• [^] # Re: Parasitisme

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Vous avez internet, vous financez la musique française. Évalué à 4.

    Ça pose un sacré problème de subventionner la culture, par rapport à d'autres secteurs économiques.

    Analyse à courte vue. La subvention de la culture française, c'est une subvention au tourisme détournée. Et je crois que c'est très efficace comme subvention: J'ai vu et entendu, lors d'un festival, alors que les artistes manifestaient et faisaient grève pour éviter en vain qu'on ne change leur statut, une commerçante pleurer et leur crier: « vous êtes en train de nous ruiner ». Effectivement, les commerces de la ville doivent faire la moitié de leur chiffre d'affaire annuel durant la semaine du festival. Ceci est particulièrement vrai en France, qui vit pour une bonne part de son tourisme et de son rayonnement culturel.

    c'est forcément une affaire de goûts personnels.

    Bof. le regard esthétique s'exerce, et un regard exercé sait faire abstraction de ses goût personnels pour donner un jugement objectif sur une œuvre d'art. Que la plupart aiment ou pas ne change rien à la qualité intrinsèque d'une œuvre.

    on se retrouve avec une approche conservatrice de la culture, qui vise surtout à faire connaître la culture d'avant aux gens de maintenant (ce qui est positif et nécessaire), mais pas forcément dénicher et soutenir la culture de maintenant faite par les gens de maintenant.

    En partie faux. Les subventionneurs passent leur temps à s'interroger à ce sujet. Bien souvent, l'approche pragmatique consiste à dire qu'ils ne sont pas les mieux placés pour dénicher les talents. Ils laissent faire ceux qui s'en font une spécialité: les diffuseurs, les tourneurs, les organisateurs de festival, les galeristes, et interviennent pour donner une sorte d'aide au développement des nouveaux talents repérés. Si tu n'es pas convaincu tu peux aller faire un tour dans ton FRAC (Fonds Régional d'Art Contemporain), et tu verras que ce n'est pas de l'art d'il y a trente ans.

    Au lieu d'essayer de faire participer chacun, de le pousser à s'impliquer

    On peut estimer que la politique culturelle moderne hérite des idées de Malraux, et consiste à mettre l'art élitaire à la portée de tous, ce qui est déjà une façon d'impliquer chacun. Mais bon nombre d'artistes considèrent que l'art ne devrait pas être élitaire, mais populaire, et touchent des subventions pour cette raison même qu'ils savent impliquer directement les citoyens dans une démarche artistique. Par exemple, une compagnie de théâtre a travaillé plusieurs mois avec les habitants d'une tour d'hlm qui allait être détruite, pour faire un spectacle à la mémoire de la tour.

    on reste dans un schéma de "créateurs de culture professionnels" qui sont financés (y compris par l'état) par les "consommateurs"

    Faux. Le théâtre amateur et les écoles d'art sont subventionnés, l'art à l'école (削除) est (削除ここまで) était subventionné. C'est du reste l'enjeu principal de la politique culturelle de Lang que de nuancer cette distinction entre consommateurs et créateurs de culture. Pense à la fête de la musique (ce n'est pas une subvention, mais c'est emblématique de l'esprit d'une politique culturelle).

    Après, je veux bien entendre que la politique actuelle confond culture et commerce, comme elle confond citoyen et consommateur. Mais il y a bon espoir que ce soit juste un mauvais moment à passer, et que dans quelques mois, on retrouvera les fondamentaux d'une politique culturelle intelligente.