Certains se plaignent d'une hypersexualisation de la société : le sexe serait partout, agressif, racoleur. J'aimerai bien, je le confesse. Mais je ne le découvre nulle part. [...] Pourquoi se plaindre de cet escamotage ? Nos sexes peut nous chaut ce qu'ils sont, pourvu qu'on nous les serve chauds, que nous en tirions profit de notre carrière terrestre et nous soûlions au mieux de voluptés choisies.
Si la nudité de la belle me met hors de moi, ce n'est donc point qu'elle n'est pas spirituelle, mais parce que d'une manière, elle l'est trop. Quelque chose s'y déclare qui dit à mon propre corps : « Tu es à moi ». [...] Ce n'est pas le désir de posséder qui me saisit alors, mais la stupeur de ma propre dépossession. [...] Pour sûr, nous n'en demandions pas tant. C'est pourquoi nous réduisons la chose au plaisir, comme une excuse : « Allez, une petite galanterie, et on n'en parle plus [...] parce qu'il faut que je rentre chez moi ».
L'idée que le sexe est quelque chose de grave appartient à quelque superstition judéo-chrétienne. Georges Bataille voit-il dans l'érotisme une blessure à travers laquelle les êtres communiquent violemment, Étiemble lui reproche son « christianisme inverti », avec sa fascination pour le couple éros-thanatos. [...] Sade parait encore trop catholique. Nous devons dédramatiser. Qu'on songe à la tiédeur printanière, quand l'air devient le véhicule des pollens et des parfums de la sève en travail : « tout ce merveilleux éveil d'avril et de mai, c'est l'immense sexe épars proposant à voix basse la volupté. [V. Hugo] » Ne craignons plus d'être naïfs comme des fleurs : déculottons-nous au grand soleil. Soyons simples comme des colombes : apparions-nous sans effroi. La pureté future consiste à nous fondre dans cette « grande partouze qui n'en finira plus... avec du cinéma entre [L.F. Céline] ».
Le sexe de la courtisane est large : il accueil un grand nombre, mais il ne recueille pas la semence de chaque passager pour la lui retourner au visage. Ce qu'elle gagne en amplitude elle le perd en pénétration. Le sexe de la mère est profond : il n'accueille qu'un époux, mais il recueille un homme tout entier dans son ventre. Ce qu'elle gagne en pénétration elle le perd en amplitude. Seul le sexe de la religieuse est assez haut pour être à la fois plus large et plus profond. Il cache tous les hommes dans une matrice creusée à l'infini. Elle accomplit ensemble ce que la prostituée généreuse cherche de manière superficielle, et ce que la mère porte de manière étroite. Elle est la parturiente du Royaume. Elle est l'authentique fille de joie.
Ce sont des figures bien entendu. La même personne peut emprunter les trois, ou bien les réaliser successivement. Le Moyen-âge connaît bien la putain qui devient mère puis moniale, et la Renaissance, la moniale qui devient putain puis mère, ce qui peut-être un détour pour retrouver le cycle médiéval. Toujours est-il que ces trois figurent concourent à engendre l'homme. [...] Elles déploient ensemble cette maternité qui, dans le retrait, porte douloureusement l'histoire.
Le sexe vient toujours porter l'autre, c'est à dire creuser en nous le désir, nous libérer de nos étroitesses [...] et nous déchirer, enfin, par cette vulnérabilité nouvelles, dans un cri de détresse pour les siens.
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[^] # Re: Vive les clichés
Posté par Thomas Debesse (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Les sesque toys (âmes sensibles s'abstenir !). Évalué à -2.
Ah oui, excellent bouquin !
Quelques extraits choisis :
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