues avec une clause "destinées à une usage personnel uniquement, c'est notre air, on peut vous attaquer en justice si vous en laissez filer dans l'atmosphère", même chose.
Ou même dans le monde culturel, on pourrait imaginer des licences interdisant le "consommateur" de parler de l'œuvre tout autour de lui sans y avoir été invité…
Quoi qu'il en soit, les "intérêts moraux" dépendent du jugement de chacun. Certains vont considérer comme immoral seulement ce qui est illégal, d'autres vont considérer comme immoral qu'on puisse utiliser des courtes citations de leurs œuvres, d'autres vont considérer comme immoral qu'on puisse partager, modifier l'œuvre et en faire commerce au-delà de 70 ans, etc.
Donner à l'auteur le droit de déterminer quel usage de son œuvre sera moral ou pas, c'est comme donner au citoyen le droit de poursuivre une personne simplement parce qu'il s'est senti insulté par celle-ci. Cela dépend totalement de notre culture, d'ailleurs j'ai appris récemment que certaines personnes pensaient que "fils de pute" (désigne la progéniture d'une femme qui offre des services sexuels pour de l'argent) est un terme bien plus insultant que "facho" (désigne quelqu'un qui considère que les êtres à 46 chromosomes ne sont pas tous égaux et qui aime bien faire régner l'ordre par la violence).