• [^] # Re: Discrimination positive

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Journée de la femme : frustration et marketing. Évalué à 3.

    Ils n'ont pas été pris en fonction d'un simple quota. Les élèves ont mérité leur place : ils ont bossé toute leur année de Terminale (et probablement toute leur scolarité en fait).

    la somme de connaissances à accumuler pour pouvoir passer le concours classique de Sciences Po est inatteignable par un étudiant de ZEP : on peut passer le concours de l'IEP justement parce que toute son éducation (les cours de musique imposés au gamin quand il était petit, les voyages linguistiques, le lycée fréquenté, avec les élèves qui vont avec, etc.) a préparé un lycéen à lire les « bons » livres, ou en tout cas connaître les « bons » auteurs, etc. Un élève de ZEP n'a presque certainement aucune chance en passant par ce filtre-là.

    On est d'accord : les étudiants de ces cotas ZEP sont de bons élèves : intelligents, courageux, bosseurs. Peut-être sont-ils plus courageux que les autres, car ils ont dû plus se battre pour arriver là. Mais cela ne change rien au final : le but du concours d'entrée à Sciences Po est de sélectionner les meilleurs, pas de favoriser telle ou telle catégorie de la population.

    Quant au concours classique, il est difficile à atteindre mais pas inatteignable. Il y a toute une série de gens de zone difficile qui arrivent à avoir un bac + 5.

    L'important, c'est le potentiel qu'on peut développer. Et puisque les élèves de ZEP sont incapables en pratique de concourir à l'épreuve classique, on leur a trouvé un autre moyen de montrer leur potentiel.

    Non, l'important n'est pas le potentiel. Le but des diplômes et des concours, c'est de valider un certain niveau de connaissance. Pour pousser à l'extrême, il y a des trisomiques qui réussissent à avoir un métier et une vie sociale : pour cela, ils ont sûrement développé un potentiel extrême. Doit-on leur permettre aussi d'entrer à Science Po par un système de cota ?

    C'est là l'erreur que beaucoup de gens font à propos de l'école. L'école et ses enseignants font ce qu'ils peuvent pour donner envie aux gosses de se cultiver, etc., mais si la famille ne pousse pas derrière, c'est même pas la peine. Tu ne peux rien faire contre un gosse dont la mère jette à la poubelle les dessins faits en classe de CE1 par exemple.

    L'école ne fait pas tout, mais elle peut faire une bonne part. Un lycéen n'a pas que ses parents comme modèles. Ca peut être un oncle, une tante, un cousin, un grand-frère, un éducateur, un prof. Donc oui, encore une fois, c'est très dur pour l'école de faire quelque chose. Mais il y a des gens dont les parents sont analphabètes qui font des études supérieures.

    Si tous les lycées de ZEP étaient aussi « brillants » que les lycées non-ZEP, ils ne seraient plus qualifiés de lycées ZEP. Vive la tautologie. :-)

    Donc le problème est bien lié à l'école (qui ne fait pas tout, on est d'accord). Il faut donc donner encore plus de moyens à ces lycées ZEP.

    Bref. Les quotas, si c'est mal, j'attends de voir ce que tu proposes.

    Donc voilà. J'attends de voir quel mécanisme tu proposes pour parer aux inégalités de la vie dont sont victimes une bonne partie des collégiens et lycéens en France, et qui les empêchent d'accéder aux meilleures écoles.

    Renforcer les moyens pour les zones socialement défavorisées. Plus de professeurs, moins d'élèves par classe dans les ZEP. Plus d'assistances sociales.

    Mais la principale chose, c'est la volonté politique. Si on se décidait une fois pour toute à considérer que la Seine-Saint-Denis, le Val-d'Oise, Lille sud, les quartiers nord de Marseille, etc. font partie intégrante de la France et qu'il faut absolument aider ces zones là, ça couterait beaucoup d'argent, mais on arriverait peut-être à faire quelque chose. Alors que là, on fait exactement le contraire : on détruit peu à peu le service public d'éducation, ce dont se foutent éperdument les priviligiés qui mettent leurs enfants dans les écoles privées.

    Les cotas, ça ne résoud rien, ça créé d'autres inégalités et ça permet de se donner bonne conscience en filant un coup de pouce à un mec de ZEP sans changer le système. C'est un peu comme supprimer le mademoiselle des actes administratifs : ça ne change rien au machisme mais ça fait plaisir à l'opinion publique.