Pour ceux que cela intéresse, je me permets d'apporter quelques éléments succincts (et très simplifiés) sur ce que l'on appelle les "politiques keynésiennes", les critiques adressées à celles-ci et les nuances avec ce que Keynes a écrit lui-même.
Keynes
Keynes s'oppose aux économistes néoclassiques du 19ème siècle qui adhèrent à la loi de Say. Celle-ci postule qu'il n'existe pas de marchés désequilibrés à long terme : pas de chômage (sauf un taux résiduel qui correspond aux petites périodes entre deux emplois, entre deux statuts et aux chômeurs volontaires), pas de monopoles ou d'oligopoles, pas d'inflation, etc. Tout cela découle des hypothèses sur les agents économiques (ceux-ci connaissent l'économie et ses rouages et prennent des décisions purement rationnelles) et sur le fonctionnement des marchés.
Keynes considère lui, dans la Théorie générale que les marchés sont incapables de s'auto-réguler et que l'on est le plus souvent dans des équilibres sous-optimaux (chômage, offre supérieure à la demande sur les marchés des biens et services, etc.). Cela est dû à deux phénomènes principaux : la thésaurisation (certains agents n'emploient pas leur argent pour consommer ou investir mais laissent une partie de la monnaie sortir du système économique) et l'incertitude (on ne connaît pas le futur et on agit en fonction de prévisions personnelles).
Les politiques keynésiennes
Ce que l'on appelle les "politiques keynésiennes" sont un ensemble d'outils et de principes déduits par des héritiers de Keynes.
Ces politiques ont été formalisées entre autres par John Hicks et Alvin Hansen au sein du modèle IS/LM.
L'Etat peut influer sur les marchés par deux outils :
- la politique budgétaire : l'Etat investit et par ce fait influe sur la demande (voir le mécanisme du multiplicateur keynésien)
- la politique monétaire : l'Etat fixe le taux d'intérêt et permet une relance par le crédit
Keynes ne formule pas à proprement parler de théorie de la croissance : il raisonne essentiellement à court terme et explique comment lutter contre des crises passagères. Trente ans de déficit budgétaire, ça n'est pas très keynésien.
Les années 1950-1990
Pendant toutes les 30 Glorieuses (1945-1973), ce sont des politiques d'inspirations keynésiennes qui sont appliquées, surtout aux Etats-Unis où les économistes (à majorité keynésienne à cette époque) conseillent fortement les différents gouvernements.
On met en place un "policy mix" (politique budgétaire + politique monétaire) qui permet de faire un réglage fin de l'économie et de fixer les niveaux des différents indicateurs économiques.
Les années 70 sont marquées par deux grandes crises (73/79) qui mettent fin à la croyance d'une toute puissance des politiques keynésiennes : les gouvernements ne parviennent pas à juguler ces crises avec les politiques de relance traditionnelles qui sont devenues inefficaces.
C'est le grand retour des économistes libéraux : Milton Friedman en tête, pilier du monétarisme moderne et qui explique les crises comme causées par le keynésianisme et différents facteurs qui conduisent au dérapage de la courbe de Phillips. En résumé : l'efficacité de l'intervention de l'Etat n'est que passagère, au bout d'un certain temps les agents comprennent son impact sur l'économie et agissent en conséquence.
Pendant les 30 ans qui précèdent les crises de 73/79, les économistes étaient persuadés qu'existait une relation inverse entre chômage et inflation. Au travers d'une politique monétaire laxiste, l'Etat pouvait choisir de laisser monter l'inflation et de faire diminuer le chômage. Pour Friedman, Le déficit et la politique monétaire sont des instruments dangereux que l'Etat ne doit pas exploiter.
C'est surtout vrai pour la politique monétaire et c'est le fondement de l'objectif d'inflation faible des banques centrales contemporaines : celles-ci ne doivent pas être tentées d'appliquer une politique de relance monétaire sous peine de laisser monter l'inflation sans aucun gain pour l'économie.
Les années 80 sont marquées par le retour aux affaires des droites libérales (Reagan aux Etats-Unis et Thatcher en Grande-Bretagne), des politiques de rigueur budgétaire et monétaire.
Sur les ravages de l'ultra-libéralisme et du marché auto-régulateur, et dans la veine de Marx, je vous invite à regarder Karl Polanyi et son ouvrage La Grande Transformation.
[^] # Re: linuxfr n'est pas soumis
Posté par jelo . En réponse au journal Élection présidentielle en France. Évalué à 3.
Sommaire
Pour ceux que cela intéresse, je me permets d'apporter quelques éléments succincts (et très simplifiés) sur ce que l'on appelle les "politiques keynésiennes", les critiques adressées à celles-ci et les nuances avec ce que Keynes a écrit lui-même.
Keynes
Keynes s'oppose aux économistes néoclassiques du 19ème siècle qui adhèrent à la loi de Say. Celle-ci postule qu'il n'existe pas de marchés désequilibrés à long terme : pas de chômage (sauf un taux résiduel qui correspond aux petites périodes entre deux emplois, entre deux statuts et aux chômeurs volontaires), pas de monopoles ou d'oligopoles, pas d'inflation, etc. Tout cela découle des hypothèses sur les agents économiques (ceux-ci connaissent l'économie et ses rouages et prennent des décisions purement rationnelles) et sur le fonctionnement des marchés.
Keynes considère lui, dans la Théorie générale que les marchés sont incapables de s'auto-réguler et que l'on est le plus souvent dans des équilibres sous-optimaux (chômage, offre supérieure à la demande sur les marchés des biens et services, etc.). Cela est dû à deux phénomènes principaux : la thésaurisation (certains agents n'emploient pas leur argent pour consommer ou investir mais laissent une partie de la monnaie sortir du système économique) et l'incertitude (on ne connaît pas le futur et on agit en fonction de prévisions personnelles).
Les politiques keynésiennes
Ce que l'on appelle les "politiques keynésiennes" sont un ensemble d'outils et de principes déduits par des héritiers de Keynes.
Ces politiques ont été formalisées entre autres par John Hicks et Alvin Hansen au sein du modèle IS/LM.
L'Etat peut influer sur les marchés par deux outils :
- la politique budgétaire : l'Etat investit et par ce fait influe sur la demande (voir le mécanisme du multiplicateur keynésien)
- la politique monétaire : l'Etat fixe le taux d'intérêt et permet une relance par le crédit
Keynes ne formule pas à proprement parler de théorie de la croissance : il raisonne essentiellement à court terme et explique comment lutter contre des crises passagères. Trente ans de déficit budgétaire, ça n'est pas très keynésien.
Les années 1950-1990
Pendant toutes les 30 Glorieuses (1945-1973), ce sont des politiques d'inspirations keynésiennes qui sont appliquées, surtout aux Etats-Unis où les économistes (à majorité keynésienne à cette époque) conseillent fortement les différents gouvernements.
On met en place un "policy mix" (politique budgétaire + politique monétaire) qui permet de faire un réglage fin de l'économie et de fixer les niveaux des différents indicateurs économiques.
Les années 70 sont marquées par deux grandes crises (73/79) qui mettent fin à la croyance d'une toute puissance des politiques keynésiennes : les gouvernements ne parviennent pas à juguler ces crises avec les politiques de relance traditionnelles qui sont devenues inefficaces.
C'est le grand retour des économistes libéraux : Milton Friedman en tête, pilier du monétarisme moderne et qui explique les crises comme causées par le keynésianisme et différents facteurs qui conduisent au dérapage de la courbe de Phillips. En résumé : l'efficacité de l'intervention de l'Etat n'est que passagère, au bout d'un certain temps les agents comprennent son impact sur l'économie et agissent en conséquence.
Pendant les 30 ans qui précèdent les crises de 73/79, les économistes étaient persuadés qu'existait une relation inverse entre chômage et inflation. Au travers d'une politique monétaire laxiste, l'Etat pouvait choisir de laisser monter l'inflation et de faire diminuer le chômage. Pour Friedman, Le déficit et la politique monétaire sont des instruments dangereux que l'Etat ne doit pas exploiter.
C'est surtout vrai pour la politique monétaire et c'est le fondement de l'objectif d'inflation faible des banques centrales contemporaines : celles-ci ne doivent pas être tentées d'appliquer une politique de relance monétaire sous peine de laisser monter l'inflation sans aucun gain pour l'économie.
Les années 80 sont marquées par le retour aux affaires des droites libérales (Reagan aux Etats-Unis et Thatcher en Grande-Bretagne), des politiques de rigueur budgétaire et monétaire.
Sur les ravages de l'ultra-libéralisme et du marché auto-régulateur, et dans la veine de Marx, je vous invite à regarder Karl Polanyi et son ouvrage La Grande Transformation.