• [^] # Re: Merci

    Posté par . En réponse au journal Journée de la femme : frustration et marketing. Évalué à 2.

    Je m'attendais aux -1 (qui sont mérités hein). C'était pour pouvoir avoir le temps de retrouver un passage d'un livre que je trouve fort à propos. Le livre est intitulé Les vraies lois de l'économie (Jacques Généreux, Ed. Points). Pour info, bien que je sois à peu près certain que Généreux ne soit pas du tout libéral, l'objectif avoué du bouquin n'est pas du tout de démonter le libéralisme en tant que tel, mais l'école qu'il appelle « néoclassique » (et qu'en Français courant on appelerait néo-libérale ou ultra-libérale). Voici l'extrait, à propos du choix, des marchés libres, etc. Il est tiré du chapitre 2, « Ce qui a de la valeur n'a pas de prix », section « Le dévoiement de la valeur ».

    [Brève note : dans ce qui précède, J.Généreux explique qu'il y a raisonnement erroné « volontaire » de la part de beaucoup d'économistes qui suivent l'école néoclassique, et qui considèrent que chacun a toujours le choix lors de l'achat d'un bien ou service, ce qui rend l'association valeur prix acceptable. Les emphases en italique sont de l'auteur; celles en gras sont de moi.]

    La fiction des marchés parfaitement concurrentiels — fonctionnant toujours et partout — est nécessaire pour supposer que ce que font les individus et ce qu'ils payent reflète leur meilleur choix possible et non un abus de pouvoir. Il est nécessaire que chaque individu dispose à tout moment, et en tout lieu, d'une égale liberté de mouvement et de négociation, sans quoi en fait de choix et de valeur, les échanges et les prix refléteraient plutôt les rapports de forces entre les acteurs du marché.

    Mais nous vivons dans un monde réel où l'égale liberté est pure fiction. Certes, on peut dire, en un sens particulier, que tous les consommateurs sont également libres d'acheter ou ne pas acheter les biens disponibles, et, en conséquence, considérer qu'en acceptant de payer le prix qu'ils seraient libre de ne pas payer, ils manifestent la valeur qu'ils attribuent à ces biens. Mais c'est là une conception […] qui fait totalement abstraction du niveau et de la répartition des moyens dont disposent les individus […]. Prendre les actes constatés des individus pour des choix parfaitement libres, c'est faire l'impasse sur l'inégale capacité des individus à mener leur vie selon leurs souhaits. Cela revient à dire que les chômeurs de longue durée sont libres de se suicider pour échapper au chômage, que les pauvres sont libres de ne pas acheter de caviar et que, les riches étant par ailleurs libres de ne pas inviter les pauvres à leur table, tout le monde baigne dans le bonheur des choix souverains.

    (NB: j'ai vérifié, la citation fait moins d'une page, tout va bien niveau légal ;))

    Maintenant si on applique cela à ce que tu (oao) disais deux posts plus hauts c'est à dire :

    Si elles choisissent certains métiers, moins payés, plutôt que d'autres, c'est qu'elles y trouvent des avantages non pécuniers.

    J'espère que tu comprends pourquoi ça me fait rire. Si j'ai le choix entre une grippe qui va me clouer pendant trois semaines ou bien la peste bubonique, je vais évidemment choisir le moindre mal. Et si toute ma vie on me conditionne pour accepter de vivre dans un endroit mal isolé avec des fenêtres qui laissent passer l'air, insalubre, etc. (pour prendre un exemple relativement extrême), je vais évidemment considérer comme un mieux de ne vivre désormais « que » dans un endroit propre, mais mal isolé. Ça n'en fait pas de bonnes conditions, juste des moins pires.

    Considérer que les femmes ont le même accès aux métiers que les hommes, c'est bien évidemment vrai sur le papier, mais certainement pas dans les faits et dans la façon dont elles sont conditionnées dès la naissance (et idem pour les hommes). Elles n'ont très certainement pas décidé que les métiers « plutôt pour femmes » seraient payés en moyenne moins bien que ceux « des hommes », très souvent considérés comme plus importants, demandant plus de qualifications (sauf que, ne serait-ce que pour prendre l'informatique en exemple, si la différence de diplômes garantissait réellement la compétence d'un programmeur, ça se saurait). Pour prendre un exemple qui date (celui de ma môman, donc il faut imaginer les années 50), alors qu'elle a eu le Bac « lettres classiques » (à l'époque, il s'agissait d'une vraie épreuve en deux ans), il était évident pour ses parents que des études d'infirmière étaient bien suffisantes pour leur fille1. Et pourtant mes grands-parents étaient tous deux enseignants, ouverts d'esprit, et tout (oui, heureusement, il y a eu une évolution des esprits sur ce sujet, je sais).

    Autre exemple, plus récent celui-là. Une grosse boite (dont je tairai le nom) utilise énormément l'outil informatique pour développer ses produits, son système, etc. Elle accueille les ingénieurEs à bras ouverts. Celles-ci font un peu de technique en arrivant, mais sont très vite orientées vers un poste pour faire des spécifications, du test, etc., et pas trop de code. L'attitude machiste (pas réellement mysogine) de cette boite est pour moi assez parlante.

    [1] Deux ans dans les sections « grands brûlés » et « cancérologie » lui ont fait comprendre que le social et aider les autres, OK, mais pas ça. Zou, études d'assistante sociale.