Quand tu as été pris en fonction de quota mais pas en fonction de tes compétences, ben a priori, ce n'est pas mérité. C'est bête, mais c'est mathématiques : tu es là avant tout parce que tu étais femme/noir/gros etc. pas pour ton cerveau (ce qui n'empêche pas d'en avoir un).
T'as pas du bien lire ce que j'ai écrit. Ils n'ont pas été pris en fonction d'un simple quota. Les élèves ont mérité leur place : ils ont bossé toute leur année de Terminale (et probablement toute leur scolarité en fait). La plupart des élèves qui passent par l'admission CEP étaient déjà boursiers. Simplement, comme Nicolas Boulay le disait ailleurs dans ce journal, la somme de connaissances à accumuler pour pouvoir passer le concours classique de Sciences Po est inatteignable par un étudiant de ZEP : on peut passer le concours de l'IEP justement parce que toute son éducation (les cours de musique imposés au gamin quand il était petit, les voyages linguistiques, le lycée fréquenté, avec les élèves qui vont avec, etc.) a préparé un lycéen à lire les « bons » livres, ou en tout cas connaître les « bons » auteurs, etc. Un élève de ZEP n'a presque certainement aucune chance en passant par ce filtre-là.
Il ne faut pas parler de compétence à ce niveau d'ailleurs. L'important, c'est le potentiel qu'on peut développer. Et puisque les élèves de ZEP sont incapables en pratique de concourir à l'épreuve classique, on leur a trouvé un autre moyen de montrer leur potentiel. Maintenant, si tu vis dans une tour « à un kilomètre de là », je le répète : rien ne t'empêche d'aller voir du côté de la ZEP en question. Et d'accepter les conséquences d'étudier dans ce genre d'environnement (où les enseignants sont souvent très motivés, mais pas tous, loin de là).
Enfin, il ne faut pas oublier que les places à l'IEP sont limitées. Il y aura toujours des rejetés.
Cependant, en France, on peut quand même se cultiver pour pas cher. On peut acheter un tas de bouquins pour rien (bouquinistes, sur internet), on peut aussi en emprunter gratuitement (bibliothèques, CDI) et même dans les cités, il y a internet. A l'école d'encourager les élèves !
C'est là l'erreur que beaucoup de gens font à propos de l'école. L'école et ses enseignants font ce qu'ils peuvent pour donner envie aux gosses de se cultiver, etc., mais si la famille ne pousse pas derrière, c'est même pas la peine. Tu ne peux rien faire contre un gosse dont la mère jette à la poubelle les dessins faits en classe de CE1 par exemple. Ce gosse-là (et c'est un exemple parmi tant d'autres), s'il est le seul dans sa classe, il peut être « sauvé » si l'instit accepte de s'y consacrer un peu plus (ah tiens, une inégalité de plus : on s'occupe plus de celui qui part avec un handicap). Mais il y a beaucoup d'écoles qui n'ont pas un cas isolé, mais dont la majorité des élèves de la classe est composée de ce genre de gosses (j'ai des exemples tirés de la banlieue parisienne et de l'Oise).
Mais on créé d'autres inégalités… donc cela ne résout rien.
Non. Je ne vais pas reprendre l'exemple de la balance que j'ai donné un peu plus haut. Mais simplement, l'inertie de la société pousse dans un sens (la reproduction des élites, l'écrasement des populations défavorisées, etc.), et les quotas sont un mécanisme pour pousser un petit peu dans le sens inverse.
Ce qu'il faut, c'est que les concours soient ouverts à tous gratuitement, qu'on incite les jeunes des ZEP à y postuler, et que leurs écoles soient aussi performantes que celles des beaux quartiers.
Si tous les lycées de ZEP étaient aussi « brillants » que les lycées non-ZEP, ils ne seraient plus qualifiés de lycées ZEP. Vive la tautologie. :-) Et soit dit en passant, les élèves de ZEP peuvent parfaitement candidater pour entrer à Sciences Po par la voie normale. Ils n'ont tout simplement pas le bagage culturel (je devrais dire « un certain bagage culturel ») pour le faire.
Bref. Les quotas, si c'est mal, j'attends de voir ce que tu proposes. Parce que dire « il faut changer le système », je me répète, je pense que tout le monde est d'accord. Seulement voilà : comme on ne peut pas menacer d'un bazooka l'intégralité du système éducatif pour faire des changements radicaux, il faut introduire les changements de façon progressive, avec des collèges et lycées tests (c'est d'ailleurs comme ça qu'ils ont fait avec l'IEP), l'installation de mécanismes qui non seulement sont efficaces, mais ne demandent pas forcément d'augmenter les impôts de 100% non plus, etc.
Si on n'essaie pas de trouver un moyen de faire remonter les couches « basses » de la population, ou en tout cas d'essayer de faire en sorte qu'elles gardent la tête (légèrement) hors de l'eau en attendant, alors le temps qu'on aura mis pour finalement arriver à la réforme juste et égalitaire du système n'aura servi à rien : les ZEP, ZUP, et autres zones <kekchoz> prioritaires seront déjà submergées par un échec scolaire grandissant, au point qu'il n'y aura plus rien à sauver.
Donc voilà. J'attends de voir quel mécanisme tu proposes pour parer aux inégalités de la vie dont sont victimes une bonne partie des collégiens et lycéens en France, et qui les empêchent d'accéder aux meilleures écoles.
[^] # Re: Discrimination positive
Posté par lasher . En réponse au journal Journée de la femme : frustration et marketing. Évalué à 1.
T'as pas du bien lire ce que j'ai écrit. Ils n'ont pas été pris en fonction d'un simple quota. Les élèves ont mérité leur place : ils ont bossé toute leur année de Terminale (et probablement toute leur scolarité en fait). La plupart des élèves qui passent par l'admission CEP étaient déjà boursiers. Simplement, comme Nicolas Boulay le disait ailleurs dans ce journal, la somme de connaissances à accumuler pour pouvoir passer le concours classique de Sciences Po est inatteignable par un étudiant de ZEP : on peut passer le concours de l'IEP justement parce que toute son éducation (les cours de musique imposés au gamin quand il était petit, les voyages linguistiques, le lycée fréquenté, avec les élèves qui vont avec, etc.) a préparé un lycéen à lire les « bons » livres, ou en tout cas connaître les « bons » auteurs, etc. Un élève de ZEP n'a presque certainement aucune chance en passant par ce filtre-là.
Il ne faut pas parler de compétence à ce niveau d'ailleurs. L'important, c'est le potentiel qu'on peut développer. Et puisque les élèves de ZEP sont incapables en pratique de concourir à l'épreuve classique, on leur a trouvé un autre moyen de montrer leur potentiel. Maintenant, si tu vis dans une tour « à un kilomètre de là », je le répète : rien ne t'empêche d'aller voir du côté de la ZEP en question. Et d'accepter les conséquences d'étudier dans ce genre d'environnement (où les enseignants sont souvent très motivés, mais pas tous, loin de là).
Enfin, il ne faut pas oublier que les places à l'IEP sont limitées. Il y aura toujours des rejetés.
C'est là l'erreur que beaucoup de gens font à propos de l'école. L'école et ses enseignants font ce qu'ils peuvent pour donner envie aux gosses de se cultiver, etc., mais si la famille ne pousse pas derrière, c'est même pas la peine. Tu ne peux rien faire contre un gosse dont la mère jette à la poubelle les dessins faits en classe de CE1 par exemple. Ce gosse-là (et c'est un exemple parmi tant d'autres), s'il est le seul dans sa classe, il peut être « sauvé » si l'instit accepte de s'y consacrer un peu plus (ah tiens, une inégalité de plus : on s'occupe plus de celui qui part avec un handicap). Mais il y a beaucoup d'écoles qui n'ont pas un cas isolé, mais dont la majorité des élèves de la classe est composée de ce genre de gosses (j'ai des exemples tirés de la banlieue parisienne et de l'Oise).
Non. Je ne vais pas reprendre l'exemple de la balance que j'ai donné un peu plus haut. Mais simplement, l'inertie de la société pousse dans un sens (la reproduction des élites, l'écrasement des populations défavorisées, etc.), et les quotas sont un mécanisme pour pousser un petit peu dans le sens inverse.
Si tous les lycées de ZEP étaient aussi « brillants » que les lycées non-ZEP, ils ne seraient plus qualifiés de lycées ZEP. Vive la tautologie. :-) Et soit dit en passant, les élèves de ZEP peuvent parfaitement candidater pour entrer à Sciences Po par la voie normale. Ils n'ont tout simplement pas le bagage culturel (je devrais dire « un certain bagage culturel ») pour le faire.
Bref. Les quotas, si c'est mal, j'attends de voir ce que tu proposes. Parce que dire « il faut changer le système », je me répète, je pense que tout le monde est d'accord. Seulement voilà : comme on ne peut pas menacer d'un bazooka l'intégralité du système éducatif pour faire des changements radicaux, il faut introduire les changements de façon progressive, avec des collèges et lycées tests (c'est d'ailleurs comme ça qu'ils ont fait avec l'IEP), l'installation de mécanismes qui non seulement sont efficaces, mais ne demandent pas forcément d'augmenter les impôts de 100% non plus, etc.
Si on n'essaie pas de trouver un moyen de faire remonter les couches « basses » de la population, ou en tout cas d'essayer de faire en sorte qu'elles gardent la tête (légèrement) hors de l'eau en attendant, alors le temps qu'on aura mis pour finalement arriver à la réforme juste et égalitaire du système n'aura servi à rien : les ZEP, ZUP, et autres zones <kekchoz> prioritaires seront déjà submergées par un échec scolaire grandissant, au point qu'il n'y aura plus rien à sauver.
Donc voilà. J'attends de voir quel mécanisme tu proposes pour parer aux inégalités de la vie dont sont victimes une bonne partie des collégiens et lycéens en France, et qui les empêchent d'accéder aux meilleures écoles.